Sécurité routière: des images choc efficaces mais à double tranchant

DECRYPTAGE Un sociologue et un psychologue jugent la dernière campagne à destination des 18/24 ans...

Julien Ménielle
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Extrait du nouveau clip de la Sécurité routière à destination des jeunes, diffusé sur Internet à partir du 7 juin 2010.
Extrait du nouveau clip de la Sécurité routière à destination des jeunes, diffusé sur Internet à partir du 7 juin 2010. — DR

Une vidéo «insoutenable». Mais surtout une campagne de prévention routière au format inhabituel, à destination des jeunes. Des images chocs et crues. Un scénario ultra-réaliste, sans artifices, le tout en 5 minutes, une durée infiniment plus longue que les spots habituels. Normal, il n'est destiné qu'au Web, et ne sera donc pas diffusé à la télé.

«Les jeunes générations sont davantage sur le Net que devant la télé», relève David Le Breton, professeur de sociologie à l'université de Strasbourg joint par 20minutes.fr. Le public ciblé (les 18/24 ans) ont délaissé la lucarne magique au profit de la grande Toile. C'est donc bien sur cette dernière que la vidéo a le plus de chance de trouver son public. Mais quid de l'efficacité du message? «Difficile à dire, les jeunes n'ont pas tous la même sensibilité», répond le sociologue.

«Culture gore»

«Ce n'est jamais simple de mesurer l'impact des images choc sur les jeunes», prévient de son côté Christophe Allanic, psychologue contacté par 20minutes.fr. Pour ce spécialiste des conduites à risque, «elles peuvent induire un effet pervers en suscitant une sorte de fascination qui risque d'inciter à adopter le comportement qu'on veut éviter». Les jeunes sont d'ailleurs familiers de «la culture gore», estime David Le Breton.

D'autant que le spot est davantage construit comme un court-métrage que comme une message de prévention. La longueur, cependant, n'est pas un obstacle pour Christophe Allanic: «La vidéo est construite de telle façon qu'elle capte le spectateur, qui a envie de la regarder jusqu'au bout». David Le Breton juge même qu'il est intéressant «de rompre avec les codes qui veulent qu'un spot ne dure que 30 secondes».

«La meilleure prévention se fait au sein de la famille»

«La même scène est vue à travers plusieurs regards», note par ailleurs Christophe Allanic. Ce qui permet au jeune spectateur de «se décoller, de prendre de la distance par rapport à la situation décrite», d'autant que «la scène ne s'arrête pas au choc de l'accident, mais montre la réalité après coup». Le message pourrait donc bien passer.

Mais pour le psychologue, «la meilleure prévention se fait au sein de la famille». Car si les adolescents sont influençables, «un jeune qui arrive à dire "non", c'est un jeune a qui on a appris à le faire». Pour David Le Breton, «aucune campagne n'est efficace à 100%, mais les images crues sont sans doute plus efficaces que les discours lénifiants et démago».