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REPORTAGEA Marseille, une rentrée scolaire à l’épreuve des balles

Rentrée scolaire 2023 à Marseille : À La Cayolle, les parents ne veulent pas laisser « les dealers gagner »

REPORTAGECet été, quatre personnes ont été victimes de tirs à proximité immédiate d'une école de La Cayolle, quartier d’ordinaire tranquille de Marseille que les violences du trafic de drogue n’épargnent plus
Ce lundi, des policiers patrouillaient et assuraient l’arrivée des parents, enfants et profs devant une école du quartier de La Cayolle, à Marseille, alors qu'un point stup' sévit en face de l’établissement.
Ce lundi, des policiers patrouillaient et assuraient l’arrivée des parents, enfants et profs devant une école du quartier de La Cayolle, à Marseille, alors qu'un point stup' sévit en face de l’établissement. - Alexandre Vella / 20 Minutes
Alexandre Vella

Alexandre Vella

L'essentiel

  • Le quartier de La Cayolle, dans le 9e arrondissement de Marseille, est un coin d’ordinaire paisible du sud de la ville, située au pied des Calanques. Mais depuis cet été, ce quartier n’est plus épargné par les règlements de comptes entre trafiquants de drogue qui y ont fait quatre victimes, dont trois les quinze derniers jours d’août.
  • Avec un point stup' en face de l’école et plusieurs fusillades, parents et enseignants demandaient des actions fortes pour la rentrée.
  • Ce lundi, une dizaine de policiers patrouillaient et assuraient l’arrivée des parents, enfants et professeurs. Des représentants de la préfecture, du rectorat, de la mairie de secteur étaient sur place. « Evidemment, ces patrouilles nous rassurent », a expliqué à parent d’élèves à 20 Minutes.

Les cartables sont faits, les enfants plus ou moins prêts, et Julie, la directrice du groupe scolaire des Calanques de Sormiou, une école située dans le 9e arrondissement de Marseille, a « la boule au ventre » en ce jour de rentrée. Une saine boule au ventre commune à tous les enseignants - et à leurs élèves - qui s’apprêtent à s’élancer dans une nouvelle année scolaire. Mais à La Cayolle, il y avait quelque chose en plus ce lundi matin : des équipages de police patrouillaient et assuraient l’arrivée des parents, enfants et professeurs. Des représentants de la préfecture, du rectorat, de la mairie de secteur étaient sur place. Une présence visiblement bienvenue après les quatre fusillades de cet été qui ont fait, dans ce quartier marseillais d’ordinaire paisible, deux morts et trois blessés, dont deux adolescents de 14 ans.

« Les enfants nous posent des questions »

« Evidemment, ces patrouilles nous rassurent », apprécie Mathias* qui accompagne ses deux enfants de 4 et 10 ans. Habitant du quartier depuis cinq ans, ce parent d’élèves trouve que « la situation s’est dégradée d’un coup » : « avant, ça restait relativement cordial avec les dealers même s’ils étaient devant l’école. Mais à partir de la mi-août les fusillades sont devenues régulières. On entendait très bien, ça pétaradait tous les deux-trois jours. Les enfants nous posent des questions. On essaye d’expliquer mais aussi de les protéger. »

La Cayolle, idéalement implanté au pied des Calanques, non loin des plages du Prado, n’a rien des ghettos. Les immeubles, haut de quatre étages seulement, sont proprets. Les aires de jeux - terrain de foot avec gazon synthétique, terrain de basket, boulodrome - sont en bon état. Le point de deal n’est pas fléché une centaine de mètres à l’avance. Chaises, canapés et braseros n’ont pas envahi le secteur. Bref, nous sommes loin du pire que Marseille peut offrir, notamment dans ses quartiers Nord.

Mais le 22 août dernier, un enfant de 14 ans a été blessé. Un électrochoc. Un soutien psychologique a été proposé aux habitants à renfort d’affichettes collées sur les portes. Certains ont commencé à se mobiliser alors que se profilait la rentrée scolaire. « Les collègues ont menacé de faire usage de leur droit de retrait s’il n’y avait pas de dispositif de sécurisation », rembobine Charlotte Bourgougnou, déléguée FSU-SNUipp pour qui « l’académie a bien pris la mesure du problème ». « La police est une première réponse mais ne peut pas être la seule. Les collègues ont fait des demandes d’aménagements, notamment de poser des murs opaques, à la place de la grille actuelle », rapporte la syndicaliste. FSU-SNUipp demande également que cette école soit considérée comme une REP. « Avec un indice de pauvreté de 60, elle devrait l’être mais comme elle est enclavée dans un quartier riche, elle n’est pas éligible. Le Dasen (directeur académique des services de l’Éducation nationale) est venu vendredi et a dit qu’il pourrait accorder des moyens supplémentaires et peut-être le dédoublement des classes », ajoute Charlotte Bourgougnou.

« C’est le soir que ça se passe surtout »

Ce lundi matin, parents, élèves et enseignants ont eu le droit à un point d’informations sur les mesures prises. Soit une présence policière renforcée à l’entrée et la sortie de l’école, mais aussi lors des récréations ou de la pause méridienne. Un travail lancé dès le 28 août dernier, date à laquelle s’est tenu un conseil d’administration extraordinaire du comité d’intérêt de quartier. L’équipe pédagogique du groupe scolaire Calanques de Sormiou, des représentants de la police nationale et de la police municipale, du rectorat ainsi que des élus de secteur et de la mairie centrale étaient autour de la table.

Ce lundi matin, la centaine d’écoliers bien assis dans leurs nouvelles classes, le quartier a poursuivi sa vie. Un limpide soleil de septembre débordait du massif des Calanques. Deux chats se prélassaient sur l’asphalte face à des gros cailloux installés pour fermer la rue longeant la cour de récréation à la circulation. Ces mêmes cailloux aux pieds desquels est mort un jeune le 13 août dernier, selon un habitant du quartier. « On n’y croirait pas, hein, quand on voit comment c’est paisible la journée. C’est le soir que ça se passe surtout », commente Meriem. Cette médiatrice du quartier aussi est contente de voir des uniformes : « la police, ça fait la différence et j’espère que ça se calmera. »

Tout sur la rentrée scolaire 2023

A La Cayolle, les habitants avouent avoir appris à vivre avec la peur. « On regarde toujours à droite, à gauche », soupire Fatima, venue déposer l’un de ses deux enfants - le premier est encore en poussette. « On ne déménagera pas, sinon ce sont eux (les dealers) qui auront gagné », conclut Mathias. « La rentrée ? Une rentrée normale, lâche un commerçant du quartier. On ne va pas se laisser prendre en otage ! »

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