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Sans ToitEssor de la « violence » dans les opérations d’expulsion sur le littoral ?

Sans-abris : L’Observatoire des expulsions déplore l’essor de la « violence » des opérations sur le littoral nord

Sans Toit
Selon l’Observatoire des expulsions, le nombre de personnes évacuées des squats, bidonvilles et campements ne cesse d’augmenter, provoquant une incidence sur la santé mentale des enfants
Illustration d'une évacuation d'un campement, dans la Métropole de Lille.
Illustration d'une évacuation d'un campement, dans la Métropole de Lille. - Collectif Solidarité Roms Lille Métropole / Collectif Solidarité Roms Lille Métropole
Gilles Durand

Gilles Durand

L'essentiel

  • Entre le 1er novembre 2022 et le 31 octobre 2023, l’Observatoire des expulsions de lieux de vie informels a recensé 1.111 expulsions sur le territoire national, dont 729 pour le littoral nord (Calais et Dunkerque).
  • L’Observatoire déplore des expulsions de plus en plus « violentes » qui ont une incidence psychologique sur les enfants.

Le nombre de sans-toit augmente, celui des évacuations aussi. L’Observatoire des expulsions de lieux de vie informels (squats, bidonvilles et campements) vient de publier son 5e rapport annuel sur le sujet. Entre le 1er novembre 2022 et le 31 octobre 2023, il a recensé 1.111 expulsions sur le territoire national, dont 729 pour le littoral nord (Calais et Dunkerque), chaque lieu de vie représentant en moyenne 130 personnes.

« Les expulsions sont toujours trop nombreuses et majoritairement mises en œuvre sans que les droits fondamentaux ne soient respectés », dénonce Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation abbé Pierre, qui note « une attitude de plus en plus répressive des pouvoirs publics ».

Aucune solution d’hébergement ou de relogement

Selon lui, le contexte est particulièrement alarmant. « Plus de 8.000 personnes sont refoulées chaque soir par le 115 [numéro d’urgence sociale], c’est du jamais vu, assure-t-il. Et dans 85 % des cas, les expulsions ne donnent lieu à aucune solution d’hébergement ou de relogement, mis à part trois nuitées dans des hôtels sociaux, contraignant les personnes à l’errance. »

Premier territoire concerné : le littoral nord qui concentre à lui seul 70 % des opérations menées par les forces de l’ordre, soit près de 70.000 personnes touchées. Des expulsions dirigées de plus en plus violemment par les forces de l’ordre, selon le rapport. « Ce sont des expulsions sèches dans 97 % des cas, sans diagnostic, ni solutions d’accompagnement », renchérit Manuel Domergue.

Et de citer un exemple « à ne pas suivre », à Wasquehal, dans la métropole de Lille. « Un bidonville installé depuis 2017 a été évacué en mai, raconte-t-il. Le préfet, arrivé en 2021, a rompu le dialogue avec les associations et décidé d’expulser les 50 personnes, dont la moitié d’enfants. Rien n’a été réglé. Depuis, trois autres bidonvilles, plus petits, se sont formés ailleurs. Et la scolarité des mineurs a été interrompue. »

« Absence totale de répit psychique »

La situation des enfants est d’ailleurs pointée plus particulièrement par le rapport. « De nombreux mineurs non accompagnés (MNA) témoignent avoir été victimes de violences policières (tirs de LBD, usage répétitif et injustifié de gaz lacrymogènes, agressions verbales à caractère raciste, …) », peut-on lire concernant le chapitre sur le littoral nord. « Or, ces expulsions augmentent l’incidence sur la santé mentale des enfants qui sont sur le qui-vive en permanence », soulève Julie Brémont, coordinatrice pour 5 assos s’occupant des MNA à Calais et Dunkerque.

Ainsi met-elle en cause « l’instabilité et l’insécurité permanente ». « Une psychologue note chez ces jeunes une absence totale de répit psychique. Ils vivent dans l’instant présent sans parvenir à se projeter. Entre 2 et 10 ans, ils rejouent régulièrement des scènes d’arrestation », indique Julie Brémont. Contactés sur le sujet, ni la préfecture du Nord, ni celle du Pas-de-Calais, n’ont donné suite.

Une trêve scolaire ?

Au regard de ces constats, les associations de l’Observatoire appellent « à une politique de résorption qui prenne en compte l’intérêt supérieur des enfants, premières victimes des expulsions (…) et garantisse leurs droits fondamentaux. ». Elles réclament notamment « une suspension de ces expulsions pendant l’année scolaire afin de (…) garantir une continuité pédagogique ».

« Cette trêve scolaire a déjà fait ses preuves sur le terrain, précise le rapport. Mise en œuvre à Marseille, grâce à la collaboration entre le tissu associatif, la municipalité et la préfecture, elle montre des résultats encourageants. »

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