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ÉDUCATION nationaleC’est quoi la « méthode de Singapour », censée relever le niveau en maths ?

Maths : C’est quoi la « méthode de Singapour », choisie pour relever le niveau des élèves ?

ÉDUCATION nationaleLe ministre de l’Education nationale Gabriel Attal a annoncé la mise en place progressive de la méthode pour les élèves de primaire, dès 2024
Zéro + zéro = la tête à Toto. C'est ensuite que ça se complique.
Zéro + zéro = la tête à Toto. C'est ensuite que ça se complique. - C. Delahay/SIPA / Sipa
Julie Urbach

Julie Urbach

L'essentiel

  • A partir de la rentrée 2024, la méthode dite « de Singapour » sera progressivement utilisée pour enseigner les mathématiques dans les écoles françaises, a annoncé le ministre de l’Education national Gabriel Attal.
  • Imaginée dans les années 1980 dans ce pays d’Asie, cette approche repose sur trois piliers : le concret, l’imagé et l’abstrait.

Zéro + zéro = la tête à Toto. Le niveau des élèves français est en baisse, notamment en mathématiques. Le constat est le même années après années et le gouvernement cherche comment redresser la barre. Mardi, après le dévoilement de la nouvelle enquête Pisa qui faisait état de cette dégringolade, le ministre de l’Education nationale Gabriel Attal a annoncé tout un tas de mesures. Dans sa mallette, l’adoption « progressive » en primaire, dès la rentrée prochaine, de la « méthode de Singapour », qui expliquerait la première place qu’occupe encore ce pays d’Asie sur le podium.

Utilisée depuis le début des années 1980, cette méthode d’enseignement qui se déploie de la maternelle au CM2 repose sur trois piliers : le concret, l’imagé et l’abstrait. En clair, les enfants sont d’abord encouragés à manipuler des objets avant de devoir décrypter chiffres et obscurs symboles au tableau. « C’est une méthode intéressante pour les jeunes enfants car on va transformer une addition ou une multiplication en un concept très simple, voire en jeu, réagit Younss Messoudi, professeur de mathématiques en Mayenne et créateur de la plateforme de soutien en vidéo Jai20enmaths. Si on dit à un enfant "2+2", il ne va pas forcément comprendre alors qu’en manipulant, imaginons deux jetons puis deux autres jetons, il va modéliser et se l’approprier. C’est du concret, qu’on transforme ensuite en images. Et après on peut passer aux valeurs, plus abstraites. »

Une « recette miracle » ?

En plus de cette « approche concrète, active et collaborative », vantée par le ministre qui souhaite ainsi anticiper « l’apprentissage des fractions et des nombres décimaux dès la classe de CE1 » , l’organisation des enseignements diffère puisque chaque notion est approfondie l’une après l’autre, plutôt que d’en aborder plusieurs en parallèle avec le risque de tout mélanger. A la fin de chaque cours, « l’élève a l’occasion d’objectiver la notion en essayant de la reformuler avec ses propres mots », complète le guide de La Librairie des écoles, une maison d’édition qui a commencé à introduire cette méthode en France il y a une quinzaine d’années.

Si un rapport de 2018 présenté par l’ancien député et mathématicien Cédric Villani préconisait déjà l’importation chez nous (comme elle est déjà d’usage dans 70 pays) de la méthode de Singapour pour ses bons résultats, d’autres observateurs mettaient en garde contre une « recette miracle » : « S’il existe indéniablement des ressources pédagogiques de meilleure qualité que d’autres, il semble délicat de considérer la réussite d’un apprentissage comme le résultat quasi-exclusif de l’utilisation de ressources pédagogiques délivrées aux professeurs », écrivait par exemple en 2019 le professeur des écoles Jean-Michel Jamet, dans la revue de l’Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques de Grenoble. Il notait notamment qu’à Singapour, les effectifs d’élèves par classe avaient été considérablement réduits. Et que la formation des professeurs joue aussi un rôle dans la réussite des écoliers. CQFD.

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