Karachi, l'affaire qui embarrasse la Sarkozie

ENQUETE «Le Contrat» qui paraît ce mercredi, laisse entendre que le chef de l'Etat serait impliqué...

Vincent Vantighem

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Ministre du Budget en 1993, Nicolas Sarkozy aurait avalisé le contrat au cœur du scandale.
Ministre du Budget en 1993, Nicolas Sarkozy aurait avalisé le contrat au cœur du scandale. — CHAM / SIPA

En matière de communication de crise, la dénégation est souvent considérée comme une stratégie dangereuse. C'est pourtant celle qu'ont choisie les porte-parole de l'UMP interrogés par 20 Minutes sur l'affaire de Karachi. «Abracadabrantesque» pour Dominique Paillé, c'est une «thèse d'hurluberlus» pour Frédéric Lefebvre. Les «hurluberlus» en question s'appellent Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme. Leur thèse sort ce lundi sous la forme d'un pavé de 360 pages intitulé Le Contrat. Karachi, l'affaire que Sarkozy voudrait oublier *.

«Il a joué un rôle de 1993 à 2007»

En deux ans d'enquête, les deux journalistes de Mediapart n'ont trouvé aucune «preuve» qui lierait le Président à l'attentat qui a coûté la vie à onze Français au Pakistan en 2002. Mais un faisceau d'indices très large. «Mis bout à bout, ils montrent que Nicolas Sarkozy a joué un rôle dans cette affaire de 1993 à 2007», nous indique Fabrice Lhomme.

En 1993, le Président était ministre du Budget d'Edouard Balladur. Il aurait donc avalisé le contrat Agosta, au cœur du scandale. Selon les familles des victimes, ce seraient «des malversations financières liées à ce contrat» qui ont conduit à l'attentat. Dans leur ouvrage, les auteurs publient aussi un document inédit, datant de la fin 2006, signé «N. S.». Il laisse entendre que le Président serait intervenu à cette époque, en toute discrétion, «pour éviter que l'affaire n'éclate au grand jour».

Ziad Takieddine, l'ami embarrassant

«Sarkozy est mon ami. OK? Et je le vois toujours!» Quand les auteurs rencontrent Ziad Takieddine, ils ne s'attendent pas à ce genre de révélation (lire l'encadré). L'homme d'affaires franco-libanais est présenté comme l'un des intermédiaires imposés par la France pour négocier avec le Pakistan. «Un personnage qui sent le soufre», décrit Fabrice Lhomme. Et avec qui la Sarkozie veut prendre ses distances. Sauf qu'il a «toujours ses entrées à l'Elysée», assure Dominique de Villepin. C'est lui qui serait intervenu dans la libération des infirmières bulgares en juillet 2007. C'est encore lui que Brice Hortefeux aurait côtoyé à plusieurs reprises, notamment l'an dernier. Sur ce point-là comme sur le reste de l'affaire, Nicolas Sarkozy n'a jamais réagi. Si ce n'est en blaguant, au détour d'une conférence de presse: «Ce n'est qu'une fable. C'est grotesque!»

Takieddine débouté

Le tribunal de grande instance de Paris a débouté mardi l'homme d'affaires franco-libanais. Ziad Takieddine demandait le report de la sortie du livre qu'il qualifie de «thèse diffamatoire».