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HANDICAPA Biot, des enfants polyhandicapés inclus dans une école publique

« Notre fils est enfin dans la vie sociale »… A Biot, des enfants polyhandicapés inclus dans une école publique

HANDICAPSix enfants de 4 à 7 ans, souffrants de handicaps sévères, ont fait leur rentrée dans une école publique des Alpes-Maritimes. Ils ont intégré l’une des toutes premières « Unités d’enseignement pour élèves polyhandicapés » de France
La première Unité d’enseignement pour élèves polyhandicapés de l'Académie de Nice s'est installé au cœur de l'école Eugène-Olivari, à Antibes, parmi les classes des écoliers dits valides
La première Unité d’enseignement pour élèves polyhandicapés de l'Académie de Nice s'est installé au cœur de l'école Eugène-Olivari, à Antibes, parmi les classes des écoliers dits valides - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes / 20 Minutes
Fabien Binacchi

Fabien Binacchi

L'essentiel

  • Bader, 4 ans, a pu intégrer, avec cinq autres enfants, atteints comme lui de déficiences mentale et motrice, une « Unité d’enseignement pour élèves polyhandicapés » (UEEP) à Biot, dans les Alpes-Maritimes.
  • Cette structure installée au coeur d’une école publique s’inscrit « dans une perspective vertueuse, avec des moments d’inclusion », indique l’inspecteur de l’Education nationale en charge des élèves en situation de handicap.
  • « La vocation de ces unités est aussi que les autres enfants de l’école s’habituent à voir le handicap et à l’accepter le plus tôt possible », précise l’enseignante en charge de cette nouvelle stucture.

Les yeux écarquillés, attentif à tout, Bader observe ce nouveau monde qui s’ouvre à lui. Les couleurs vives des matelas d’éveil, vert pomme et bleu électrique. Les caisses qui débordent de ballons et de briques à empiler. Ses camarades… de classe. Pour la toute première fois, ce petit Antibois de 4 ans a fait sa rentrée mardi matin dans une école. « Une vraie. C’était un rêve pour nous. Et, aujourd’hui, avec son papa, on est vraiment très ému. C’est symbolique. Notre enfant a enfin une existence dans la vie sociale. Il fait partie de la société », confie sa maman, Yousra Dhib, des larmes sur les joues.

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Son fils, qui souffre du syndrome de Sjögren-Larsson, une maladie génétique rare « touchant la peau, les membres, le mental, le verbal », a pu intégrer, avec cinq autres enfants, atteints comme lui de déficiences mentale et motrice, une « Unité d’enseignement pour élèves polyhandicapés » (UEEP). Un environnement adapté au cœur d’un groupe scolaire public, l’école Eugène-Olivari, à Biot (Alpes-Maritimes).

Au moins une de ces unités par académie

Et c’est une première dans l’Académie de Nice. « Nous faisons partie des précurseurs en France, vante Laurent Ronchail, inspecteur de l’Education nationale en charge des élèves en situation de handicap. A terme, l’ambition du Comité interministériel du handicap, dont l’ambition et de rendre la scolarisation toujours plus inclusive, c’est la création d’une de ces unités externalisées a minima par académie. Nous allons donc être amenés à en déployer certainement d’autres dans les années à venir. »

A Biot, le projet, poussé par la mairie, a mis plus de deux ans à se concrétiser. Il s’est monté en lien avec l’Agence régionale de santé (ARS) Paca et l’Institut médico-éducatif (IME) Les Hirondelles, tout proche, avec la possibilité que des soignants, habitués à ces enfants, puissent intervenir en cas de besoin.

« Les rendre visibles dans la communauté éducative »

Dans l’ancienne bibliothèque de l’école Eugène-Olivari, réaménagée pour accueillir jusqu’à douze enfants, avec une salle polyvalente et une autre de repos, Maëline, Lucas, Charlie, Julien, Mila, Bader, et leurs parents, qui ont tous dû adapter leur vie aux handicaps de leurs petits, prennent leurs marques. Ils font aussi connaissance avec la maîtresse. Ramla Beji, professeur des écoles « de classe ordinaire » s’est portée candidate pour inaugurer cette UEEP et leur offrir des demi-journées « à la carte ». « Certains ne viendront que quelques heures par semaine. D’autres un peu plus. Tout sera adaptable, en concertation avec les familles », explique l’enseignante, qui sera épaulée par deux éducateurs spécialisés et un accompagnant d’élèves en situation de handicap (AESH).

Contrairement à eux, la jeune femme n’a pas suivi de formation spécifique. Elle plonge dans une certaine inconnue. Ce qui est sûr, c’est que les instants qu’elle passera avec ces six écoliers-là n’auront absolument rien à voir avec les cours qu’elle a eu l’habitude d’enseigner. « On sera loin des programmes de l’Education nationale. Avec ces enfants, la communication est parfois inexistante ou au moins très difficile. L’objectif premier, ce sera d’essayer de développer leur mode de langage, de les sociabiliser et surtout de les rendre visibles dans la communauté éducative. La vocation de ces unités est aussi que les autres enfants de l’école s’habituent à voir le handicap et à l’accepter le plus tôt possible. »

« Une perspective vertueuse »

Tous pourront se croiser pendant les récrés, mais aussi directement dans les classes. « Dans une perspective vertueuse, il y aura des moments d’inclusion avec les autres enseignants et les autres élèves », précise encore Laurent Ronchail.

« C’est un grand pas. C’est un vrai symbole. L’inclusion dans une certaine normalité », confie Matthieu Cocq, le papa de Charlie, 7 ans, qui souffre d’un handicap neuromoteur. « C’est dû à un déficit en PDH [pyruvate déshydrogénase], précise-t-il. Sa progression restera dans tous les cas limitée mais, socialement parlant, la décloisonner, lui permettre d’être avec des enfants comme elle et pas comme elle, ça ne peut être que bénéfique. » L’Académie de Nice, qui évoque une « expérimentation », a prévu de dresser en premier bilan de cette unité en décembre, avant d’envisager la création d’autres structures.

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