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INTERVIEW« La phobie scolaire n’est pas un caprice mais une souffrance réelle »

Phobie scolaire : « Ce n’est pas un caprice mais une souffrance réelle », témoigne une maman dans un livre

INTERVIEWPendant deux ans et demi, la fille de Virginie Landemaine a souffert de phobie scolaire. Une épreuve que la mère de famille de Loire-Atlantique raconte dans un livre
Laïa et sa mère Virginie, à Nantes le 31 août. Cette dernière a écrit un livre sur la phobie scolaire de sa fille
Laïa et sa mère Virginie, à Nantes le 31 août. Cette dernière a écrit un livre sur la phobie scolaire de sa fille - J. Urbach / 20 Minutes / 20 Minutes
Julie Urbach

Propos recueillis par Julie Urbach

L'essentiel

  • Quelques semaines après son entrée en 6e, la jeune Laïa a été prise de maux de tête et d’une forte anxiété qui a engendré des absences régulières jusqu’à sa déscolarisation.
  • Une angoisse qui se développe « de façon insidieuse et progressive » jusqu’à devenir si forte « qu’elle bloque complètement le corps », raconte sa mère, Virginie Landemaine.
  • Cette dernière fait part de son témoignage et de ses recherches autour de la phobie scolaire dans un ouvrage, paru en août.

A 14 ans, Laïa doit faire sa rentrée en classe de 3e, ce mardi. Un moment d’autant plus important que l’adolescente n’a pas mis les pieds au collège depuis deux ans et demi, en raison d’une « trop forte anxiété qui la paralysait ». Sa mère, Virginie Landemaine, vient de publier un livre* sur ce phénomène, appelé « phobie scolaire », qui toucherait de plus en plus d’élèves. Cette habitante de Saint-Hilaire-de-Chaléons (Loire-Atlantique), âgée de 45 ans, s’est confiée à 20 Minutes.

En 2020, votre fille entre au collège et vous plongez avec elle dans ce que vous appelez « le brouillard ». Que s’est-il passé ?

Tout a commencé quelques semaines après son entrée en 6e, de façon insidieuse et progressive. Laïa a commencé à avoir des maux de tête, des douleurs fortes et régulières qui sont devenues quotidiennes. Puis elle a eu mal au pied, puis ailleurs… Au début, je ne comprenais pas, je lui disais « Prends un doliprane et ça va passer ». J’ai d’abord pensé à un caprice mais c’est en fait une souffrance réelle : quand c’est tellement répété, qu’on voit sa fille aussi mal, on comprend qu’il s’agit de quelque chose de vraiment insupportable pour elle. On est allées plusieurs fois chez le médecin pour éliminer les causes physiologiques. J’ai même pensé à une tumeur au cerveau… Jusqu’à ce qu’on comprenne que c’était psychosomatique.

On vous parle alors de phobie scolaire. Que veut dire ce terme, concrètement ?

La phobie scolaire peut s’apparenter à un burn-out, une angoisse si forte qu’elle bloque complètement le corps. C’est important de ne pas la confondre avec le décrochage, où le jeune se désaffilie de l’école et ne veut plus y aller. Les victimes de phobie scolaire, elles, ont en général toujours la volonté de s’y rendre, mais ne le peuvent pas. Comme un adulte qui ne va pas mieux du jour au lendemain, il faut prendre le temps de comprendre les causes de cette anxiété si invalidante, pour avancer. Car un retour forcé peut représenter une très grande violence chez le jeune, explique une thérapeute que j’ai interrogée pour mon livre.

Laïa et sa mère Virginie
Laïa et sa mère Virginie - J. Urbach / 20 Minutes

Comment s’est passée la suite pour Laïa ?

Le problème avec la phobie scolaire c’est qu’en général, les jeunes ne savent pas eux-mêmes ce qui leur arrive. Pour Laïa, on ne voyait pas de cause précise, pas de harcèlement… Mais les absences se sont multipliées, crescendo jusqu’à Noël. A cette période, il y a eu le décès de mon père et elle est descendue très bas, jusqu’à ne plus pouvoir se lever. Dans un premier temps, on a décidé de faire retomber la pression, qui devenait délétère pour toute la cellule familiale. On a ensuite tenté un changement de classe, car Laïa s’était retrouvée toute seule à son entrée au collège. En vain. En 5e, elle était dans la même classe que sa meilleure amie mais huit jours après, rebelote. On a mis en place les cours à distance avec le Cned. En 4e, aussi, car elle a été acceptée dans un collège spécialisé mais n’a pas réussi à s’y rendre le jour de la rentrée. Pendant toute cette période, elle a bénéficié d’un accompagnement psychologique, où elle a appris à mieux se connaître, savoir où sont ses limites. Jusqu’à récemment émettre l’idée qu’elle se sentait prête à y retourner, pour retrouver un lien social.

Comprenez-vous mieux, aujourd’hui, les raisons de cette phobie ?

Les causes de la phobie scolaire sont souvent multifactorielles. Laïa qui venait d’une petite école rurale avait perdu ses repères, elle a des difficultés à l’écrit qui s’exprime par une lenteur, il y a aussi son hypersensibilité… On pense qu’au bout d’un moment, c’était trop pour elle. Mais il n’y a pas un cas qui ressemble à un autre comme les témoignages que j’ai recueillis dans mon livre le montrent. Même si le fil rouge, c’est l’anxiété. Le confinement en 2020 a généré une hausse importante de cas. Des jeunes qui allaient à l’école tant bien que mal mais dont les symptômes ont disparu pendant cette période, et pour qui la reprise a été vraiment dure, laissant une Education nationale démunie. Mon livre vise aussi à se demander pourquoi en France, il y a autant de jeunes en phobie scolaire. L’école ne peut plus se voiler la face et devrait redevenir un lieu de vie, convivial, où ils ont plaisir à venir.

Quels conseils pourriez-vous délivrer aux parents qui se questionnent ?

Si, le dimanche soir, les enfants n’ont pas trop envie d’aller à l’école mais que le lundi c’est reparti, il ne faut pas dramatiser ! Il faut par contre être vigilant si c’est plus récurrent, si l’anxiété s’accompagne de symptômes, que le jeune n’est vraiment pas bien. Mieux vaut aller voir son médecin généraliste sans tarder pour éviter que la phobie ne s’installe, et trouver le thérapeute qu’il faut. Les parents doivent aussi prendre soin d’eux car l’accompagnement de l’enfant peut être long. Moi, j’ai appris à prendre de la distance. J’espère que cette rentrée scolaire sera la bonne pour Laïa mais sinon, il faudra garder ce recul et continuer à l’accompagner au mieux.

* « Phobie scolaire, mon enfant n’arrive plus à aller à l’école », de Virginie Landemaine, est paru en août 2023 aux éditions du bateau vert et blanc. 16 euros.

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