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AdjugéDes santons d’Alaska, d’Inde et d’ici, la collection Carbonel aux enchères

Marseille : L’illustre collection de santons Carbonel part aux enchères

AdjugéAucune institution ne semble s’être positionnée pour acquérir la collection personnelle de Marcel Carbonel, illustre santonnier marseillais décédé en 2003. Quelque 2.500 santons répartis en 300 lots seront vendus aux enchères ce jeudi
La vente présente quelque 2.500 santons, répartis en 300 lots.
La vente présente quelque 2.500 santons, répartis en 300 lots. - BONY/SIPA / SIPA
Alexandre Vella

Alexandre Vella

L'essentiel

  • La collection personnelle du santonnier Marcel Carbonel est vendue aux enchères ce jeudi à Marseille.
  • Auprès des artisans santonniers, cette nouvelle passe assez mal, cela d’autan plus que l’atelier Carbonel a été racheté il y a trois ans par un homme d’affaires.
  • La collection, qui ne comporte pas que des créations de Marcel Carbonel, présente quelque 2.500 santons dont certaines pièces étonnantes.

Jésus, Marie, Joseph, un âne, un bœuf et les trois rois mages, évidemment. Mais pas seulement. On peut y voir aussi des joueurs de boules, de cartes, un instituteur, le maire du village, des bergers, des pêcheurs, des lavandières, mais aussi l’incontournable « Lou Ravi », qui désigne en provençal une personne benête, simple d’esprit. Le tout dans un paysage de village provençal typique avec ses animaux, ses champs, son puits, ses fontaines, son café, sa mairie et ses maisons. En somme, les crèches provençales mettent en scène et en miniature la vie d’un village du XIXe siècle, avec ses habitants tous en route vers une étable qui a vu la naissance de Jésus Christ. Un tableau à la Marcel Pagnol que l’on doit en grande partie à un autre Marcel. Car s’il est un classement des santonniers qui ont fait l’histoire de l’art provençal des crèches de Noël, Marcel Carbonel, né en 1911 et décédé en 2003, figure en haut de liste.

« Un réflexe d’homme d’affaires »

« Aux USA, on ne dit pas “un santon” mais un “Carbonel” », illustre Michel Bouvier, président de l’Union des fabricants de santons de Provence. Et c’est sa collection personnelle qui est vendue aux enchères ce jeudi à Marseille par la maison De Baecque. Celle-ci est composée de quelque 2.500 santons, répartis en 300 lots, avec des mises à prix allant de 50 à 3.000 euros. Une nouvelle qui ne passe pas très bien dans le petit monde des santonniers qui compte autour de Marseille 150 entreprises, dont une écrasante majorité d’affaires familiales qui perpétuent de mère en fils, de père en fille, ce savoir-faire sur la route d’un classement à l’Unesco. Cela d’autant plus que la société Carbonel a été rachetée il y a trois ans par Serge Vitali, un homme d’affaires marseillais profane au monde des santonniers, qui a placé ses deux fils à la tête de celle-ci.

« Ce qui m’attriste le plus, c’est que cette collection va se retrouver dispersée. J’aurai pensé qu’un musée comme le Mucem ou la mairie auraient négocié en amont son acquisition », poursuit Michel Bouvier qui sait ce que les santonniers doivent à Marcel Carbonel. « Il a été celui qui a fait prendre un virage à 180° aux santons en s’attachant à affiner leurs traits, à mettre de la couleur à leurs vêtements, à les rendre beaux. Enfin, mon grand-père disait de lui qu’il faisait des santons pour Parisiens », tacle-t-il.

Son prédécesseur, le santonnier Arterra, ne se dit « pas étonné » par cette vente qu’il regrette. « Pour les acquéreurs, les santons ne sont pas une passion mais une affaire. Et c’est logique qu’ils ne valorisent cette collection sur sa valeur patrimoniale mais monétaire. C’est même un réflexe d’homme d’affaires ».

La collection vendue aux enchères était exposée jusqu’en 2020 dans un petit musée attenant aux ateliers. Celui-ci a fermé avec le Covid, et n’a jamais rouvert. Aujourd’hui, les ateliers Carbonel, toujours situés dans le 7e arrondissement de Marseille, emploient 35 salariés à temps plein, sans compter les renforts hivernaux, et produisent environ 2.000 santons par semaine dont 15 à 20 % d’entre eux sont expédiés à des clients étrangers, des USA, de Suisse mais aussi, fait nouveau, aux Emirats arabes unis et jusqu’en Nouvelle-Zélande. « On a bien proposé la collection à la ville de Marseille qui l’a refusée », assure Hanabelle Rocher, la responsable des ateliers qui se montre un peu rassurante sur le devenir de ce patrimoine. « Mais les plus belles pièces Carbonel, comme sa crèche de 1961 année où il a été élu meilleur ouvrier de France, restent chez nous », explique-t-elle.

Des santons provençaux, mais aussi d’Alaska, d’Inde et d’ailleurs

Car Marcel Carbonel n’avait pas collectionné que les santons de sa production. « Parmi les plus beaux lots de la vente, il y a la crèche complète d’Emilie Puccinelli-Meinier, sacrée meilleure ouvrière de France en 1965 », présente Marie-Antoinette de Longcamps, responsable de la communication de la maison d’enchères De Baecque. Mais certaines pièces historiques, comme la crèche d’Eglise de Marcel Carbonel, avec des santons tailles humaines, sont bien à la vente. Une vente qui recèle quelques pièces étonnantes, révèle la responsable de la communication : « Il y a une crèche en mie de pain, telles qu’elles pouvaient se faire d’antan. Il y a aussi une collection de santons de Naples, et plus étonnant, des pièces de pays d’Amérique du Sud, d’Inde et même d’Alaska, où le bœuf est un bison. On se rend ainsi compte de l’histoire universelle des crèches, qui dépasse largement la Provence ».

Et si de nos jours les santonniers créent de nouveaux personnages emblématiques de l’histoire contemporaine de Marseille et de la Provence avec, par exemple, des figurines à l’effigie de Bernard Tapie, de Didier Raoult, ou de joueurs de l’OM, aucun de ce type nouveau ne sera présent à cette vente.

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