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religionQue se passe-t-il dans le diocèse de Fréjus-Toulon ?

Dérives sectaires, évêque controversé… Que se passe-t-il au diocèse de Fréjus-Toulon ?

religionLe pape François devrait nommer un « coadjuteur » pour sortir de la crise dans ce diocèse du Var
Depuis vingt-deux ans à la tête du dynamique diocèse de Fréjus-Toulon, Mgr Rey pourrait bientôt ne tenir qu'un second rôle. (Photo d'illustration)
Depuis vingt-deux ans à la tête du dynamique diocèse de Fréjus-Toulon, Mgr Rey pourrait bientôt ne tenir qu'un second rôle. (Photo d'illustration) - R.DOUCELIN/SIPA / Sipa
Caroline Delabroy

Caroline Delabroy

L'essentiel

  • Depuis deux ans, aucun prêtre ne peut être ordonné au sein du diocèse de Fréjus-Toulon, jusque-là parmi les plus actifs sous la houlette de l’évêque Dominique Rey.
  • Le Vatican, qui pointe notamment la place du monde traditionaliste dans le séminaire, aurait choisi de nommer un coadjuteur.
  • Une solution classique dans la religion catholique, pour la succession d’un évêque bientôt à la retraite, mais qui interroge par les « pouvoirs spéciaux » qui seraient dévolus au successeur désigné.

L’annonce doit être encore officialisée par le Vatican. Mais selon Libération, l’évêque controversé du Var, Dominique Rey, sur un siège éjectable depuis une enquête interne sur son diocèse de Fréjus-Toulon, serait finalement secondé et non poussé à la démission. 20 Minutes prend son bâton de pèlerin pour vous expliquer la situation varoise.

Pourquoi ce diocèse est-il dans la ligne de mire du Vatican ?

Un séminaire qui ordonne des prêtres sans être trop regardant sur la formation ni l’après, jusqu’à perdre parfois toute trace des nouveaux prêtres. Une politique d’accueil de communautés religieuses nouvelles, pour certaines traditionalistes ou soupçonnées de violences sexuelles et dérives sectaires. Voici en substance ce qui a placé le diocèse varois dans le viseur des autorités romaines.

Dans un communiqué du 26 juin 2022, l’évêque Dominique Rey, à la tête du diocèse de Fréjus-Toulon, reconnaît avoir « pu faire des erreurs de discernement » dans l’accueil desdites communautés. « La place du monde traditionaliste dans notre séminaire et dans le diocèse constitue également un des points sensibles relevés par les congrégations romaines », écrit aussi le prélat. Une forme de « mea culpa » de la part de l’un des évêques les plus conservateurs de l’épiscopat français, en attendant le verdict romain. Car fait rarissime, le Vatican a suspendu cette année-là l’ordination de prêtres en formation au séminaire varois. Et ordonné une enquête interne.

Quelle option va sans doute être retenue pour sortir de la crise ?

L’issue imminente de la crise est attendue depuis la fin du mois de mai, date à laquelle a été transmis à Rome l’épais dossier du rapport souhaité par le pape François : soit plus de 20 kg de documents rassemblés sur ce diocèse tenu par Mgr Dominique Rey depuis vingt-deux ans, et qui compte 250 prêtres.

Rien n’a fuité sur le contenu de cet audit mené par l’archevêque de Dijon, Mgr Antoine Hérouard, et le prélat Joël Mercier. Pas même le diocèse de Fréjus-Toulon n’a pu en prendre connaissance, d’après nos informations. Après cette enquête, plusieurs choix se présentaient au pape François : la nomination d’un nouvel évêque, la nomination d’un auxiliaire, ou encore celle d’un coadjuteur.

C’est cette dernière option qu’aurait choisie le Vatican selon Libération, qui donne à la fois le nom de la personne pressentie – l’évêque déjà en titre de Châlons-en-Champagne, François Touvet – mais qui précise surtout que le coadjuteur serait « doté de pouvoirs spéciaux ». Il aurait ainsi « la haute main sur les finances, la gestion des prêtres et des communautés religieuses », quand Mgr Rey présiderait les cérémonies religieuses, cela durant les quatre années le séparant de la retraite (il est aujourd’hui âgé de 71 ans).

Comment interpréter cette « fumée blanche » ?

Nommer un « coadjuteur » n’a en effet rien d’exceptionnel, d’après différents spécialistes que nous avons interrogés. C’est le cas lorsqu’un évêque est proche de la retraite, l’Eglise désigne ainsi son successeur. Le diable se cache davantage dans les détails : il n’est pas très logique que soit nommé un évêque déjà en charge d’un diocèse, ce qui est le cas de François Touvet si cette option devait se confirmer. Et encore moins logique que cette personne ait des « pouvoirs spéciaux ». « Au Vatican, on manie beaucoup le droit en fonction du résultat que l’on veut », euphémise un connaisseur des religions, pour qui ce non-choix, en quelque sorte, donne « l’impression de vouloir punir l’évêque mais pas trop ».

Le diocèse de Fréjus-Toulon n’a pas souhaité réagir tant que l’information n’est pas confirmée par la Conférence des évêques de France, qui d’après Libération a connaissance, depuis le 9 octobre, de la décision du pape de nommer coadjuteur François Touvet. Selon le quotidien, ce dernier aurait déjà pris contact avec des responsables religieux du Var et serait « déterminé à mener à bien sa mission d’expurger le diocèse de ses problèmes ». Ses accointances militaires – il est officier de réserve – et son profil conservateur ne sont sans doute pas pour déplaire non plus à la droite catholique locale. Après deux années blanches, les ordinations de prêtres pourraient en tout cas reprendre.

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