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analyseGérard Collomb, le maire de Lyon qui a su réveiller « la belle endormie » ?

Lyon : Gérard Collomb, le maire qui a su réveiller « la belle endormie » ?

analyseAlors que les obsèques de Gérard Collomb se dérouleront ce mercredi matin, nous avons demandé aux observateurs de la vie politique lyonnaise de comparer son action à celle de ses prédécesseurs
Les obsèques de Gérard Collomb, décédé samedi soir, se dérouleront ce mercredi matin en la cathédrale Saint-Jean de Lyon.
Les obsèques de Gérard Collomb, décédé samedi soir, se dérouleront ce mercredi matin en la cathédrale Saint-Jean de Lyon.  - Ludovic Marin/ AFP / AFP
Caroline Girardon

Caroline Girardon

L'essentiel

  • Les obsèques de Gérard Collomb se dérouleront ce mercredi matin à Lyon.
  • Aux dires de beaucoup, « Gégé » a su réveiller la « belle endormie » pour en faire une métropole dynamique et attractive. Qu’en est-il vraiment ?
  • Selon les observateurs de la vie politique locale, l’homme s’est inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs, tout en apportant sa pierre à l’édifice grâce à une « politique de transformation et de modernisation de la ville » et un talent indéniable de communicant.

La ville de Lyon, c’était « son bébé ». Celle qu’il protégeait. Celle sur laquelle il gardait toujours un œil, même lorsque Emmanuel Macron l’a fait monter place Beauvau. Aux dires de beaucoup, Gérard Collomb, décédé samedi à l’âge de 76 ans, était le maire qui a réveillé « la belle endormie », faisant de la capitale des Gaules, une ville attractive. Qu’en est-il vraiment ? Nous avons posé la question à plusieurs observateurs de la vie politique locale.

« Il est vrai que Lyon était d’une tristesse infinie. C’était même écrit dans certains guides touristiques, se remémore Paul Bacot, professeur émérite de sciences politiques. La ville bénéficiait d’un énorme déficit d’image, aggravé par les "erreurs" de Louis Pradel dans les années 1960-1970 [maire qui voulait raser le Vieux-Lyon pour faire passer l’autoroute et à qui l’on doit l’échangeur de Perrache] ». Mais « c’est avec Michel Noir que les choses ont commencé à basculer », souligne-t-il, faisant référence notamment au plan Lumière éclairant les plus beaux bâtiments de la ville la nuit et mis en place dans les années 1980.

Faire exister Lyon face à Paris

« Il y a un continuum entre les différents maires en ce qui concerne l’attractivité et le rayonnement de Lyon, appuie à son tour le politologue Daniel Navrot. Il y a une longue tradition, un combat commun des maires pour faire exister Lyon face à l’aimant national que représentent Paris et sa région. Ce qui n’est pas toujours facile. Chacun d’entre eux, que ce soit Francisque Collomb, Michel Noir, Raymond Barre ou Gérard Collomb, a apporté sa pierre à l’édifice. »

Mais « l’apport singulier » de Gérard Collomb, développe-t-il, c’est d’avoir mené « une politique d’urbanisme multipolaire », une politique de « transformation et de modernisation de la ville ». Les quartiers de la Confluence, de la Soie (Vaulx-en-Velin) et de Gerland, qui ont complètement changé de visage, en sont l’illustration parfaite. « Il va également enclencher une ligne verte avec l’arrivée des vélos en libre-service, l’aménagement des berges du Rhône ainsi que l’accroissement des parcs et jardins », analyse Daniel Navrot. Et insuffler ainsi l’idée d’une ville où il fait bon vivre.

Gérard Collomb mène alors une politique de communication intense pour attirer les entreprises et les activités, drague les architectes internationaux de renom… et surfe sur le triomphe de l’Olympique lyonnais, qui survole (à cette époque) la Ligue 1. La folle épopée des Gones est « un élément qui a consolidé sa stratégie de communication. Et il ne s’y est pas trompé », observe encore Daniel Navrot. Tout comme l’émergence du festival Nuits Sonores qui offre à la ville une visibilité européenne.

Un pro de la communication

« Gérard Collomb s’inscrit dans la continuité de ce qui avait déjà été initié par Édouard Herriot mais avec un élan nouveau. Il a su tenir un discours. Pendant des années, il va répéter qu’il fallait une autre dimension à la ville, qu’elle était une métropole importante. Il a su convaincre tout le monde que Lyon avait changé de braquet ou ne jouait plus dans la même cour, abonde Paul Bacot. Et ce discours a fait mouche, y compris auprès de ses adversaires. »

« La communication, c’est qu’il portait le plus. A l’inverse d’un Raymond Barre qui n’avait pas ce costume de VRP et qui ne cherchait pas à vendre sa ville », Gérard Collomb, lui, en a fait son cheval de bataille, reconnaît à son tour le politologue Romain Meltz. Et d’étayer : « C’est lui qui a eu l’idée de créer Only Lyon [programme de marketing territorial de la Métropole chargé de son rayonnement]. Pendant l’ère Collomb, il y avait des classements qui émergeaient toutes les années et qui plaçaient la ville dans les meilleures destinations françaises ou européennes. Cette idée de compétition entre les villes, c’est lui. »

Dès 2001, « Gégé », comme le surnommaient ses administrés, avait déjà ce projet de placer Lyon aux portes de l’Europe. « Il voulait un tramway qui puisse connecter l’aéroport Saint-Exupéry [situé à 30 km] à la ville et notamment à la cité internationale et le quartier de la Confluence, développe Romain Meltz. Mais il a dû bien vite abandonner cette idée ». Et s’armer de patience. « A défaut de dire qu’il a réveillé la belle endormie, je dirai qu’il n’a pas empêché son réveil. Mais au final, l’empreinte de Gérard Collomb me paraît assez modeste, comparé à celles de ses prédécesseurs », conclut le politologue.

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