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ebouriffantA 67 ans, Myriam Pujol a réalisé son rêve en décrochant le bac Coiffure

A 67 ans, Myriam Pujol a réalisé son « rêve de petite fille » en décrochant le bac Coiffure

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Cette sexagénaire, ex-gérante d’un magasin de jouets, a brillamment décroché le CAP, puis le bac professionnel, pour devenir coiffeuse
Myriam Pujol a réalisé son rêve de petite fille, en se formant au métier de coiffeuse.
Myriam Pujol a réalisé son rêve de petite fille, en se formant au métier de coiffeuse. - J. Pujol / J. Pujol
Nicolas Bonzom

Nicolas Bonzom

L'essentiel

  • A 67 ans, Myriam Pujol, ancienne gérante d’un magasin de jouets à Lézignan-Corbières, a décidé de réaliser enfin son « rêve de petite fille » : devenir coiffeuse.
  • Ces trois dernières années, cette Audoise, qui n’avait eu, jusqu’ici, « que le BEPC », a décroché haut la main un CAP, puis un Bac professionnel Coiffure.
  • « Je me suis dit "Mais ce n’est pas moi, ce n’est pas possible !", confie-t-elle à 20 Minutes. Je crois que je ne m’en suis rendu compte quand j’ai eu mon diplôme, il y a quelques jours. Je me suis dit, ça y est, j’ai eu le bac ! Je l’ai fait ! »

Myriam Pujol n’en revient pas. Depuis quelques jours, cette ancienne commerçante à la retraite croule sous les sollicitations de journalistes, qui veulent à tout prix raconter son histoire. « J’ai encore reçu une demande par mail ce matin, et Jean-Paul, mon mari aussi ! », sourit-elle. Il faut dire que ces trois dernières années, Myriam Pujol s’est lancé un ébouriffant défi : cette Audoise de 67 ans, qui n’avait eu, quand elle était adolescente, « que le BEPC », a décroché haut la main un CAP, puis un Bac professionnel Coiffure. Mention Assez bien, frôlant même de quelques dixièmes la mention supérieure. « Je me suis dit "Ce n’est pas moi, ce n’est pas possible !", confie-t-elle à 20 Minutes. Je crois que je ne m’en suis rendu vraiment compte que lorsque j’ai eu mon diplôme entre les mains, il y a quelques jours. Je me suis dit, "Ça y est, j’ai eu le bac ! Je l’ai fait !" »

Devenir coiffeuse, c’était un rêve, pour cette Lézignanaise. « Depuis toute petite, j’ai toujours voulu faire ce métier, raconte-t-elle. Je coiffais mes poupées, je faisais des mises en plis à ma mère… J’étais à fond dans la coiffure ! Quand j’avais 13 ou 14 ans, j’ai voulu faire un apprentissage, pour devenir coiffeuse. Mais mon père n’a pas voulu. C’était comme ça, avant. Il m’a dit "Tu continues tes études !". » A 16 ans, Myriam Pujol s’est mariée, avec un fringant marin, Jean-Paul, qui partage toujours sa vie. Puis elle a ouvert un magasin de jouets très prisé, à Lézignan-Corbières. Mais plus jamais, elle n’a songé à sa passion, qui l’animait, pendant qu’elle était petite. « Et chaque fois que j’allais chez le coiffeur, je badais, sourit-elle. Je me disais "J’aurais aimé, quand même…" »

« J’ai rapidement senti que la retraite, ce n’était pas fait pour moi »

Et puis il y a six ans, Myriam Pujol a pris la retraite. « Au début, ça allait, confie-t-elle. C’était un peu les vacances, quoi ! Puis j’ai fait un peu de bénévolat… Mais j’ai rapidement senti que la retraite, ce n’était pas fait pour moi. » Quelques mois après avoir baissé le rideau de fer de sa boutique, le père de Myriam Pujol, qu’elle a accompagné jusqu’au dernier souffle, est mort. « Je n’ai jamais voulu l’embêter, en lui disant "Ah, tu n’as pas voulu, etc.", raconte la sexagénaire. Alors peut-être qu’inconsciemment, comme il était parti, je me suis dit qu’il était temps… La vie est courte. Et je me suis intéressé de plus près à mon rêve, la coiffure. » Myriam Pujol a alors tapé à la porte de l’école Beauté Coiffure, à Narbonne. « Le directeur, Jérôme Legros, m’a super bien reçu ! », sourit-elle.

