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Esprit républicainLe cours d'éthique musulmane du lycée Averroès déjà pointé du doigt en 2015

Lille : Le cours d'éthique musulmane du lycée privé Averroès déjà pointé du doigt en 2015

Esprit républicainEn 2015, un ancien professeur de philosophie du lycée musulman Averroès avait lancé l’alerte sur l’éthique de l’établissement
Le groupe scolaire Averroès, à Lille.
Le groupe scolaire Averroès, à Lille. - Sameer Al-DOUMY / AFP / AFP
Gilles Durand

Gilles Durand

L'essentiel

  • Le préfet du Nord vient de mettre fin au contrat liant le lycée privé lillois Averroès à l’Etat. Les subventions doivent donc cesser à partir de la rentrée 2024.
  • Cette décision fait suite à l’avis favorable d’une commission consultative présidée par le préfet, qui s’était penchée sur le financement et le contenu du cours d’éthique musulmane.
  • En 2015, un ancien professeur de philosophie d’Averroès avait déjà lancé l’alerte sur le sujet.

Grandeur et décadence. En mars 2013, le lycée privé Averroès était sous les feux de la rampe : l’établissement lillois venait d'obtenir 100 % de réussite au baccalauréat. Installé dans le quartier populaire de Lille Sud, le premier lycée musulman de France à passer sous contrat (en 2008) était présenté comme une référence. Un peu plus de dix ans plus tard, le préfet du Nord vient de mettre fin au contrat liant ce lycée lillois à l’Etat. Les subventions doivent donc cesser à partir de la rentrée 2024.

Un nouveau coup dur pour le principal lycée musulman de France, vingt ans après sa création avec le soutien de l’ex-UOIF (devenu Musulmans de France), dans la foulée de l’interdiction du voile dans les lieux scolaires.

« Nid de vipères hypocrites »

La fin des subventions fait suite à l’avis favorable d’une commission consultative présidée par le préfet, qui s’était penchée, fin novembre, à la fois sur le financement et le contenu du cours d’éthique musulmane. En 2015, un ancien professeur de philosophie d’Averroès avait déjà lancé l’alerte sur les méthodes d'enseignement. Dans une tribune intitulée « Pourquoi j’ai démissionné du lycée Averroès » et publiée dans le journal Libération, il accusait les responsables du lycée de jouer « double jeu », en montrant, d’un côté, « patte blanche dans les médias » et, de l’autre, en diffusant « de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme ».

Poursuivi pour cette prise de position, l’enseignant avait été relaxé, en février 2017, par le tribunal correctionnel de Nanterre. Il avait également fait l’objet d’une procédure judiciaire pour « diffamation et injure non publique », après avoir envoyé un courrier électronique à ses anciens collègues, traitant la direction d’Averroès de « nid de vipères hypocrites ». L’un des collègues avait retransféré le message à la direction qui avait porté plainte, peu de temps après.

« C'est la victoire de la clarté sur la dissimulation »

Devant le tribunal, le prof avait notamment affirmé ne plus pouvoir « aller travailler dans un établissement qui n’appliquait pas l’esprit de tolérance du philosophe musulman Averroès », en pleine période post-attentat à Charlie Hebdo.

Condamné en première instance, puis en appel, l’enseignant avait fini par être relaxé, sur la forme, par la Cour de cassation en 2018. Depuis, il a décidé de ne plus s'exprimer publiquement sur cette affaire. Dans son combat, il avait été soutenu par Mohamed Louizi, essayiste et ancien membre des Frères musulmans. Aujourd’hui, ce dernier se réjouit sur X (anciennement Twitter) de la décision de la préfecture. « C'est la victoire de la clarté sur la dissimulation », écrit-il.

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A l’époque des dénonciations de ce prof, le rectorat avait diligenté une mission d’inspection qui avait estimé que « les termes du contrat de l’établissement avec l’Etat [étaient] globalement respectés », mais qu’il convenait « de clarifier le statut et la place du religieux dans l’établissement ».

Plusieurs inspections de l’Education nationale

Le rectorat avait notamment demandé de « lever les ambiguïtés entre l’enseignement de la philosophie et le cours optionnel d’éthique religieuse ». Depuis, l’Education nationale a mené plusieurs autres inspections, sans trouver matière à remettre en cause le contrat d’association.

Dans un rapport de 2020, l’inspection générale de l’Education nationale avait notamment considéré que « rien » ne permettait de penser « que les pratiques enseignantes (…) ne [respectaient] pas les valeurs de la République ». La préfecture en a jugé autrement. Les responsables du lycée avaient fait savoir, fin novembre, qu’ils saisiraient la justice administrative si une résiliation du contrat était décidée.

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