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MAISONS DE correctionLe combat des « filles » du Bon Pasteur, « humiliées et maltraitées »

« On a émergé d’un cauchemar… » Le combat d’ex-pensionnaires du Bon Pasteur, « humiliées et maltraitées »

MAISONS DE correctionEn espérant que leur statut de victime soit un jour reconnu, d’anciennes pensionnaires de la congrégation du Bon Pasteur, comme Marie-Christine Viennat, continuent de témoigner des violences qu’elles disent avoir subies
Marie-Christine Viennat a passé trois ans au sein de la congrégation du Bon Pasteur, lorsqu'elle était adolescente. Aujourd'hui secrétaire de l'association des filles du Bon Pasteur, elle accuse l'institution religieuse de maltraitances.
Marie-Christine Viennat a passé trois ans au sein de la congrégation du Bon Pasteur, lorsqu'elle était adolescente. Aujourd'hui secrétaire de l'association des filles du Bon Pasteur, elle accuse l'institution religieuse de maltraitances. - J. Urbach / 20 Minutes / 20 Minutes
Julie Urbach

Julie Urbach

L'essentiel

  • Des centaines d’anciennes pensionnaires de la congrégation du Bon Pasteur, une maison de correction basée à Angers, se battent pour faire reconnaître les « sévices et maltraitances » qui s’y seraient déroulés jusque dans les années 1970.
  • Marie-Christine Viennat, qui donne régulièrement des conférences comme cette semaine à Nantes, raconte les « humiliations presque quotidiennes », « les gamines rouées de coups », ou encore les conditions de vie déplorables.
  • Des accusations qui ont poussé la congrégation de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur à lancer sa commission d’enquête indépendante, dont les conclusions doivent être rendues prochainement. Les victimes, elles, espèrent l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire.

Elle a mis 50 ans à « ouvrir son bec » et ne semble désormais plus vouloir s’arrêter. A 75 ans, Marie-Christine Viennat a parfois les yeux qui s’emplissent de larmes quand elle raconte sa jeunesse difficile. Celle qui était, selon ses dires, « une gamine insupportable » mais qui n’a « jamais fait de bêtise grave » a passé trois ans au sein de la congrégation du Bon Pasteur. Cette pension, créée à Angers, visait à rééduquer des adolescentes défavorisées, placées souvent sur décision du juge. Comme « plusieurs centaines de filles », Marie-Christine a récemment décidé de prendre la parole pour dénoncer « les sévices et les maltraitances physiques et psychologiques » qui se seraient déroulées dans ces maisons de correction jusque dans les années 1970.

En attendant l’ouverture d’une très attendue commission d’enquête parlementaire, la secrétaire de l’association des filles du Bon Pasteur et ses autres membres sillonnent la France pour animer des conférences, comme à Nantes vendredi soir. « On veut maintenir la pression, continuer à faire connaître notre histoire, les faire descendre de leur piédestal, rapporte la septuagénaire. On sait que les violences sont prescrites aux yeux de la justice. Mais on pourrait espérer une condamnation pour travail illégal. Il faut savoir qu’un peu comme des détenues, de nombreuses grandes entreprises faisaient appel à nous. On travaillait 11 heures par jour : couture, repassage, fabrication de porte-clé… Moi je faisais des fonds de robe. Et bien je n’ai jamais touché un centime pour ça ! »

« Humiliations presque quotidiennes »

C’est lorsqu’elle a visionné The Magdalene sisters, un film sur le calvaire enduré par de jeunes femmes dans un couvent irlandais, que tout lui est revenu. « Ça m’a fait un choc, je me suis identifiée aux filles. Je suis allée sur Internet et je suis tombée sur un forum qui venait de se créer. C’est comme ceci que j’ai pu regrouper 500 témoignages. Ça a pris beaucoup de temps car les filles étaient comme en train d’émerger d’un cauchemar. » En serrant les dents, Marie-Christine raconte les « humiliations presque quotidiennes subies par des centaines de filles », « les gamines rouées de coups », les conditions de vie déplorables…

« Quand on était punies, on était envoyées dans ce que les sœurs appelaient une chambre d’isolement. Mais c’était un cachot ! Un mitard avec un matelas par terre, un seau hygiénique et c’est tout. Des barreaux aux fenêtres et une trappe pour les repas. A part la Bible, il n’y avait aucune lecture. J’ai vu des filles en sortir, plusieurs mois après. Elles étaient devenues folles. »

Une reconnaissance du statut de victime

Les témoignages reçus par l’association, et transférés à leurs avocats dans le cadre d’un dépôt de plainte, font aussi état d’abus sexuels. « Les examens gynécologiques, sans gants, on ne se rendait pas compte de ce qu’on nous faisait, décrit cette mère de deux enfants, devenue ensuite monitrice de gymnastique. Il y avait des remarques sur notre anatomie, qui étaient ensuite inscrites dans notre dossier. On a développé toutes sortes de phobies ensuite… » Assez pour que ces anciennes pensionnaires demandent aujourd’hui « une reconnaissance de leur statut de victime » et une indemnisation qui irait avec, « notamment pour certaines qui aujourd’hui en auraient bien besoin. »

Il y a un an, la congrégation de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur annonçait lancer sa commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les faits dénoncés, « les méthodes éducatives ainsi que (…) la responsabilité de chacun des acteurs concernés » et étudier d’éventuelles « réparations ». Contactée par 20 Minutes, elle indique que les conclusions seront prochainement connues.

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