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EXTREME DROITEDeux ans après sa dissolution, Génération Identitaire a fait des petits

Ultradroite : Deux ans après sa dissolution, Génération Identitaire n’a pas (vraiment) disparu

EXTREME DROITEGérald Darmanin va « proposer » la dissolution de trois groupuscules d’ultradroite. Une mesure qui a montré ses limites par le passé, notamment concernant le mouvement Génération identitaire
Lors d'une manifestation de Génération Identitaire à Paris en février 2020
Lors d'une manifestation de Génération Identitaire à Paris en février 2020 -  Remon Haazen/Shutterstock / SIPA
Thibaut Chevillard

T.C. avec AFP

L'essentiel

  • Gérald Darmanin a annoncé ce mardi qu’il allait demander la dissolution de trois groupuscules d’ultradroite, après l’expédition punitive de militants à Romans-sur-Isère (Drôme) le week-end dernier.
  • En février 2021, le ministre de l’Intérieur avait engagé le même type de procédure à l’encontre de Génération identitaire après une opération anti-migrants menée par le groupuscule dans les Pyrénées.
  • Mais deux ans après sa dissolution, plusieurs groupuscules s’érigent en héritiers du mouvement.

Comme un air de déjà-vu. Gérald Darmanin a annoncé ce mardi sur France Inter qu’il demanderait la dissolution de trois groupuscules d’ultradroite, dont la Division Martel, après l’expédition punitive de militants à Romans-sur-Isère (Drôme) le week-end dernier, consécutive à la mort du jeune Thomas à Crépol. Une mesure qui a montré, dans le passé, ses limites. Le ministre de l’intérieur avait en effet engagé le même type de procédure, en février 2021, à l’encontre du groupe d’extrême droite Génération identitaire. L’organisation, qui s’était rendue célèbre après une opération antimigrants dans les Pyrénées, a été dissoute en mars de la même année en Conseil des ministres. Mais à partir de ses cendres, d’autres groupuscules ont été créés.

Le groupe Argos se veut ainsi l’héritier de Génération identitaire. Lancé par des anciens du groupuscule dissous, « il en reprend les codes et les méthodes, mais s’ouvre aux autres chapelles de l’extrême droite », expliquait en octobre 2022 le site Streetpress. « Lancé à la rentrée 2022, Argos s’inscrit dans la galaxie d’une myriade de groupuscules qui ont pris le relais de Génération identitaire après sa dissolution. Souvent des groupes locaux » qui « n’étaient pas touchés par la décision du ministère de l’Intérieur », indiquait pour sa part le journal Libération en septembre dernier.

Défendre « la civilisation européenne »

Sur sa page Instagram (9.000 abonnés), une vidéo de l’organisation prône un changement radical pour défendre « la civilisation européenne ». Après la mort de Thomas, le groupuscule a diffusé sur TikTok une campagne d’affichage organisée selon lui à Rouen pour dénoncer les « massacres anti-Français ». En septembre, douze hommes ont été interpellés à Cherbourg lors d’un rassemblement non déclaré revendiqué par Argos pour dénoncer le viol d’une jeune femme. Poursuivis pour « provocation publique à commettre un crime ou un délit », tous ont été relaxés.

A Lyon, l’une des places fortes de l’ultradroite, entre 300 et 400 personnes seraient membres de la mouvance, selon les autorités locales. Leur tête de pont, les Remparts, a lui aussi été bâtie sur les cendres de Génération identitaire. Si l’on en croit une vidéo publiée sur Facebook, le groupe était présent lors de la manifestation à Romans-sur-Isère samedi.

« Apéros enracinés »

Mi-novembre, des élus de plusieurs partis ont demandé au gouvernement sa dissolution après une action violente menée contre un local accueillant une conférence du collectif Palestine 69, pour laquelle le parquet de Lyon a ouvert une enquête. En 2022, une enquête avait aussi été ouverte pour « provocation à la haine » après une manifestation de l’ultradroite en hommage à la jeune Lola tuée à Paris, « marquée par des slogans xénophobes ». Le groupuscule organise régulièrement des « apéros enracinés » à la Traboule, haut lieu de l’ultradroite lyonnaise.

Lundi soir, une centaine de personnes ont déambulé sur la presqu’île, en plein centre de Lyon, aux alentours de 20 heures, avant d’être dispersées par les forces de l’ordre. Huit ont été interpellées « plus tard dans la soirée », dans le « cinquième arrondissement », quartier fief de l’ultradroite lyonnaise, a précisé la préfecture. Sur des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, notamment sur la page Facebook du groupe « Les Remparts », des individus masqués tiennent une banderole « l’immigration tue » et crient « Islam hors d’Europe ». Un rassemblement « pour Thomas » dans un autre quartier, à l’appel des Remparts, avait été interdit par la préfecture.

« Les mesures de dissolution atteignent une limite »

« A Lyon, comme ailleurs, il y a une illusion à lever. Les groupes qui ont été dissous, que ce soit chez les identitaires ou du côté du Bastion social, n’ont pas disparu dans la nature. Les militants non plus », expliquait à 20 Minutes, en octobre dernier, Jean-Yves Camus, politologue, spécialiste des nationalismes et des extrémismes en France et en Europe et directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la fondation Jean-Jaurès. « Les mesures de dissolution atteignent une limite. Elles ont eu un effet, mais cet effet n’est pas de l’ordre de l’anéantissement », observait-il.

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