En 2019, la sexagénaire a ainsi entamé sa première année de CAP. Tout de suite, elle est devenue « Mamie Mymy », pour les élèves, principalement des jeunes femmes, qui passaient, elles aussi, le même diplôme. « La première fois que je me suis retrouvée devant une tête à coiffer, j’étais subjuguée, se souvient-elle. Pour moi, c’était extraordinaire. C’était une révélation. Je réalisais mon rêve de petite fille. » Pour son premier « chef-d’œuvre », un exercice requis pour décrocher son diplôme, Myriam Pujol a transformé une chevelure sur le thème du Chapelier fou, d’Alice au pays des merveilles. Elle a terminé première, devant les 11 autres élèves. L’année suivante, rebelote. En choisissant de coiffer une modèle sur le thème de la gourmandise, la Lézignanaise a, une fois encore, bluffé les professeurs, et s’est classée en tête de sa promotion.

« Mon Dieu, les mathématiques ! J’ai toujours été nulle ! »

Alors oui, Myriam Pujol a fait, aussi, quelques bêtises. Comme ce jour où, dans le salon d’application de l’école, elle a confondu le shampooing, et le produit qui permet de faire un soin aux cheveux. « Je suis un peu tête en l’air… Et les bouteilles sont de la même couleur ! », se marre-t-elle. « La pauvre cliente, je lui ai fait trois shampooings d’affilée, ça a moussé, ça a pris de l’ampleur… On ne voyait plus sa toute petite tête ! »

Mais si la prouesse la plus folle de Myriam Pujol, c’est d’avoir décroché le bac professionnel, plus de cinquante ans après avoir été sur les bancs de l’école. Et le pire, sans doute, pour cette maman dont les trois enfants sont devenus artistes, c’était… les mathématiques. « Mon Dieu, les mathématiques ! », sourit-elle. « J’ai toujours été nulle. Heureusement, mon mari, qui a fait l’Ecole normale, était là, pour m’aider. On s’y mettait, le soir. Il me disait "Allez, encore un exercice !". Je lui disais "Jean-Paul, je n’en peux plus !" Et je pleurais. Enfin… On pleurait, mais on riait. Il faut dire que la mémoire, à mon âge, ça part très vite. Et cette satanée calculatrice Casio ! Vous avez connu ça, vous ? »

Myriam Pujol, lors de la remise de son diplôme.
Myriam Pujol, lors de la remise de son diplôme. - J. Pujol

« J’aurais aimé transformer un minibus en salon de coiffure »

Finalement, Myriam Pujol s’en est tirée avec brio et a été décroché le bac, à 67 ans. « Je suis très fier d’elle, confie son époux, Jean-Paul. Parce que résoudre des équations à deux inconnues, quand on n’a pas vu ça depuis cinquante ans, ce n’est pas du tout évident. Elle nous a tous étonnés, dans la famille ! Et vraiment, elle s’éclate ! » Jonathan, son fils cadet, qui lui a donné un petit coup de pouce, lui, pour les cours d’histoire, se souvient avoir eu « un peu d’appréhension, quand elle s’est lancé ce défi ». « Je ne voulais pas la voir déçue… Et finalement, lorsque j’ai vu les résultats, j’ai pleuré ! Quelle fierté, quand même, d’avoir sa maman qui passe son Bac à 67 ans ! », se réjouit-il. Myriam Pujol est « un exemple, pour nous tous, un exemple pour les jeunes », a assuré le directeur de l'école, Jérôme Legros, lorsqu’il lui a remis son diplôme, il y a quelques jours.

NOTRE DOSSIER SUR LA COIFFURE

Myriam Pujol a entamé, à la rentrée, la quatrième et dernière année de sa formation. Mais l’année prochaine, elle n’a pas prévu pour autant de se la couler douce devant Questions pour un champion. « J’aurais aimé transformer un minibus en salon, espère-t-elle. Et faire le tour des villages et des maisons de retraite pour coiffer les petites mémés. »

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