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Nouvelle version (1/7)Maître-nageuse, Laura a quitté les bassins pour être conseillère funéraire

« Mes proches étaient surpris »… L’étonnante reconversion de Laura, passée de maître-nageuse à conseillère funéraire

Nouvelle version (1/7)Durant toute la semaine, 20 Minutes dresse le portrait d’hommes et de femmes qui ont tout plaqué pour entreprendre ou changer de vie
Laura Tessier, 30 ans, est conseillère funéraire dans une commune entre Nantes et Saint-Nazaire.
Laura Tessier, 30 ans, est conseillère funéraire dans une commune entre Nantes et Saint-Nazaire. - F.Brenon/20Minutes / 20 Minutes
Frédéric Brenon

Frédéric Brenon

L'essentiel

  • Selon l’étude de janvier 2023 de l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie), quatre Français sur dix ont envie d’une reconversion professionnelle – deux sur dix l’ont déjà fait – et pour plus d’un tiers d’entre eux, cela passe par la création de leur propre boîte.
  • Pourtant, toujours selon l’Adie, peu franchissent le pas. Mais ce n’est pas le cas de Laura ou Jean-Michel, des Français que 20 Minutes a rencontrés et qui, eux, ont complètement changé de vie.
  • Dans le premier numéro de sa série « nouvelle version », 20 Minutes dresse le portrait de Laura Tessier, maître-nageuse devenue conseillère funéraire.

«Quand je raconte ce que je fais, ça suscite toujours de l’étonnement. On me dit "moi je ne pourrai pas". » Elle a troqué le maillot de bain contre une tenue de travail sombre et élégante. Et n’éprouve « aucun regret » de cette évolution surprenante. Laura Tessier, 30 ans, est conseillère funéraire. Un métier méconnu qu’elle exerce au sein d’une agence de pompes funèbres située entre Nantes et Saint-Nazaire. « Je reçois les familles, je leur explique comment ça va se passer, je les aide dans leur choix, je gère la chambre funéraire, j’officie sur le terrain en tant que maître de cérémonie, je fais de l’administratif pour demander des autorisations, préparer des actes… Bref, c’est hyper varié, très humain. »

Rien ne prédestinait pourtant cette jeune femme dynamique à embrasser une carrière dans l’univers de la mort. Son truc à elle, au départ, c’était la natation. Un sport qu’elle pratiquait en compétition, à titre personnel, et qu’elle enseignait le reste du temps en tant que maître-nageuse diplômée. Un « métier-passion » qu’elle avait pourtant mis entre parenthèses, une première fois, à seulement 23 ans. « J’ai eu l’opportunité de passer manager d’une équipe de 20 personnes dans un camping vendéen. Ça n’a duré que deux ans, les bassins me manquaient. »

Un stage de quinze jours pendant ses vacances

Embauchée dans une thalasso à Pornichet (Loire-Atlantique), Laura Tessier a continué les cours de nage pendant trois années avant d’avoir « l’impression de tourner un peu en rond », déçue également « par les conditions de travail et le salaire ». Elle se forme alors aux principes de la médecine ayurvédique et entame discrètement un bilan de compétences. Le décès de son père, en mars 2021, lui donne à « découvrir les compagnies d’obsèques, leur accompagnement ». Une révélation, malgré le deuil.

« J’ai fait un stage de quinze jours pendant mes vacances, juste pour observer. Et ça m’a plu. Je me suis demandé : "est-ce que je me verrais faire ça pendant un temps indéfini ? Est-ce que je peux apporter quelque chose ?" J’en ai parlé à mes proches, ils étaient surpris forcément, mais pas réticents. Il ne me restait plus qu’à passer à l’action. » Prenant son « courage à deux mains », Laura Tessier évoque son projet de reconversion à son employeur et se lance dans une formation de quatre mois, accompagnée par l’organisme Transitions Pro, qui lui permet de maintenir son salaire.

Laura Tessier dans la chambre funéraire de son agence de pompes funèbres
Laura Tessier dans la chambre funéraire de son agence de pompes funèbres - F.Brenon/20Minutes

« Une fois mon diplôme obtenu, faute de trouver tout de suite du travail, j’ai dû revenir donner des cours d’aquagym, se souvient la jeune trentenaire. Ça a été un moment compliqué. Je postulais un peu partout mais j’avais l’impression que ça ne prenait pas. La profession ne m’a pas beaucoup encouragée je trouve. Et puis, un jour, une entreprise m’a contactée. Je n’ai pas réfléchi très longtemps, même si ça signifie déménager. »

« On rit beaucoup entre collègues quand même ! »

Pleinement « épanouie » dans son nouveau job malgré une légère perte de salaire (elle gagne 1.500 euros par mois environ pour l’instant), Laura s’est adaptée au contexte sensible de son activité. « Les familles qui arrivent sont perturbées, elles sont dans la peine. Elles ont besoin d’écoute et de réponses claires pour faire en sorte que ce moment douloureux se déroule le mieux possible. Notre rôle est important, on est souvent leur seul interlocuteur. » Les critiques visant le caractère parfois trop mercantile des pompes funèbres ? Elle les connaît mais les réfute. « Je ne suis pas là juste pour vendre des cercueils. Je n’ai, d’ailleurs, pas d’objectif de ventes. Il y a un énorme travail invisible, des procédures, une réglementation complexe qu’on doit maîtriser sur le bout des doigts. »

Les horaires flexibles, les astreintes le week-end, sont une contrainte mais la satisfaction du « relationnel » et le « sentiment d’être utile » l’emportent, assure Laura. Quant à l’austérité supposée des personnes travaillant quotidiennement avec la mort, c’est une légende. « On rit beaucoup entre collègues quand même ! Ça aide aussi à évacuer. Notre métier nécessite de l’empathie mais on ne peut pas être des éponges. Il faut trouver un exutoire. Moi, c’est le sport. »

A moyen terme, Laura Tessier aimerait « évoluer » dans son domaine, « prendre des responsabilités ». Elle conserve aussi un regard bienveillant sur les personnes en reconversion. « Si je peux donner des conseils, je le ferai avec grand plaisir. Il faut bien réfléchir, être bien conscient des difficultés, parce qu’il y en aura. Mais, à un moment, il faut aussi oser passer à l’action. Mon parcours montre que c’est possible. Ça en vaut la peine. »

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