Messier, la folie des grandeurs en procès

JUSTICE L'ancien président de Vivendi Universal est accusé de tromperie et malversations...

Gilles Wallon

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L'ex-patron de Vivendi Universal risque cinq ans de prison et 375 000 € d'amende.
L'ex-patron de Vivendi Universal risque cinq ans de prison et 375 000 € d'amende. — BALTEL / SIPA

Le procès d'une chute s'ouvre ce matin à Paris. Celle, spectaculaire, de Jean-Marie Messier, le président de Vivendi Universal de 2000 à 2002. Pris pendant deux ans par la folie des acquisitions, contraint à la démission après des pertes records, il est attaqué aujourd'hui par des centaines de petits actionnaires, qui l'accusent de les avoir ruinés. L'ancien PDG risque jusqu'à cinq années de prison, et 375.000 euros d'amende, pour malversations présumées et informations trompeuses (lire encadré). Et il ne sera pas seul à la barre : six autres personnes, anciens ou actuels salariés de Vivendi, sont jugées au pénal.

Coût astronomique

Tout, dans cette procédure, sort de l'ordinaire. D'abord, bien sûr, la trajectoire fulgurante du principal prévenu. Prodige de la finance, son ambition vire à la mégalomanie quand il prend les rênes de la Compagnie générale des eaux en 1996. Son rêve: transformer l'entreprise en mastodonte des médias.

Débute une série d'acquisitions fracassantes, comme la plus célèbre, en 2000, avec Seagram, propriétaire des studios Universal. Le groupe change de nom, Jean-Marie Messier s'affiche sur tous les écrans de télévision… mais ces achats ont un coût, astronomique. Et la crise de trésorerie couve. Lui assure que tout va bien, jusqu'à l'annonce, en 2002, d'une perte de 13,6 milliards d'euros.

C'est cette gestion inconsidérée qui lui vaut d'être aujourd'hui poursuivi en justice: on le soupçonne d'avoir menti à ses actionnaires. Autre particularité du procès: c'est le deuxième en moins d'un an pour l'accusé. Aux Etats-Unis, où une procédure similaire a été intentée, il en est sorti blanchi.

Troisième singularité: le procès aurait pu ne pas se tenir. Pour qu'il ait lieu, le juge d'instruction a dû rejeter la demande du parquet, qui considérait le dossier «vide», et souhaitait un non-lieu. Une décision surprenante, que certains ont interprétée comme une décision politique. Dans les années 1980, Jean-Marie Messier avait collaboré avec Edouard Balladur.

Les accusations

Jean-Marie Messier est soupçonné de plusieurs délits: diffusion d'informations fausses ou trompeuses entre 2000 et 2002, manipulations de cours en 2001, et abus de biens sociaux, pour un parachute doré de 20 millions d'euros, auquel il a finalement renoncé. L'ex-patron de Vivendi Universal a déjà été condamné en 2005 par l'Autorité des marchés financiers à 500.000 euros d'amende, pour «informations inexactes» sur la santé du groupe.