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DISCRIMINATIONUne étudiante dénonce le comportement « islamophobe » du maire de Francheville

Francheville : Une étudiante voilée dénonce le comportement « islamophobe » du maire qui a refusé de poser en photo avec elle

DISCRIMINATIONInvitée par la commune de Francheville, près de Lyon, parce qu’elle avait obtenu une mention au bac, Bilqis s’est sentie « humiliée » par le maire Michel Rantonnet qui a refusé de prendre une photo avec elle en raison de son voile, affirme-t-elle
Une bachelière voilée accuse le maire de Francheville d'islamophobie.
Elise Martin

Elise Martin

L'essentiel

  • Le samedi 21 octobre 2023, la mairie de Francheville, commune située près de Lyon, a organisé une cérémonie pour féliciter tous les élèves ayant obtenu le brevet et le baccalauréat avec une mention.
  • Durant l’événement, chaque élève, un à un, devait se faire photographier avec le maire de la ville Michel Rantonnet. Quand est venu le tour de Bilqis, une jeune bachelière de 18 ans, l’élu s’est éclipsé pour revenir juste après.
  • Si l’étudiante dénonce un « acte islamophobe » étant donné qu’elle était « la seule élève voilée », Michel Rantonnet, sollicité par 20 Minutes, n’a pas souhaité réagir.

«Il a pris une photo avec tout le monde, sauf moi. Et j’étais la seule personne voilée. » Pour Bilqis, 18 ans, le message est clair : le maire de Francheville, commune située près de Lyon, a commis un « acte islamophobe ». Samedi dernier, elle avait été invitée par la mairie, avec sa famille, à une cérémonie organisée pour féliciter les jeunes ayant obtenu le baccalauréat avec mention. Mais la jeune femme s’est sentie « humiliée ».

« Je suivais le protocole mis en place pour recevoir une lettre avec un cadeau à l’intérieur, confie l’étudiante à 20 Minutes. Chaque élève attendait sur la scène afin de prendre une photo avec le maire Michel Rantonnet. Quand arrive mon tour, je m’avance et je le vois me regarder puis partir. J’ai été surprise, mais je ne me suis pas posée de questions même si c’était gênant. C’est surtout que, pile quand je suis repartie, il est revenu et a fini par poser avec tous les autres élèves. Comme par hasard, j’étais la seule personne voilée du groupe. »

La bachelière, désormais à la faculté, précise : « J’avais tout à fait le droit de porter le voile, je me suis renseignée. Ce n’était pas une remise de diplômes. Et quand bien même, je ne suis plus une lycéenne. »

Une humiliation répétée

Après cet événement, Bilqis retrouve ses proches. Sa mère, installée dans les gradins, avait tout capté en vidéo, souhaitant immortaliser la scène qui devait être « un moment de fierté ». La famille décide alors d’aller demander des explications à l’édile.

« Je voulais savoir si c’était réellement le fait du hasard ou si c’était délibérément un acte islamophobe, poursuit la jeune femme. Dans un premier temps, les adjoints du maire nous ont assuré que c’était un concours de circonstances. Ils étaient embarrassés devant le fait accompli, en voyant les images, ne sachant plus quoi dire. Et quand on a fini par retrouver Michel Rantonnet, il nous a regardés et nous a dit : "Je ne veux pas parler avec vous ni prendre de photo avec vous." Et il est parti. Je me suis sentie humiliée. »

« En allant le voir, je voulais obtenir des explications, pas une photo, insiste-t-elle. A la place, j’ai été insultée une deuxième fois. » Après avoir vécu « ce mépris », elle décide de raconter son histoire sur les réseaux sociaux et ainsi, « dénoncer ce comportement discriminant » qui n’aurait « jamais dû avoir lieu ni à cette cérémonie ni ailleurs », surtout « de la part d’un élu de la République ».

Michel Rantonnet ne « souhaite pas commenter cette affaire »

« On vit à Francheville depuis 2015, j’ai travaillé dur pour obtenir mon baccalauréat avec mention. Pourquoi je ne suis pas perçue comme une élève comme les autres ?, s’interroge-t-elle. Je mérite le même traitement que mes camarades. »

Relayée par le Collectif contre l’islamophobie en Europe sur X, la publication a déjà été vue près de deux millions de fois depuis samedi. Sur son compte TikTok, la jeune femme cumule près de 84.000 vues sur cette seule vidéo. « Je veux simplement qu’il y ait une justice et qu’en France, un acte islamophobe ne soit pas banalisé et sans sanction », explique-t-elle, réfléchissant à porter plainte. « La moindre des choses serait des excuses, mais est-ce qu’elles seraient sincères ? » Lors de la dernière élection présidentielle, le maire de Francheville avait apporté son parrainage à Éric Zemmour.

Sollicité par 20 Minutes, Michel Rantonnet n’a pas « souhaité commenter cette affaire », sans nier ni confirmer les faits qui lui sont reprochés. « Il s’agit du comportement d’une personne, il est le seul à s’être éclipsé au moment de la photo », indique à 20 Minutes une source proche de la mairie, assurant que l’équipe municipale n’est pas responsable de ce qu’il s’est passé, ni solidaire. Depuis la publication de la vidéo, la mairie a reçu « énormément d’insultes », a-t-elle conclu.

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