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agricultureEn plein désarroi, les agriculteurs manifestent partout en Bretagne

Bretagne : « Est-ce qu’on veut encore des paysans en France ? »… Les agriculteurs en plein doute

agriculturePlusieurs manifestations ont eu lieu mercredi aux quatre coins de la Bretagne pour dénoncer la pression qui pèse sur le monde agricole « avec toujours plus de contraintes et de réglementations »
À l'appel des Jeunes Agriculteurs et de la FNSEA, plusieurs centaines d'agriculteurs ont manifesté ce mercredi dans plusieurs villes en Bretagne.
À l'appel des Jeunes Agriculteurs et de la FNSEA, plusieurs centaines d'agriculteurs ont manifesté ce mercredi dans plusieurs villes en Bretagne.  - Loïc Venance / AFP  / 20 Minutes
Jérôme Gicquel

Jérôme Gicquel

L'essentiel

  • Les agriculteurs ont mené une journée d’action mercredi dans plusieurs villes en Bretagne.
  • Ils dénoncent « les réglementations aberrantes et changeantes » qui se succèdent et les contraintes qu’ils subissent.
  • En plein désarroi, certains s’interrogent sur l’avenir de leur métier.

À chaque fois qu’ils veulent se faire entendre, ils sortent les tracteurs pour parader en ville. Mercredi, la tradition a été respectée en Bretagne avec plusieurs centaines d’agriculteurs qui ont quitté leur campagne et chevauché leur bolide pour converger vers les différentes préfectures de la région. Leur cible n’était cette fois pas la grande distribution mais les administrations qui les « font tourner en rond. » À Rennes, le convoi a d’abord pris la direction du conseil régional de Bretagne avant de rejoindre le siège régional de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf).

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Sur le parking où du fumier et de la paille ont été déversés, on discute et on déconne entre collègues, certains ayant même ramené le pack de bières. Mais le désarroi et la colère se lisent aussi sur les visages. « On fait le plus beau métier du monde mais je ne pousserai pas mes enfants à le faire », indique Yannick. Éleveur de Blondes d’Aquitaine à Sens-de-Bretagne, il fulmine contre la paperasse qu’il doit se cogner chaque jour. « Chaque matin je me réveille en me demandant quel courrier il y aura cette fois dans la boîte aux lettres, explique-t-il. On doit tout le temps remplir des dossiers et il manque toujours des pièces. Ils sont en train de nous démoraliser. »

Souveraineté alimentaire et concurrence étrangère

Une pancarte accrochée sur un tracteur résume bien le moral des troupes : « La terre se laboure avec du savoir-faire, pas un ordinateur. » Installé depuis à peine deux mois, Frédéric, producteur de lait bio à Bourgbarré, a découvert les joies de l’administratif. « La réglementation n’arrête pas de changer avec à chaque fois de nouvelles normes, se désole-t-il. Cette charge administrative est un job à plein temps. » Récemment, les agriculteurs ont ainsi appris qu’il leur sera bientôt interdit de retourner leurs prairies permanentes pour les transformer en cultures. « On a déjà fait beaucoup d’efforts mais on trouve toujours des moyens pour nous mettre des bâtons dans les roues », peste Kevin, un jeune éleveur installé à Plélan-le-Grand.

La question du glyphosate, dont l’autorisation vient d’être renouvelée pour dix ans au sein de l’Union européenne, s’invite également dans les débats. « Cela ne fait plaisir à personne d’en utiliser, assure Yannick. Mais il n’y a pour l’instant aucune solution donc on n’a pas le choix. ». Plus globalement, tous les agriculteurs présents s’interrogent sur leur avenir et sur le sens de leur métier. « Est-ce qu’on veut encore des paysans en France ?, s’interroge Cyrille Herbert, co-président des Jeunes Agriculteurs d’Ille-et-Vilaine. C’est à se demander tellement on nous tient un double discours. On nous parle de souveraineté alimentaire et dans le même temps on signe un accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande qui va nous inonder avec sa viande bovine et ovine. »

« Si on ferme tous boutique, qui sera là pour vous nourrir ? »

Éleveur laitier à Saint-Brice-en-Coglès, il observe chaque jour le désarroi de ses jeunes collègues. « Certains sont installés depuis à peine cinq ou six ans et ils veulent déjà arrêter, c’est très grave », souligne-t-il. « Mais si on ferme tous boutique, qui sera là pour vous nourrir ? », embraye Nicolas, particulièrement remonté. « On nous demande à chaque fois de produire mieux mais les consommateurs regardent aussi leur porte-monnaie et se ruent souvent sur de la merde étrangère dans les supermarchés », tonne-t-il.

À ses côtés, un autre jeune éleveur se montre encore plus dépité. « On a une corde autour du cou et on ne fait que continuer de la serrer », indique-t-il, blasé mais toujours passionné : « Heureusement que j’aime encore mon métier, le contact avec les bêtes et la terre. C’est ça qui me fait lever tous les matins. Car sinon, ça fait longtemps que j’aurais tout envoyé valser tellement il y a plein de choses qui me dégoûtent. »

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