Karachi: un rapport de la police luxembourgeoise mouille Nicolas Sarkozy

M.P. avec agence

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Nicolas Sarkozy sur le perron de l'Elysée, le 25 mai 2010, à Paris
Nicolas Sarkozy sur le perron de l'Elysée, le 25 mai 2010, à Paris — J.BRINON/SIPA

Le nom de Nicolas Sarkozy est explicitement et pour la première fois associé au Karachigate dans un rapport de synthèse de policiers luxembourgeois, daté du 19 janvier 2010 et versé dans l’enquête sur un espionnage informatique présumé à la Direction des constructions navales (DCN). Ce document, révélé ce mercredi matin par le site Mediapart, évoque un financement occulte de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995, dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole. Une information confirmée à l'AFP par une source proche du dossier. Contacté par 20minutes.fr, l'Elysée n'a pas encore réagi.

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Ce rapport de synthèse note que le Président Nicolas Sarkozy a «directement» supervisé, alors qu'il était ministre du Budget d'Edouard Balladur entre 1993 et 1995, la constitution de la société offshore Heine, basée au Luxembourg et par laquelle transitaient les commissions, légales jusqu'en 2000, sur des contrats d'armement, notamment de la DCN. Parmi eux figurent le contrat Agosta portant sur la vente de sous-marins au Pakistan. D’un montant total de 5,41 milliards de francs (825 millionns d'euros), il comprenait environ 83 millions de commissions.

Les Luxembourgeois affirmatifs

«En 1995, des références font croire à une forme de rétro-commission [illégale] pour payer des campagnes politiques en France», notent les policiers luxembourgeois. «Nous soulignons qu'Edouard Balladur était candidat à l'élection présidentielle en 1995 face à Jacques Chirac et était soutenu par une partie du RPR, dont Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua», ajoutent les policiers sans faire explicitement de lien. Mais un peu plus loin, les enquêteurs du Luxembourg prennent moins de gants et affirment: «Une partie des fonds qui sont passés par le Luxembourg reviennent en France pour le financement de campagnes politiques françaises.»

«On se rapproche du coeur du réacteur et on va encore progresser sur le montage financier», se félicite Fabrice Lhomme, l'un des deux auteurs de l'enquête de Mediapart contacté par 20minutes.fr.

«Relations ambiguës avec les autorités politiques»

Ce n’est pas la première fois que le nom de Heine apparaît. Dans une enquête préliminaire antérieure, les policiers français ont trouvé à la DCN  une note faisant état de l’accord de Nicolas Bazire, directeur de cabinet d’Edouard Balladur à Matignon, et du ministre du budget, Nicolas Sarkozy, pour la création de cette société. Pour les policiers, elle laissait «supposer des relations ambiguës avec les autorités politiques en faisant référence au financement de la campagne électorale de M. Balladur pour l'élection présidentielle de 1995». Mais le parquet de Paris n'avait pas donné suite.

L’enquête sur l’attentat de Karachi, qui a fait 14 morts dont 11 ingénieurs de la DCN en 2001, s’était au départ tournée vers la piste islamiste, avant de privilégier l’hypothèse de représailles pakistanaises après que Jacques Chirac a arrêté le versement de commissions liées au contrat Agosta.