Nantes : Des femmes en précarité apprennent le vélo, entre « mobilité » et « émancipation »

REPORTAGE Lancé mi-septembre, le programme d’accompagnement Les Rayo’nantes propose dix semaines de cours de vélo, mais aussi de soutien en langue française ou d’ateliers CV. Une façon de gagner en autonomie et en confiance en soi

Julie Urbach
À Nantes, le 28 septembre 2023, Mariam et huit autres femmes apprennent à rouler à vélo grâce au programme Les Rayo'nantes
À Nantes, le 28 septembre 2023, Mariam et huit autres femmes apprennent à rouler à vélo grâce au programme Les Rayo'nantes — J. Urbach / 20 Minutes
  • Depuis la mi-septembre, à Nantes, une dizaine de femmes en situation précaire se sont (re) mises au vélo grâce à un nouveau programme d’insertion appelé Les Rayo’nantes.
  • Pratiquer la bicyclette serait autant un moyen de développer la mobilité de ces femmes, notamment dans le cadre de la recherche d’emploi, qu’une source d’émancipation pour elles.
  • L’association s’est entourée de différents acteurs pour proposer également des sessions de Code de la route, des ateliers de mécanique, mais aussi un soutien en langue française ou une aide à la rédaction de CV.

Même lorsqu’elle frôle le mur d’un peu trop près, Karima ne perd ni son sourire ni sa motivation. Il faut dire que cette mère de famille nantaise, un casque noir enfoncé sur la tête, attendait ce moment depuis longtemps. « Cela fait quatre ans que j’ai envie d’apprendre à faire du vélo, confie cette auxiliaire de vie, habitante du quartier des Bourderies. Mais mes enfants n’ont jamais le temps pour moi, ils me disent que c’est facile. Alors que moi, au milieu de la circulation, j’ai peur, je n’ai pas confiance. Pourtant, pour aller au travail, ce serait quand même plus simple et moins cher que la voiture… »

Depuis la mi-septembre, Karima et huit autres femmes de 20 à 57 ans se sont (re) mises en selle grâce à un nouveau programme d’insertion appelé Les Rayo’nantes. A la maison de quartier de l’île, pendant dix semaines, ces apprentis cyclistes se retrouvent les mardis et jeudis pour apprendre, gratuitement, à rouler à bicyclette et être autonome en ville. « Certaines savent un peu pédaler, d’autres pas du tout, explique Thomas Sauvaget, responsable du développement à l’association Team elles, à l’origine du projet. L’objectif est de les aider à se sentir à l’aise, afin de lever ce frein que représentent la mobilité et les transports quand on parle d’emploi. C’est aussi un moyen pour ces femmes en situation de précarité de gagner en confiance en elles, et de se sentir mieux insérées socialement. Comme une petite graine que l’on plante. »

« Je pensais que le vélo, ce n’était pas pour moi »

Car le programme Rayo’nantes ne se résume pas à quelques heures de cours de vélo. L’association Teams Elles s’est entourée de différents acteurs pour proposer des sessions de Code de la route, des ateliers mécanique, mais aussi un soutien en langue française ou une aide à la rédaction de CV. Pendant les vacances de la Toussaint, les bénéficiaires pourront venir accompagnées de leurs enfants. Mariam, qui a accepté de monter un peu sa selle pour son troisième cours, a hâte. « Mon grand de 12 ans va pouvoir apprendre lui aussi, ça va être génial de faire des sorties ensemble, se projette déjà cette employée de ménage âgée de 30 ans. Avant de venir ici, je pensais que j’étais trop âgée pour faire du vélo, que ce n’était pas pour moi. Mais même si je n’ai pas été à l’école, j’ai envie de faire comme tout le monde… »

Alors que seuls 35 % des cyclistes du quotidien sont des femmes, les Rayo’nantes voient dans la pratique du vélo autant un moyen de développer « la mobilité » des participantes qu’une source d’ « émancipation » pour elles. « Beaucoup n’y ont jamais eu droit ou accès étant plus jeunes, tandis que d’autres ont arrêté après leur premier enfant, observe Thomas Sauvaget. Il y a aussi la méconnaissance des aides qui existent à l’acquisition d’un vélo. »

À l’issue de ce stage, fin novembre, la visite d’une entreprise du monde du cycle est prévue. Histoire, peut-être, de « créer quelques vocations » alors qu’il y a « un fort besoin de main d’œuvre », en réparation ou en animation, chez les entreprises du secteur. À terme, l’association espère organiser quatre sessions d’accompagnement par an, peut-être dans différents quartiers de la ville.