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tristitudeLes repas en Ehpad épinglés par « 60 Millions de consommateurs »

Ehpad : « Une bouillie immangeable »… Les repas des résidents épinglés par « 60 Millions de consommateurs »

tristitudeTriste contenu des assiettes, horaires de repas parfois trop espacés, manque d’aide à table... Une étude dresse un constat « affligeant et inquiétant »
Une femme à table dans un Ehpad, en juin 2022, à Bordeaux (illustration)
Une femme à table dans un Ehpad, en juin 2022, à Bordeaux (illustration) - Ugo Amez / Sipa
Lise Abou Mansour

Lise Abou Mansour

L'essentiel

  • Dans son numéro qui sort ce jeudi, la revue 60 Millions de consommateurs s’est penchée sur la question de l’alimentation dans les Ehpad.
  • Que cela concerne le triste contenu des assiettes, les horaires de repas parfois trop espacés ou le manque d’aide à table, l'étude dresse un constat « affligeant et inquiétant ».
  • « Le fait de mal nourrir les résidents est une forme de maltraitance », rappelle Patricia Chairopoulos, cheffe de la rubrique alimentation à 60 Millions de consommateurs.

En janvier 2022, le livre-enquête Les fossoyeurs, de Victor Castanet (éditions Fayard), sur les Ehpad, a fait grand bruit. Plusieurs groupes privés comme Orpea ou Korian étaient alors pointés du doigt pour maltraitance et privation de soins. Mais dans cet ouvrage, il était aussi question de malnutrition. Dans son numéro qui sort ce jeudi, la revue 60 Millions de consommateurs s’est penchée sur cette question des repas dans les Ehpad. « Le fait de mal nourrir les résidents est une forme de maltraitance », rappelle d'entrée Patricia Chairopoulos, cheffe de la rubrique alimentation à 60 Millions de consommateurs.

Plus de 250 résidents d’Ehpad, âgés de 70 à 103 ans, ainsi que leurs proches, ont répondu à un questionnaire * en ligne. Parmi eux, de nombreux témoignages d’aidants désespérés de voir leur proche dépérir. « Contrairement aux élèves dans les cantines scolaires, les résidents d’Ehpad y mangent à tous les repas », rappelle la journaliste. Que cela concerne le triste contenu des assiettes, les horaires de repas parfois trop espacés ou le manque d’aide à table, le constat est jugé « affligeant et inquiétant ». 20 Minutes vous donne les quatre infos à retenir.

Des repas peu appétissants

« Une bouillie immangeable », « des aliments non identifiables », « peu appétissants », « sans aucun goût »… C’est ainsi que les résidents et leurs proches qualifient les repas servis en Ehpad. Les journalistes ont également reçu de nombreuses photos « désolantes » de plateaux-repas. « Il y a un réel écart entre les menus affichés et la réalité, constate la cheffe de rubrique. Si on se base sur le menu affiché pour faire une évaluation nutritionnelle, c’est faussé. »

Faute de moyens, les Ehpad ne personnalisent pas les repas. « Chacun devrait, en fonction de sa pathologie, de son métabolisme et de ses envies, avoir un menu différent », estime Patricia Chairopoulos. Dans son enquête, la journaliste s’est rendu compte que dans certains établissements, tous les résidents recevaient des plats entièrement mixés, même ceux n’ayant aucun problème de déglutition. « C’est très mal vécu par les résidents qui n’en ont pas besoin. »

Des assiettes non finies

Conséquence de ces repas bas de gamme, les résidents mangent moins que nécessaire. Seulement un sur quatre termine son assiette à chaque repas, alors qu'un sur deux la finit « parfois », et un sur cinq jamais. Pourtant, comme le rappelle dans l'enquête Annick Ruffat, diététicienne dans les hôpitaux de Luchon, « contrairement aux idées reçues, le vieillissement augmente les besoins énergétiques, à cause d’un moins bon rendement métabolique ».

A force de moins manger, un résident sur trois souffre de dénutrition. Un état qui n'est pas toujours repéré à temps par le personnel. Car, comme le montre l'enquête, seuls 38 % des personnes vivant en Ehpad sont pesées une fois par mois. « En ne les pesant pas, le personnel constate souvent bien trop tardivement qu'elles ont maigri, ce qui complique la faculté à revenir à une bonne forme physique », considère Patricia Chairopoulos. Car la perte de poids entraîne une fonte de la masse musculaire, une perte d’énergie, une baisse des capacités cognitives, une augmentation du risque de chute et, à terme, une dénutrition avec des risques de maladies nosocomiales.

Un jeûne trop long

Autre point noir : la plage horaire entre le dîner et le petit-déjeuner du lendemain serait trop importante. L’enquête révèle que dans 75 % des cas, elle dépasse douze heures. Soit davantage que le jeûne maximum recommandé par les gériatres s’avèrent dépassées. « Un jeûne prolongé n’est pas bon pour un organisme déjà fragilisé », commente la journaliste.

Un manque d’aide à table

Enfin, dernier problème, et pas des moindres, le manque de personnel. L'article montre que dans un tiers des cas seulement, une personne est présente tout au long du repas. Un niveau d’accompagnement jugé « trop faible par rapport aux besoins », notamment pour les résidents ayant des problèmes de motricité. « Une partie des résidents est contrainte d’attendre longtemps à table avant de pouvoir se nourrir. Résultat, les plats sont froids et les personnes ont donc moins envie de les manger. » Un cercle vicieux.

* Questionnaire en ligne rempli par 255 personnes entre le 6 juin et le 16 août 2023. Les journalistes ont également reçu une cinquantaine de menus et/ou de photos de repas.

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