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VOTRE VIE, VOTRE AVIs« C’est dur de ne pas être dans le rouge… » Leur quotidien à découvert

Précarité : « C’est dur de ne pas être dans le rouge… » Ils sont à découvert et nous racontent

VOTRE VIE, VOTRE AVIsPrès d’un Français sur cinq vit en situation de découvert, selon un baromètre d’Ipsos et du Secours populaire
De plus en plus de Français sont sur un fil financièrement.
De plus en plus de Français sont sur un fil financièrement. - Romain Doucelin / SIPA / SIPA
Quentin Ballue

Quentin Ballue

L'essentiel

  • Ce mercredi, Ipsos et le Secours populaire ont publié les résultats de leur baromètre annuel de la pauvreté et la précarité. Il note que la situation « continue d’empirer en France, après une année 2022 déjà marquée par une forte dégradation sociale ».
  • Les Français sont de moins en moins nombreux à pouvoir économiser et, à l’inverse, de plus en plus à connaître un découvert bancaire.
  • Une situation qui oblige à faire de grosses concessions au quotidien. Certains de nos lecteurs témoignent.

Plus chère la vie. Le baromètre français de la pauvreté et de la précarité, produit par Ipsos et le Secours populaire, vient de livrer ses résultats, et ils sont alarmants. La situation continue en effet de se dégrader. « Moins d’un Français sur deux déclare parvenir à mettre de l’argent de côté (47 %, -1 point), et près d’un sur cinq (18 %) vit à découvert, un chiffre en hausse de 3 points en un an », notent les auteurs.

« Mon pain me fait trois jours, parfois quatre »

Selon la dernière note de l’INSEE, sur un an, les prix à la consommation auraient augmenté de 4,8 % en août 2023. Les conséquences sont brutales : 60 % des Français déclarent que leur pouvoir d’achat a diminué au cours des trois dernières années, contre 55 % des sondés au niveau européen. « La situation sociale est toujours plus difficile pour une partie importante des Français, commente Pierre Latrille, chef de groupe chez Ipsos. La hausse des prix impacte le budget et la vie courante. On observe des difficultés concrètes, des privations au quotidien, particulièrement auprès des catégories les plus populaires. » Ce qui oblige à toujours plus de vigilance dans sa gestion des dépenses.

Près d’un tiers des sondés est en difficulté pour assurer trois repas par jour, et « il est très probable que cette proportion soit plus élevée cette année » selon l’expert. Un internaute nous confie justement pratiquer le jeûne intermittent, « en sautant un repas parmi les trois de la journée ». C’est, ironise-t-il, « bon pour (son) portefeuille et (sa) santé ». « Heremoana » sort la calculatrice pour illustrer sa manière de faire des économies : « J’achète mon pain complet 1,35 euro. Il me fait trois jours, parfois quatre, soit 35 centimes par jour. Si j’achetais une baguette par jour, ça me coûterait 1 euro par jour. » Des privations qui ne suffisent pas toujours à éviter le découvert.

« On arrive à gérer le rouge, mais pour combien de temps ? »

Dan, qui a répondu à notre appel à témoignages, est elle aussi dans cette situation. « Depuis quelques mois, on passe régulièrement dans le rouge. Impossible de gérer dans le temps certains postes qui ne sont plus fixes. » Elle cible donc les « petits prix, les soldes et les dates courtes », en faisant preuve d’une grande vigilance au quotidien. Exemple : « La cuisson rapide pour éviter trop de frais de gaz et d’électricité supplémentaires avec le four, la plaque et la hotte. Quand on n’a pas le choix, on serre les dents en plus de sa ceinture. Pour l’instant, on arrive à gérer le rouge en fin de mois, mais pour combien de temps ? »

« En étant licencié en janvier, j’ai perdu 700 euros de revenus », confie un autre internaute. « Pour quelqu’un qui touche le SMIC avec 800 euros de loyer et 300 euros de bouffe pour le mois, et 130 euros de carburant pour taffer, c’est dur de ne pas être dans le rouge pour les charges, l’eau, l’électricité, les assurances. »

Agglo d’agios

Afin d’éviter la double peine, avec des pénalités bancaires qui peuvent s’accumuler entre les agios, les commissions d’interventions, etc., d’autres optent pour une solution plus drastique : « J’ai demandé le blocage de mon compte. Comme ça, pas de soucis. »

Yoann, lui, a choisi de « prendre un crédit pour regrouper toutes (ses) dettes et sortir du découvert ». Une manière de respirer, « mais même comme ça, (il doit) faire attention, car en cas de pépin, (il n’a) pas d’économies dans lesquelles taper ». Pierre Latrille n’a malheureusement pas de bonnes nouvelles à court ou moyen terme : « L’inflation ne recule pas, donc il y a peu de chances que les choses s’améliorent vraiment au cours des mois à venir. »

Où en est la France par rapport à ses voisins européens ?

Les indicateurs sont au rouge un peu partout, aussi bien dans l’Hexagone qu’en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni ou au Portugal. « Dans quasiment tous les pays, une majorité de gens dit que leur pouvoir d’achat a diminué au cours des trois dernières années. C’est un signal d’alerte assez sérieux », insiste Pierre Latrille. 60 % des Français sont concernés, contre 57 % des Allemands, 64 % des Grecs ou 59 % des Italiens.

Si l’on compare la France à l’Allemagne et le Royaume-Uni, « les dynamiques sont plus négatives côté français », explique le chef de groupe chez Ipsos. « La situation aurait tendance à ne pas empirer en Allemagne et au Royaume-Uni, peut-être parce que l’inflation y a été très forte en 2022, plus qu’en France. Il y a peut-être un effet de rattrapage qui expliquerait que la situation de ces pays évolue de manière moins négative. » En revanche, 5 % des Français ont fait appel à une association pour de la nourriture ou des vêtements au cours des six derniers mois, contre 9 % au Royaume-Uni.

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