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testingA Toulouse, un député débusque les offres d’intérim mensongères

Toulouse : « Tu viens pour un jour, ça ne paie même pas l’essence », un député débusque les offres d’intérim mensongères

testingHadrien Clouet, député LFI de Toulouse, a vérifié les annonces de France Travail (ex-Pôle Emploi) dans sa circonscription, en se concentrant sur les offres d’intérim d’un mois, et « plus de la moitié sont fallacieuses », affirme-t-il
Hadrien Clouet, député LFI de la Haute-Garonne, affirme que plus de la moitié des offres d'intérim d'un mois publiées sur le site France Travail (ex-Pôle Emploi) qu'il a vérifiées étaient trompeuses sur la durée de la mission. Illustration.
Hadrien Clouet, député LFI de la Haute-Garonne, affirme que plus de la moitié des offres d'intérim d'un mois publiées sur le site France Travail (ex-Pôle Emploi) qu'il a vérifiées étaient trompeuses sur la durée de la mission. Illustration. - Ludovic Marin / AFP
Hélène Ménal

Hélène Ménal

L'essentiel

  • Des missions d’un mois qui ne dureront parfois qu’un jour. A Toulouse, le député LFI Hadrien Clouet a vérifié des offres d’intérim publiées sur le site de France Travail (ex-Pôle Emploi).
  • Le parlementaire affirme que « plus de la moitié d’entre elles sont fallacieuses ».
  • Il propose de créer une « task force » pour vérifier les offres d’emploi au sein même de France Travail. Certaines sont en effet dans le cadre légal mais peuvent être tout de même trompeuses.

«C’est à la demande, c’est au moins un jour ». Voici ce qu’a répondu la semaine dernière une agence d’intérim de Toulouse au député Hadrien Clouet (LFI). Pourtant l’annonce pour un poste d’aide-soignant dans un Ehpad pour laquelle il se renseignait, publiée le 23 janvier sur le site de France Travail (ex-Pôle Emploi), faisait miroiter un contrat de travail d’un mois. « J’ai appelé pour une vingtaine d’annonces en deux jours, une douzaine étaient fallacieuses », assure le parlementaire.

Il est un récidiviste en la matière. A l’automne 2022, dans un thread Twitter, il avait publié plusieurs annonces carrément illégales ou indignes. « Mais comme il n’y a pas un jour sans que je tombe sur une annonce payée en dessous du Smic, je ne lâche pas », affirme-t-il.

Et si pour ce nouveau testing, il s’est concentré sur les missions d’intérim, c’est parce qu’il a été alerté « par des conseillers de France Travail ». « Ils préparent des entretiens pour des contrats d’un mois, la personne revient trois jours après, ça met un bazar monstre dans leur travail », dénonce le député. Il se dit révolté par « cette façon d’attraper les chômeurs ». Souvent ceux qui prennent leur élan pour un job d’un mois ne travaillent effectivement que trois ou quatre jours. « Parfois moins. Tu viens pour un jour, et ça ne paie même pas l’essence », peste Hadrien Clouet.

De fausses durées, surtout dans le médico-social

Le député relève « des mensonges » sur la durée des contrats d’intérim surtout dans le « secteur médico-social, pour du ménage ou dans les services en général ». Dans l’industrie, il a eu de bonnes surprises. « J’ai appelé pour un contrat d’un mois dans l’aéronautique, en fait c’était pour six mois », se réjouit-il.

Cette annonce mentionne un contrat d'un mois, renseignements pris par Hadrien Clouet, il ne s'agit que de quelques jours.
Cette annonce mentionne un contrat d'un mois, renseignements pris par Hadrien Clouet, il ne s'agit que de quelques jours. - France Travail

Jointe par 20 Minutes, la direction régionale de France Travail assure que « la légalité des offres diffusées sur [son] site est une priorité ». « France Travail s’appuie sur des outils technologiques et sur l’expertise de ses conseillers : toutes les offres font l’objet d’un contrôle automatisé, s’appuyant sur l’intelligence artificielle, pour écarter celles contenant des mentions discriminantes ou non conformes à la réglementation. Les offres directement déposées par les employeurs sont de surcroît vérifiées par les conseillers en charge des entreprises, donnant lieu en cas de suspicion à un contact avec l’employeur en vue de modifier l’offre et de mettre fin à la suspension de publication », poursuit-elle. Elle demande par ailleurs aux candidats qui détecteraient des anomalies – de l’intérim déguisé en CDI notamment – de ne pas hésiter à les signaler à leurs conseillers.

L’idée avortée d’une « task force » pour vérifier les offres

En 2023, un contrôle systématique de 5.000 annonces effectué par France Travail a montré que 92,9 % d’entre elles étaient « dans le cadre légal ». Loin des « plus de 50 % fallacieuses » d’Hadrien Clouet ou des 61 % annoncées comme « illégales » par la CGT chômeurs qui vient de vérifier 1.915 offres d’emploi publiées en région parisiennes.

Par ailleurs, les fausses durées de contrat pointées par le parlementaire relèvent davantage d’une non-conformité que de l’illégalité. Pour mettre tout le monde d’accord, le député toulousain propose une solution « efficace ». Créer une « task force » à l’intérieur de France Travail d’agents dont la mission exclusive serait de vérifier les offres. Son amendement en se sens, chiffré à dix millions d’euros par an, a même été adopté « à l’unanimité » par l’Assemblée nationale en septembre 2023. Mais il a disparu au Sénat et dans la Loi de finances finalement adoptée par 49.3. « Il faudrait au moins que l’inspection des fraudes mette son nez dans les offres d’emploi », suggère Hadrien Clouet. ll vient d’adresser une question écrite à Catherine Vautrin, la nouvelle ministre du Travail, pour lui soumettre cette idée.

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