20 Minutes : Actualités et infos en direct
Intempéries« Je veux être optimiste » se persuade un paysan sinistré du Pas-de-Calais

Inondations dans le Pas-de-Calais : « Je veux être optimiste », se persuade un agriculteur sinistré

IntempériesDans la partie du Pas-de-Calais touchée par les inondations, les agriculteurs locaux se préparent à des pertes colossales sans savoir dans quelle mesure ils seront indemnisés. C’est le cas de Jérôme Wavrant, maraîcher à Tilques
Une vue aérienne de la maison et de l'exploitation agricole inondées de Jérôme Wavrant, à Tilques, dans le Pas-de-Calais.
Une vue aérienne de la maison et de l'exploitation agricole inondées de Jérôme Wavrant, à Tilques, dans le Pas-de-Calais. - J.Wavrant / 20 Minutes
Mikaël Libert

Mikaël Libert

L'essentiel

  • Jérôme Wavrant, maraîcher à Tilques, près de Saint-Omer, refuse de se plaindre malgré les terribles inondations qui ont détruit ses cultures et endommagé son matériel.
  • « Mon métier c’est de produire et vendre », insiste-t-il, décidé à sauver ce qu’il peut en attendant les aides promises par le gouvernement.
  • « Soit on se démotive et on se barre en laissant une friche, soit on s’adapte », affirme-t-il, bien décidé à continuer l’exploitation transmise de père en fils depuis 150 ans.

Ses cultures sont fichues, ses champs sont sous l’eau, sa maison est inondée et son matériel est bon à jeter… Pourtant, Jérôme Wavrant, maraîcher à Tilques, près de Saint-Omer, refuse de se plaindre et de maudire la fatalité. Sinistré par les inondations qui perdurent dans l’ouest du Pas-de-Calais depuis une dizaine de jours, cet agriculteur n’a aucune intention de baisser les bras et de quitter une exploitation transmise de père en fils depuis 150 ans.

Ce vendredi, le soleil fait une apparition dans le ciel d’un Pas-de-Calais qui ressemble toujours à une gigantesque flaque. Pour la première fois depuis beaucoup trop de jours, le département n’est plus en vigilance orange crue-inondation, Vigicrues ayant, la veille, abaissé d’un cran le niveau d’alerte. De son côté, la préfecture a confirmé que la décrue de la plupart des cours d’eau allait se poursuivre « au moins jusqu’à samedi ». Un répit mis à profit par les maraîchers de Tilques, une petite commune située au beau milieu du marais audomarois, pour constater l’étendue des dégâts. « Mes parcelles de chou-fleur sont noyées, les bâtiments de forçage d’endives sont sous l’eau, pareil pour les champignons », énumère Jérôme Wavrant.

« Je ne vais pas attendre des aides pour vivre »

Baignant dans quelques dizaines de centimètres d’eau boueuse, ses 45.000 têtes de chou-fleur sont en effet bonnes à jeter et la parcelle de deux hectares ne sera pas exploitable avant le printemps prochain. « On s’est fait à l’idée que les cultures du moment étaient perdues. Pour les endives, on récolte ce qu’il reste, les pieds dans l’eau. Ça m’a valu d’attraper la maladie et, de toute façon, on ne peut rien transporter », explique l’agriculteur. Parce que, cernée par l’eau, son exploitation n’est plus accessible en voiture. Ses ouvriers, Jérôme Wavrant doit aller les chercher en tracteur. Bref, même si ce n’est pas rentable, le maraîcher sauve ce qu’il peut sauver : « Les annonces du gouvernement, c’est bien. Mais je ne vais pas attendre des aides pour vivre sans savoir quand ça va arriver. Mon métier c’est de produire et vendre », insiste-t-il.

Le maraîcher le reconnaît, les promesses d’Emmanuel Macron ont été rapidement suivies de prises de contact de la part des autorités locales. « Je ne me suis pas encore plongé dans les dossiers administratifs à remplir, je n’ai pas le cœur à ça maintenant, glisse l’agriculteur. J’espère juste que les mécanismes seront adaptés à la situation ». Car la galère actuelle d’avoir les pieds dans l’eau sera suivie de près par une galère financière. « Le trou de trésorerie, on le ressentira dans un mois avec ce que l’on n’aura pas vendu. Et c’est pareil pour tous les agriculteurs », déplore-t-il.

« Soit on se barre en laissant une friche, soit on s’adapte »

Malgré la décrue, Jérôme Wavrant mesure encore une trentaine de centimètres de flotte dans ses installations, un peu moins dans sa maison. Alors, en attendant, ses salariés et lui pompent sans relâche. « Même s’il faut attendre que l’eau soit complètement redescendue pour voir l’étendue des dégâts, on sait déjà qu’il y a beaucoup de casse mécanique dans les bâtiments », explique le maraîcher. Ses installations électriques, ses machines, ses moteurs, ses cuves… Toute sa chaîne de production, « un peu ancienne » mais qui fonctionnait bien, et dont l’exploitant espère qu’elle ne sera pas remboursée à l’aune de son âge.

Il y a encore une trentaine de centimètres d'eau dans les bâtiments de l'exploitation de Jérôme Wavrant.
Il y a encore une trentaine de centimètres d'eau dans les bâtiments de l'exploitation de Jérôme Wavrant. - Jérôme Wavrant

De telles inondations, Jérôme Wavrant n’en avait jamais vu depuis qu’il a repris l’exploitation de ses parents, en 1998. « C’est vrai qu’on a déjà eu de l’eau, mais pas jusque dans les bâtiments et les maisons. Mes parents non plus n’ont jamais vu une affaire pareille », s’exclame-t-il. Pourtant, même s’il sait que le phénomène risque de se répéter de manière plus fréquente, le maraîcher ne lâchera pas une affaire transmise de père en fils depuis 150 ans. « Soit on se démotive et on se barre en laissant une friche, soit on s’adapte. Et je ne connais personne dans le marais qui veut se barrer », affirme-t-il. « Moi, c’est parce que j’ai ici une qualité de vie que je ne trouverais pas ailleurs que je vais continuer », reconnaît-il.

Sujets liés