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oh oh ohEst-ce qu’on peut mentir sans risque à ses enfants à propos du père Noël ?

Est-ce qu’on peut mentir sans risque à ses enfants sur l’existence du père Noël ?

oh oh oh« 20 Minutes » a interrogé Grégory Michel, professeur de psychopathologie et psychologue auprès des tribunaux à Bordeaux, sur le rôle que jouent les affabulations typiques des fêtes de Noël sur le développement de l’enfant
Le récit autour de Noël permet aux jeunes enfants de nourrir leur imaginaire et de partager une histoire commune avec leurs camarades.
Le récit autour de Noël permet aux jeunes enfants de nourrir leur imaginaire et de partager une histoire commune avec leurs camarades.  - Shutterstock (via The Conversation) / 20 Minutes
Elsa Provenzano

Elsa Provenzano

L'essentiel

  • Beaucoup de parents sont gênés de faire croire leurs enfants au père Noël, car ce serait leur mentir. Les psychologues, eux, sont partagés sur ce sujet.
  • Grégory Michel, professeur de psychopathologie et psychologue auprès des tribunaux à Bordeaux, estime, lui, que c’est un mythe qui donne accès à un univers merveilleux, en commun avec les autres enfants.
  • Il faut toutefois que les parents accompagnent cette période, en faisant attention de ne pas préserver à tout prix le mythe de Noël quand l’enfant commence à émettre des doutes. Il ne s’agit pas de le maintenir dans un univers infantile mais de l’aider à grandir.

Est-ce qu’on ne court pas le risque de décevoir grandement les enfants en leur racontant les bobards typiques de Noël ? Au moment où ils découvriront que le vieux barbu n’existe pas, ne se sentiront-ils pas un peu lésés voire trahis ? Tous les psychologues spécialistes du développement de l’enfant ne sont pas d’accord sur le comportement à adopter en la matière.

Certains, notamment anglo-saxons, pensent qu’il ne faut jamais mentir aux enfants, même pour ces affabulations sociales collectives, car cela peut fragiliser la confiance établie entre parents et enfants. De son côté, Grégory Michel, professeur de psychopathologie et psychologue auprès des tribunaux à Bordeaux, estime que c’est une posture « un peu exagérée ». Avec le bon timing et le bon accompagnement, les récits autour du père Noël peuvent même aider à grandir. Ouf ! La magie de Noël n’est donc pas à proscrire absolument… On vous explique pourquoi.

Un besoin de merveilleux, partagé avec les autres

« Les enfants sont dans un monde de fantaisie jusqu’à 6-7 ans, et en particulier de 3 à 5 ans, pointe le professeur Grégory Michel. Ces récits sont une façon de nourrir leur imaginaire en s’appuyant sur le merveilleux, c’est important pour eux. » L’intérêt aussi de ce récit à base de traîneau, rennes et cadeaux, c’est qu’il est partagé au sein de la société et en premier lieu par les autres bambins. » Il y a un lien avec les autres et cela crée une appartenance », souligne le spécialiste. C’est ainsi une croyance qui permet de se sentir bien, de s’extraire en partie de la réalité mais « tout en partageant des choses avec les autres », insiste le professeur.

L’autre grand intérêt de la fable de Noël, c’est qu’elle aide à grandir au sens où c’est par lui-même que l’enfant va comprendre petit à petit, au fil des années, que plusieurs détails clochent. La barbe du tonton déguisé n’est plus très convaincante, le trajet d’acheminement des cadeaux par traîneau dans le ciel paraît invraisemblable et les remarques des copains peuvent aussi mettre la puce à l’oreille. Si le rapport direct à la réalité peut être trop brutal pour les plus jeunes, cette expérience autour de la magie de Noël peut aussi jouer un rôle de transition pour « apprendre que la magie peut aussi être dans la réalité », glisse Grégory Michel. Tout l’enjeu pour les parents c’est de bien accompagner cette évolution, en étant à l’écoute des besoins de l’enfant.

Ne surtout pas contrecarrer les doutes

L’erreur à éviter c’est de redoubler d’efforts et de stratégies quand il commence à verbaliser des doutes sur l’existence du père Noël. « Il ne faut pas nourrir ce mensonge qui servirait alors à le maintenir dans le monde infantile, avertit le psychologue, mais plutôt lui apprendre à composer avec la réalité, donc avec la déception et la frustration. » Très concrètement quand il commence à se poser des questions, il faut lui demander son avis pour le rendre actif dans cette recherche et utiliser le conditionnel par exemple pour échanger sur le sujet. Les parents qui persisteraient un peu trop longtemps sur les féeries de Noël auront aussi tout intérêt à se demander pourquoi ils y tiennent tant (nostalgie ? mercantilisme ? compensation ?)

En tout cas, il faut aider l’enfant à s’émanciper de ce mythe et ne pas l’y maintenir le plus longtemps possible car cela risque aussi « de créer un conflit intérieur entre ce qu’il va percevoir à l’extérieur, à l’école, et ce que les parents vont lui renvoyer. À ce moment-là, le mensonge devient problématique s’il doute de ses parents et la confiance peut se perdre ». Tout l’enjeu de l’accompagnement de l’enfant dans son développement c’est qu’in fine il ne reste pas dans cet imaginaire-là, ce qui serait alors un virage pathologique. Si, bien au-delà de huit ans, l’enfant s’accroche coûte que coûte au mythe de Noël, que cela dure et s’étend également à d’autres domaines, « il faut alors s’interroger sur pourquoi il en a besoin », estime le spécialiste.

Si tout se passe bien, à partir de 6-7 ans ou un peu après, il rejoint le groupe des plus grands, de « ceux qui n’y croient pas ». Il aura compris que c’était « un mensonge pour son bien, glisse le professeur Grégory Michel, qui n’existait pas pour cacher un sordide secret, mais pour le maintenir dans un imaginaire qui lui a permis de partager des choses avec d’autres enfants ». Il ne sera pas du tout insécurisé mais même fier d’accéder au monde des plus grands. Un vrai rituel de passage en somme.

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