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enquete« Un joyeux bordel »… La triste réputation de l’école de police d’Oissel

Simulacre de noyade : « C’est un joyeux bordel là-bas »… La triste réputation de l’école de police d’Oissel

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Plusieurs affaires récentes ont mis en lumière des dysfonctionnements au sein de l’école nationale de police d’Oissel, en Seine-Maritime
Créée en mars 1998, l'école de police de Oissel forme près de 900 élèves chaque année
Créée en mars 1998, l'école de police de Oissel forme près de 900 élèves chaque année - BERTRAND GUAY / AFP / AFP
Thibaut Chevillard

T.C.

L'essentiel

  • Un formateur de l’école de police d’Oissel, près de Rouen, a été suspendu après la diffusion d’une vidéo montrant un simulacre de noyade imposé aux élèves.
  • Une enquête administrative de l’IGPN, la « police des polices », a été lancée, a annoncé la police nationale jeudi.
  • Ce n’est pas la première fois que cet établissement fait parler de lui. Plusieurs affaires récentes ont mis en lumière des dysfonctionnements.

L’apprenti policier est accroupi le long d’un mur. Un tee-shirt noir recouvre sa tête. Un formateur de l’école de police d’Oissel (Seine-Maritime) lui verse de l’eau dessus et lui demande, en même temps, de chanter la Marseillaise. « Tu veux faire le guerrier ? Montre-moi que t’es un guerrier ! » Asphyxié, l’élève gardien de la paix tente difficilement d’exécuter cet ordre quand soudain, l’instructeur le frappe au ventre.

Après la révélation, par Le Parisien et BFMTV, de cette vidéo montrant ce qui ressemble à un simulacre de noyade, une enquête administrative de l’IGPN, la « police des polices », a été lancée, a-t-on appris ce jeudi. La police nationale a également annoncé sur X (anciennement Twitter) la « suspension du formateur en techniques de sécurité en intervention (FTSI) », et la convocation du directeur de l’école par le Directeur général de la police nationale (DGPN).

« Ce policier moniteur a déjà été signalé par le passé pour ce type de méthodes, qui sont hors déontologie », a indiqué à l’AFP une source syndicale policière, précisant qu’il s’agit d’un « moniteur spécialisé en technique d’intervention de police et de tir ». « C’est un dérapage, cela ne correspond pas à la pédagogie enseignée au sein de l’école », a assuré la même source.

Un syndicaliste influent, qui s’exprime sous couvert d’anonymat auprès de 20 Minutes, précise qu’il ne s’agissait « pas d’un bizutage ». « Rien n’était imposé aux élèves, ils n’ont pas été harcelés pour le faire, soutient-il. Tous étaient volontaires et beaucoup d’entre eux n’ont pas voulu le faire. Il n’en reste pas moins que ce n’est pas acceptable. Ça n’a aucun intérêt pédagogique. On ne prépare pas ces jeunes collègues à intégrer des unités d’élite, comme la BRI ou le Raid ».

« Un vrai sujet concernant l’encadrement »

Pour ce policier cité plus haut, cette affaire montre « qu’il y a un vrai sujet concernant l’encadrement dans cette école », créée en mars 1998, et qui forme environ 900 élèves par an. « Il y a eu pas mal d’histoires dans le passé, c’est juste un joyeux bordel là-bas », assure-t-il. L’établissement a notamment fait parler de lui dans la presse au début du mois d’octobre dernier. Un responsable de la Licra, la ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, s’était rendu sur le site pour animer une conférence. Avant son intervention, il a croisé un élève se promenant avec un exemplaire de Mein Kampf, le livre écrit par Adolf Hitler.

Le service de communication de l’institution, contacté à l’époque par France 3, a expliqué que le propriétaire de l’ouvrage le détenait « depuis ses années lycées », et qu’il en avait fait l’acquisition « sur les conseils de son professeur d’Histoire pour mieux comprendre la Shoah et le terrible système d’extermination mis en œuvre par l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale ». Il devait le « prêter à un autre élève de l’école, défenseur de la communauté LGBT, qui souhaitait se documenter sur la condition homosexuelle subie sous le nazisme ». L’incident a valu aux élèves un rappel à la déontologie.

« Plusieurs enquêtes ont déjà été menées »

En 2021, c’est une affaire de viol qui avait ébranlé l’établissement. Une élève a déposé plainte contre l’un de ses camarades de promotion qui l’aurait agressé sexuellement, une nuit, après une soirée alcoolisée. Une information judiciaire, toujours en cours, a été ouverte du chef de viol, selon France Bleu. L’élève suspecté des faits a été placé sous contrôle judiciaire.

Un an plus tôt, le site actu.fr révélait que des policiers, formateurs aux techniques et à la sécurité en intervention (FTSI) dénonçaient les méthodes de management de la direction de l’établissement, jugées « dictatoriales » et « catastrophiques ». Le syndicat Unsa Police avait pris la plume pour écrire au directeur central du recrutement et de la formation de la police nationale. L’organisation lui rappelait que « plusieurs enquêtes ont déjà été menées au sein de cette structure, et ont démontré des manquements, tant sur le plan déontologique que sur le plan professionnel ».

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