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#20MinutesdeplaisirOn a percé le mystère de cette odeur dégueu que vous seul appréciez

Chien mouillé, essence… On a percé le mystère de cette odeur dégueu que vous seul appréciez

#20MinutesdeplaisirChez certaines personnes, les odeurs du chien mouillé ou de l’essence provoquent du plaisir alors qu’elles peuvent engendrer du dégoût chez les autres
L'odeur de chien mouillé peut être perçue différemment selon les personnes.
L'odeur de chien mouillé peut être perçue différemment selon les personnes. - imageBROKER.com/SIPA / SIPA
Cécile De Sèze

Cécile De Sèze

L'essentiel

  • Vous sentez cette bonne odeur de pain chaud ? Tout le monde (ou presque) aime passer près d’une boulangerie quand la fournée sort du four.
  • A l'inverse, certains ou certaines se délectent de l’odeur d’un chien mouillé, pourtant insupportable au commun des mortels.
  • Pourquoi certaines odeurs provoquent-elles du plaisir chez les uns, alors qu’elles rebutent les autres ? Réponses avec Claire De March, chimiste et biochimiste, chargée de recherche au CNRS.

Depuis vendredi, 20 Minutes se consacre au plaisir sous toutes ses formes. Oui, on parle de sexualité, mais aussi de plaisirs gustatifs, olfactifs ou sportifs.

« Je pourrais en faire des cures. » L’odeur de l’essence provoque chez Antoine « un bonheur fou ». S’il n’est pas le seul à apprécier les effluves de cet hydrocarbure parfois plus cher qu’un simple parfum, il ne fait pas partie d’une majorité de personnes. L’essence est pour beaucoup une senteur « extrêmement agressive », comme pour Diane qui préfère de son côté celle de l’ail, notamment celle qui reste des heures, voire des jours, sur les mains après en avoir cuisiné. Les odeurs c’est comme les goûts et les couleurs. Chacun les siennes et on n’en discute pas. Mais elles trouvent tout de même des explications scientifiques.

Si pour certains telle mauvaise odeur peut être une bonne odeur pour d’autres, il peut s’agir tout simplement d’une culture différente. L’exemple du fromage en France est assez parlant. Quand une grosse odeur de camembert peut ravir nos concitoyens, elle va probablement faire fuir des habitants de contrées lointaines. « Ce n’est pas inné, c’est une construction culturelle », précise à 20 Minutes Claire De March, chimiste et biochimiste, chargée de recherche au CNRS, on l’aime parce qu’elle est appréciée dans notre alimentation française.

Une odeur dans nos gènes

Mais cette explication n’excuse pas tout. L’odeur de l’essence, de l’ail ou encore du pneumatique neuf pour Evelyne, 67 ans, qui pourrait en manger « volontiers un bout rien que pour avoir le goût dès [qu’elle] passe devant un garage » n’est pas culturelle mais bien personnelle. De fait, une part de notre ressenti sur les odeurs est inscrite dans nos gènes. « Les récepteurs olfactifs sont des protéines qu’on utilise pour sentir et il en existe 400 types pour les milliers d’odeurs autour de nous, développe Claire De March. C’est un peu comme un piano à 400 touches, une molécule odorante va créer un accord et une touche peut varier d’un individu à l’autre, une même odeur ne va pas sentir de la même façon pour tout le monde. »

On voit un peu mieux pourquoi Diane s’est retrouvée circonspecte quand sa belle-famille lui a tendu une pierre spéciale pour faire disparaître l’odeur de l’ail de ses mains qu’elle trouve « douce et rassurante ». « Je sais que l’odeur reste longtemps, même en se lavant les mains, mais j’aime tellement cette odeur que ça ne me dérange pas, au contraire. Et je n’avais jamais pensé que ça pouvait déranger certaines personnes à ce point », confie-t-elle. Le test scientifique sur l’androstérone, cette phéromone sexuelle de porc dont la senteur se dégage quand on la cuisine, a confirmé cette idée qu’une odeur peut être ressentie complètement différemment par deux personnes. « Cette molécule sent l’urine ou la sueur pour certains quand elle ne sent rien pour d’autres. Un troisième groupe va, au contraire, sentir une odeur agréable comme de la vanille ou du musc, ça dépend du gène OR7D4 », illustre Claire De March.

Sentir et manger, un plaisir très lié

Pourtant, certaines odeurs que l’on pense universelles sont en fait victimes d’idées reçues. Celles des roses ou du jasmin, très utilisées dans les parfums ou bougies odorantes, peuvent provoquer en fait du dégoût ou de l’écœurement chez certaines personnes. Mais certaines senteurs ont bien le pouvoir de mettre tout le monde, du moins une grande majorité de personnes, d’accord. C’est le cas de la vanilline. « C’est une odeur liée à une expérience positive, beaucoup de gens aiment la vanille car c’est associé à un apport de sucre mais surtout la vanilline est présente dans le lait maternel », rappelle la spécialiste de l’olfaction.

Une odeur qui nous parle donc depuis le début de notre vie mais aussi liée aux besoins naturels pour vivre. « L’odeur de nourriture marche pour beaucoup car c’est l’apport nutritionnel qui entre en compte », poursuit Claire De March. C’est pourquoi les effluves du pain chaud devant une boulangerie ou d’un gâteau au chocolat en train de cuire dans le four peuvent nous faire saliver. A l’inverse, l’odeur de la nourriture pourrie va être particulièrement désagréable et répulsive. Notre nez nous indique alors ce qui est bon pour le corps. De plus, manger est lié au plaisir. « Par association à une certaine nourriture positive, on a une décharge de sérotonine [aussi appelée "l’hormone du bonheur"] comme avec le sucre, démontre encore la biochimiste. Les odeurs ont un accès direct à notre cerveau. »

Une histoire de mémoire

On est aussi tous capables d’associer une certaine odeur à des souvenirs agréables. Des senteurs peuvent procurer un sentiment de nostalgie. Là encore, c’est une expérience très personnelle comme pour Alexandre, 35 ans, qui se délecte de l’odeur du chien mouillé.

Elle lui rappelle ses « plaisirs d’enfance », quand son « mix d’épagneul, de braque et de labrador » venait le réveiller en sautant sur son lit le matin ou qu’il « l’emmenait à la pêche à la truite où Jocker pataugeait avec nous dans les ruisseaux ». « Je sais que c’est une "mauvaise" odeur, mais en un sens j’y ai été habitué tout petit », raconte-t-il encore. Pour notre spécialiste, c’est l’odeur de la térébenthine, un solvant pour la peinture à l’huile, qui lui rappelle sa mère peintre, donc « très liée à des souvenirs d’enfance ».

L’odeur, cette autre carte d’identité

L’odeur a également une fonction sociale très forte. Par exemple « on sait que le choix du partenaire se fait aussi sur son odeur car si on ne supporte pas l’odeur de quelqu’un on n’a pas envie de le revoir, remarque Claire De March. L’odeur a ainsi un rôle très important dans les connexions sociales entre êtres humains et dans les connexions émotionnelles avec les autres. »

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L’odeur de chacun est d’ailleurs différente. Au-delà du parfum que l’on se choisit, l’odeur de notre peau, de nos vêtements, de notre habitation marque qui nous sommes. « Elle semble être une carte d’identité pour chaque être humain », analyse Claire De March.

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