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intergénérationnelIls ont (au moins) 70 ans d’écart et fabriquent ensemble des décos de Noël

Ils ont (au moins) 70 ans d’écart et fabriquent ensemble des décos de Noël

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Dans une école de Toulouse, un atelier de Noël réunit des élèves et des personnes âgées isolées. Pour fabriquer des bougies mais c’est un prétexte pour réchauffer des cœurs à l’hiver de leur vie
Evy, 79 ans, et ses camarades de classe.
Evy, 79 ans, et ses camarades de classe. - H. Ménal / 20 Minutes / 20 Minutes
Hélène Ménal

Hélène Ménal

L'essentiel

  • En France, 530.000 personnes âgées sont considérées en situation de « mort sociale ».
  • Les bénévoles des Petits frères des pauvres servent de béquilles à beaucoup d’entre elles, en particulier à l’approche des fêtes de fin d’année. Comme à Toulouse, où une équipe locale a organisé un atelier décos de Noël dans une école de Rangueil.
  • On a suivi Maryse, Evy et Evelyne à la rencontre de leurs « petits anges ». Et il y a eu plus de bavardages que de bougies pailletées fabriquées.

Evelyne a 91 ans, un humour décapant et l’art des sentences définitives, pleines de sagesse, propres à inspirer la jeune génération. Du genre « il vaut mieux suer que trembler » quand elle refuse de quitter son manteau gris ou « vite et bien, deux choses qui ne vont pas ensemble ». L’élégante et malicieuse nonagénaire vit seule dans son appartement du quartier d’Empalot à Toulouse. « Jusqu’à 85 ans, j’allais danser le samedi à la Roseraie avec une copine, confie-t-elle. Mais maintenant je ne fais plus rien. Dans ma tête, je suis jeune, mais plus dans mes mouvements. » Rien, c’est vite dit. Elle apprend à tricoter, ou du moins essaie, aux aides ménagères qui passent par chez elle. Et elle reçoit les visites régulières de Germinal, SON bénévole des Petits frères des pauvres, dont la mission est d’être son « chasseur de solitude ».

La paire est bien rodée. Elle fait semblant d’être autoritaire, lui d’aimer se faire rabrouer. Mais Germinal a plus d’un tour dans son sac. Mardi, il a réussi à ramener sa protégée dans une salle de classe. Celle de l’école Jules-Julien où dix « anges » de CM2 attendaient trois duos en tout. Martine et Evy, une ex-danseuse aux mille vies originaire de Jacksonville en Floride, et Blanche flanquée de Maryse, timide septuagénaire amatrice d’échecs et Rummikub.

« Ils sont chouettes ces petits »

Le prétexte de ce « Cool coffee » : fabriquer ensemble des bougies décoratives. Dans des pots de yaourt en verre, avec la multitude de rubans adhésifs et de perles qu’a réunis Audrey Motz, l’animatrice du Clae*, et sa complice Gisèle, et les revendre au marché de Noël de l’école, le 21 décembre, pour pouvoir verser un pécule à l’association. La vraie raison de cette réunion d’une heure, « l’intérêt de l’affaire » comme dit Blanche : offrir aux unes un moment de chaleur à l’approche des fêtes, aux autres « un moment de partage intergénérationnel ».

« L’affaire » donc, ne prend pas cinq minutes pour ronronner dans la bonne humeur. Chacun trouve aisément sa place autour de la table. Le petit Swann se met à ramasser machinalement tout ce que fait tomber Evy, que les enfants ont déjà rencontrée l’année précédente. Martin, aux desseins cosmopolites, vient lui demander comment on souhaite « Joyeuses fêtes » en anglais pour ses messages sur les photophores. « J’adore les enfants et les animaux, et j’adore blaguer », lance enthousiaste l’Américaine, qui fabrique les bougies deux fois plus vite que tout le monde, les bourre de deux fois plus de perles, et les orne de trois fois plus de paillettes. La frêle Martine, dont la vue laisse à désirer, se spécialise dans les commentaires artistiques. « Celle-là est très originale », dit-elle en regardant Arthur entrelacer ses rubans. « Ils sont très chouettes, très gentils, très accueillant ces petits, constate-t-elle. Pour moi, c’est un moment de soleil ! »

Machine à remonter le temps

A l’autre bout de ce carré créatif, pour la petite Jade, c’est plutôt l’embarquement pour la machine à remonter le temps. Sa voisine Evelyne, qui a bizarrement aimanté la moitié des paires de ciseaux du groupe, enfile des perles tandis que le créatif Germinal abat tout le boulot. Comme elle n’y voit plus très bien non plus, elle préfère se replonger dans ses souvenirs. Elle apprend à une Jade ébahie que son fils – 73 ans aujourd’hui – était lui aussi élève à l’école Jules-Julien. Sauf, et on peine à croire en regardant par la fenêtre, qu’il y avait une ferme juste à côté où elle venait « chercher du lait ». « Je crois bien que c’est le poste à essence maintenant », répète-t-elle aux autres enfants venues s’agglutiner alléchés par le passé du quartier.

Trente-quatre bougies plus loin, l’heure de la cantine sonne pour les enfants. La troupe, qui aura d’autres occasions de se réunir, se sépare sans oublier de chanter un tonitruant « Joyeux anniversaire » à Evy, qui en souffle 79 cette semaine. A l’aller, Blanche avait suggéré en rigolant à Evelyne de redescendre en glissant sur la rampe. Avec sa béquille à la poignée violette, customisée et pailletée entre-temps par un petit plaisantin, elle choisit de s’éloigner à tout petits pas au bras de son fidèle Germinal.

* Centre de loisirs associé à l’école

Besoin de bénévoles

En Occitanie les 1.395 bénévoles des Petits frères des pauvres accompagnent 1.630 personnes en situation de « mort sociale », notamment en passant les réveillons avec elles. L’association recherche des bonnes volontés, surtout dans les départements ruraux de l’Ariège, des Hautes-Pyrénées, du Lot et du Tarn. Renseignements sur TousBenevoles.org

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