Xynthia: Corinne Lepage dénonce «l'enfumage» du gouvernement

POLITIQUE Même si Benoist Apparu dit que les logements dans les zones noires ne seront pas détruites pour le moment...

B.D., O.R.

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Du mobilier est entassé devant une maison du quartier pavillonaire «Les  Voiliers» à la  Faute-sur-Mer, après le  passage de la tempête Xynthia, le 7 avril 2010.
Du mobilier est entassé devant une maison du quartier pavillonaire «Les Voiliers» à la Faute-sur-Mer, après le passage de la tempête Xynthia, le 7 avril 2010. — AFP PHOTO FRANK PERRY

Le gouvernement a «changé de pied». C'est en ces termes que le secrétaire d’Etat au Logement, Benoist Apparu, explique, dans une interview au Parisien de ce jeudi, qu'«aucune maison» construite en zone noire sur les côtes de Vendée et de Charente-Maritime «ne sera rasée sous la contrainte» «pour le moment», alors que l'Etat avait annoncé que plus d'un millier de logements devaient être détruits. une information qu’il avait déjà confiée à 20 Minutes début mai.

«Au lendemain du drame, les élus locaux nous demandaient des réponses rapides. Nous avons donc présenté un premier zonage, mais il ne peut en aucun cas être considéré comme des zones de destruction massive», indique-t-il, précisant que le gouvernement a «mal communiqué, le terme zones noires était inapproprié et incompris».

Des «zones noires» aux «zones de solidarité»

Benoist Apparu indique ainsi que les zones noires sont «rebaptisées zones de solidarité» et «qu’un nouveau périmètre, certainement ajusté à la baisse, est en train d’être établi» pour définir, via une enquête publique, quelles maisons doivent être détruites. «Nous les avons rebaptisées zone de solidarité pour bien faire comprendre qu’elles n’ouvrent que des droits».

Les sinistrés de la tempête restent prudents. Marie Olivia Rocca, présidente de l’une des associations de victimes ne voit rien d’autre «que ce qu’on savait déjà». «Monsieur Apparu ne dit que ce qu'on savait déjà, c'est-à-dire que pour qu'il y ait des procédures d'expropriation il faut qu'il y ait une déclaration d'utilité publique, point. Ça ne change absolument rien, c'est la loi, voilà», a déclaré la présidente de l'Association de défense des sinistrés de la tempête Xynthia à Aytré, en Charente-Maritime.

«De l’enfumage»

En effet, selon Corinne Lepage, avocate de l'Association des victimes des inondations à la Faute-sur-Mer et des environs (Avif), estime que «l’Etat n’a jamais eu le droit de détruire quoi que ce soit». Il faudrait au préalable cette procédure d’expropriation.

Pour elle, tout ceci n’est donc que «de l’enfumage, c’est une immense opération de communication pour faire en sorte que les gens qui ont reçu des lettres du préfet ne fassent pas de recours en justice», sachant que la date limite pour le recours est le 8 juin, donc dans 5 jours. D’autant que, pour le moment «personne n’a reçu de courrier confirmant ce que Benoist Apparu a déclaré», précise Corinne Lepage.

 

Le secrétaire d'Etat au Logement note qu'avec les zones noires, le gouvernement offrait seulement «la possibilité à qui le voulait de voir sa maison acquise rapidement par l’Etat dans le cadre d’un accord amiable». Selon lui, en Charente-Maritime, sur 412 maisons visitées par les services de l’Etat, la proposition de rachat a été offerte à 94 propriétaires, et 29 ont accepté. En Vendée, sur 507 maisons visitées, 152 propositions de rachat ont été effectuées et 38 acceptées. L'enveloppe globale des indemnités allouées par l'Etat est toujours fixée à 450 millions d’euros.