Inondations dans le Var: un problème climatique ou de prévention?

POLEMIQUE Alors qu'un pré-rapport du Sénat juge la France défaillante dans la gestion des risques...

Oriane Raffin

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Draguignan a été touchée par de fortes inondations mardi 15 juin 2010.
Draguignan a été touchée par de fortes inondations mardi 15 juin 2010. — REUTERS/Sebastien Nogier

La coïncidence est malheureuse. Alors qu'on compte le nombre de victimes des inondations dans le Var ce mercredi, un pré-rapport du Sénat juge la France défaillante dans la gestion des risques d’inondations. Xynthia, Draguignan: les conditions climatiques extraordinaires se suivent, les conséquences se ressemblent.

Etienne Kapikian, prévisionniste chez Météo France, précise que dans le cas du Var, «on peut parler d’un phénomène exceptionnel, car en 24 heures, près de 400mm de pluies sont tombées localement, ce qui correspond à 5 mois de précipitations.» Pas forcément de lien avec le réchauffement climatique. «Ça fait partie des caprices de la météo, souligne-t-il. Il y en a toujours eu, même si on a tendance à les oublier.»

Les inondations, premier risque de catastrophes naturelles

Au lieu de les oublier, mieux vaudrait en tirer les conséquences pour prévenir les risques. D’autant que les inondations sont le premier risque de catastrophes naturelles en France, et qu’elles peuvent potentiellement concerner deux communes sur trois. Pour François Giannoccaro, directeur de l’Institut des risques majeurs de Grenoble, «si on a effectivement eu des conditions climatiques exceptionnelles, on a des acteurs sur le territoire qui ne sont pas conscients de l’intensité possible des évènements et de la prévention nécessaire».

Même opinion pour Marie-France Beaufils, maire (PCF) de Saint-Pierre des Corps et sénatrice d’Indre et Loire: «Selon les secteurs géographiques, il y a une culture du risque ou pas», estime-t-elle. «La façon dont se vit le risque et dont il doit être traité est différente suivant s’il s’agit de crues ou de submersion marine», poursuit-elle.

Miser sur la prévention...

Dans tous les cas, une coordination au niveau étatique est nécessaire. «Aujourd’hui, l’affaiblissement des moyens de l’équipement, sur place, nuit à la prévention», estime l’élue. Marie-France Beaufils rallonge la liste des problèmes: «Sur le littoral, on aurait dû avoir des secteurs plus protégés, mais on a rencontré la pression immobilière. En outre, on a oublié l’histoire, et un certain nombre d’inondations passées. On oublie que la nature se réveille.»

L’urbanisation à outrance est régulièrement pointée du doigt, notamment lors de Xynthia. Mais pour les experts, il ne faut pas se focaliser seulement sur cette question. La prévention passe aussi par l’information des populations. «L’individu est un maillon de cette chaîne de prévention», estime également François Giannoccaro, qui considère que les particuliers ne sont pas assez informés des risques: «Le public est le grand absent des politiques de prévention des risques», regrette-t-il. Notamment dans les communes ne disposant pas de PPR, le plan de prévention des risques. Car même sans PPR, les maires peuvent agir, et informer sur «les risques majeurs».

Marie-France Beaufils réclame désormais qu’un travail soit fait sur les outils de prévention, notamment «qu’il y ait de véritables simulations des risques, afin de déterminer l’urbanisation».

... Et sur la prévision

Au-delà de la prévention, il faut s’intéresser à la prévision des inondations. Dans le cas du Var, la surveillance des trois grands cours d’eau en crue mardi soir était prévue de longue date... mais ne devait être activée que l’an prochain, selon Bruno Janet, responsable du Schapi (Service Central d'Hydrométéorologie et d'Appui à la Prévision des Inondations), l’organisme en charge de la prévention des inondations.

«Il faut connaître tout l'historique, avoir des mesures de débits, de pluies, regarder les réactions du cours d'eau pour pouvoir mettre en place des systèmes de vigilance», a-t-il ajouté. Les études pour réaliser la surveillance ont commencé il y a deux ans.

Si ces cours d'eau avaient été placés sous surveillance, «on aurait pu informer en milieu d'après-midi et on serait passé sans doute en vigilance orange», estime le spécialiste. «Dans ces cas-là, on prévient également les préfectures qui préviennent les maires des problèmes qu'il peut y avoir».

Alerter sans crier au loup

La prévision des risques, elle, a été renforcée en octobre 1999, avec la mise en place des cartes de vigilance de MétéoFrance. Mais MétéoFrance ne peut pas alerter la population, «seuls le préfet ou le maire peuvent alerter de façon intrusive, avec des sirènes par exemple», précise François Giannoccaro.

Sans compter les nombreux intermédiaires, qui ralentissent les décisions. «La réforme territoriale est un enjeu pour la prévention des risques», estime-t-il. «Il faut responsabiliser certains échelons, notamment les communautés de communes, afin d’avoir une réponse dans les bassins à risques».

Prévenir, mais sans crier au loup sans cesse non plus... la problématique n’est pas évidente pour les élus, eux-mêmes peu formés aux risques. Sans compter que même en anticipant, «dans des situations comme pour le Var, ça n’empêchera pas de transformer les rues en torrent», prévient Etienne Kapikian.