Prêtre poursuivi pour proxénétisme: «j'ai eu envie d'apporter un secours»

JUSTICE Devant le tribunal, il a tenté de minimiser son rôle...

avec AFP

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Un prêtre, poursuivi pour proxénétisme, a tenté de minimiser son rôle dans un réseau de prostitution, jeudi, lors de sa comparution devant le tribunal correctionnel de Nancy, alors qu’une peine de 5 mois d’emprisonnement a été requise à son encontre.

«Pour moi, ça n’était pas si clair, j’ai eu envie d’apporter un secours, j’ai essayé de faire le moindre mal», a répété l’homme d’église, aujourd’hui âgé de 53 ans et reconverti comme serveur dans une auberge.

Il lui est reproché d’avoir mis en relation une prostituée, Morgane, rencontrée sur Internet, avec un réseau de prostitution dirigé par «Madame Hortense», dont il était client régulier.

«C’est une idiotie totale»

«Morgane m’a dit qu’elle cherchait un lieu de prostitution», a raconté le prêtre, d’une voix peu assurée, à la barre du tribunal. «Je ne voulais pas qu’elle tombe dans un réseau étranger, alors tout à fait bêtement, c’est une idiotie totale, j’ai eu envie d’apporter un secours», a-t-il poursuivi.

Sa version des faits s’oppose toutefois à celle de la jeune femme, qui a affirmé aux enquêteurs qu’elle n’avait jamais sollicité l’aide du prêtre.

«C’est vous qui avez insisté pour que Morgane travaille chez Hortense!», s’est emporté le procureur de la République, Rémi Coutin, jeudi après-midi.

«J’assume»

«Vous l’avez immédiatement appelée! Et vous lui avez précisé qu’il faudrait que Morgane se fasse les mains et qu’elle s’achète de la lingerie, et qu’elle n’avait pas beaucoup de seins mais qu’elle était très jolie», a dit le représentant de l’accusation, haussant le ton devant un prévenu déstabilisé.

«J’assume», a répondu, tête baissée, le prêtre, dont les écoutes téléphoniques ont par ailleurs révélé près de 150 appels téléphoniques avec Hortense en un mois.

Le réseau de prostitution, mis au jour par la police en mai 2009, avait été monté en novembre 2008 par Hortense M., une habitante de d’Ugny (Meurthe-et-Moselle) d’origine sénégalaise âgée de 42 ans. Elle avait ouvert une maison de passe à quelques kilomètres de son domicile, à Talange, en faisant travailler une douzaine de filles, à qui elle prélevait 30 à 50% de leurs revenus.

«Naïveté, stupidité»

L’homme d’église, un notable de Metz familier des prostituées et des clubs échangistes, était à l’époque économat du grand séminaire de la ville. Il a depuis été démis de ses fonctions.

Devant le tribunal, son avocat, Me Alain Behr, a contesté l’infraction: «Naïveté, stupidité, je veux bien ; mais qu’on ne lui fasse pas ce procès en sorcellerie, il a simplement voulu venir en aide», a-t-il affirmé.

Une peine de 5 ans d’emprisonnement, dont la moitié avec sursis, a été requise contre Hortense M. Le procureur a également réclamé 2 ans, dont un avec sursis, à l’encontre de son époux, et 10 mois avec sursis contre un ami du couple qui avait monté des sites Internet destinés à rabattre les clients.

Le jugement est attendu vendredi matin.