Liliane Bettencourt: des chèques à des membres du gouvernement?

JUSTICE Des enregistrements de conversations piratées entre Liliane Bettencourt et ses conseils ont été transmis à la police...

M.P. avec agence

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Liliane Bettencourt et sa fille Françoise, le 6 juin 2007 à Paris.
Liliane Bettencourt et sa fille Françoise, le 6 juin 2007 à Paris. — P.KOVARIK/AFP

Une enquête préliminaire pour «atteinte à la vie privée» a été ouverte après la transmission à la police d'enregistrements de conversations piratées entre Liliane Bettencourt et ses conseils, a indiqué le parquet de Nanterre ce mercredi, confirmant une information de Médiapart. L'enquête a été ouverte après la transmission à la police de ces documents par la fille de la milliardaire, Françoise Bettencourt-Meyers, a précisé cette source. Selon l'avocat de cette dernière, Olivier Metzner, les enregistrements «ont été transmis par un ancien employé de Liliane Bettencourt».

La main de l’Elysée?

Si le procédé est illégal, les écoutes, dont des extraits ont été publiés par Mediapart, mettent en lumière la fragilité psychologique de la milliardaire, âgée de 87 ans, mais aussi des opérations financières destinées à échapper au fisc et des «immixtions» de l'Elysée dans la procédure judiciaire. Par exemple, le 21 juillet 2009, le gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt dit à sa «patronne» avoir parlé à Patrick Ouart, le conseiller justice officieux de Nicolas Sarkozy. «Il m'a dit que le procureur Courroye allait annoncer le 3 septembre, normalement, que la demande de votre fille était irrecevable. Donc classer l'affaire», entend-on notamment sur la bande. Et en effet, le 3 septembre 2009, le procureur Courroye, qui passe pour être proche du chef de l’Etat, a déclaré irrecevable la plainte de Françoise Bettencourt, pour abus de faiblesse.

Un autre enregistrement du 23 avril 2010, toujours entre le gestionnaire de la fortune et Liliane Bettencourt montre que Nicolas Sarkozy garderait un œil sur la procédure judiciaire. Le même Patrick Ouart lui aurait dit: «Le président continue de suivre ça de très près... (...) Et en première instance, on ne peut rien faire de plus, mais on peut vous dire qu'en cour d'appel, si vous perdez, on connaît très, très bien le procureur. Donc c’est bien». Interrogé sur le sujet, l’Elysée n’a «aucun commentaire» à faire. Tout comme Patrick Ouart.

La peur du fisc

Echapper au fisc semble également être une préoccupation importante pour la plus grande fortune de France. Elle dispose d’ailleurs de deux comptes en Suisse, un de 13 millions d’euros et un autre de 63 millions d’euros. Les conversations enregistrées montrent que ses conseillers sont inquiets de la volonté politique en France de traquer les «fraudeurs», notamment en Suisse, et donc de la nécessité de déplacer les comptes. «A partir de janvier – c'est M. Woerth qui a fait la loi –, la France peut demander aux Suisses si vous avez un compte là-bas. Je suis en train de m'en occuper et de mettre un compte à Singapour. Parce qu'à Singapour, ils ne peuvent rien demander », dit le 27 octobre 2009 le conseiller financier à Liliane Bettencourt. L’autre compte sera envoyé à «Hong Kong, Singapour ou en Uruguay. (...) Comme ça, vous serez tranquille. Je pense que c'est bien, ça vous laisse votre liberté», explique encore le conseiller.

Des chèques à des membres du gouvernement?

Enfin, il y a cette histoire de chèques signés pour Valérie Pecresse, pendant la campagne des régionales. Patrice de Maistre est toujours à la manœuvre: «Elle va perdre mais il faut que l'on montre votre soutien». Et Liliane de Bettencourt de demander si c’est la ministre de l’Enseignement supérieur qui a demandé cet argent. «Non, c'est le maximum légal. C'est 7.500, ce n'est pas très cher. Vous savez, en ce moment, il faut que l'on ait des amis.» Contacté par 20 Minutes, l'entourage de Valérie Pécresse répond que la loi protège l'identité des donateurs pendant les campagnes. «Toute personne physique a le droit de donner jusqu'à 7.500 euros», affirme-t-on. Selon Mediapart, le conseiller financier conseiller à sa patronne de faire des chèques à deux autres membres du gouvernement, qui eux, n'étaient pas candidats aux régionales.

Ce nouveau rebondissement dans l'affaire Bettencourt intervient peu avant l'ouverture du procès de l'artiste François-Marie Banier, qui sera jugé du 1er au 6 juillet devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour «abus de faiblesse» sur l'héritière de L'Oréal.