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EDUCATIONQu’attendent les enseignants de Gabriel Attal pour sa première rentrée ?

Rentrée scolaire 2023 : Qu’attendent les enseignants de Gabriel Attal ?

EDUCATION Le nouveau ministre de l'Education nationale présentera sa première conférence de presse de rentrée dès le lendemain. Ses annonces seront très scrutées
Gabriel Attal, en visite à l'école Champollion de Dijon, le 1er juillet 2023.
Gabriel Attal, en visite à l'école Champollion de Dijon, le 1er juillet 2023. - KONRAD K / SIPA
Delphine Bancaud

Delphine Bancaud

L'essentiel

  • Attendu au tournant, le ministre de l’Education Gabriel Attal mènera lundi sa première conférence de presse de rentrée scolaire.
  • L’occasion de démontrer qu’il saura être un bon pilote du ministère, après un Blanquer jugé trop autoritaire par les enseignants et un Pap Ndiaye qui n’a pas su réellement incarner la fonction.
  • Les enseignants espèrent qu’il fera bouger les lignes sur de nombreux chantiers lancés ces derniers mois, tels que le pacte enseignant, les aménagements du nouveau baccalauréat ou la mixité scolaire.

Gabriel Attal au tableau ! Ce lundi sera un grand jour pour le nouveau ministre de l’Education, puisqu’il présentera sa première conférence de presse de rentrée scolaire. Une grand-messe réunissant plus de 70 journalistes, dont les annonces sont toujours très scrutées par le million de personnels de l’Education nationale. L’occasion idéale pour le plus jeune ministre de l’Education de la Ve République (34 ans), de montrer qu’il a les épaules assez larges. D’autant qu’il faudra rassurer les personnels, échaudés après le passage rue de Grenelle de Jean-Michel Blanquer, jugé trop autoritaire et celui de Pap Ndiaye, qui n’a jamais su réellement incarner la fonction.

Or, la nomination fin juillet de Gabriel Attal a suscité quelques inquiétudes. « C’est un fidèle d’Emmanuel Macron, va-t-il pouvoir se détacher de la feuille de route du président et pouvoir convaincre l’Elysée sur certains dossiers ? », s’interroge Elisabeth Allain-Moreno, la secrétaire générale du SE-Unsa. « Si Gabriel Attal lance des discussions avec les syndicats, mais que c’est Emmanuel Macron qui tranche unilatéralement, ça va être compliqué. L’école ne doit pas être le domaine réservé du président », prévient Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT. L’interview d’Emmanuel Macron ce jeudi au Point, en partie consacrée à l’éducation, a ravivé les doutes. Non content d’y dévoiler ses ambitions et ses projets de réforme du système scolaire qui ont suscité de vives réactions, le locataire de l’Elysée a déclaré que « l’éducation fait partie du domaine réservé du président ». « On craint le retour des annonces par voie de presse, comme à l’ère Blanquer », indique Guislaine David, secrétaire générale de la FSU-Snuipp. « Ça renvoie l’image d’un ministre qui ne sera qu’un exécutant, ce n’est pas rassurant », insiste Catherine Nave-Bekhti.

Il compte s’atteler aux remplacements des profs absents

Point positif : lors de leurs premiers échanges avec le ministre, les responsables syndicaux l’ont trouvé très au fait des dossiers. « C’est le retour du politique à l’Education nationale, il n’a pas besoin de fiches et de conseillers pour s’exprimer comme Pap Ndiaye », concède Guislaine David. Il faut dire que Gabriel Attal ne navigue pas dans un univers inconnu, puisqu’il a été secrétaire d’Etat à la jeunesse auprès du ministre de l’Education de 2018-2020. Le fait qu’il ait été porte-parole du gouvernement, puis ministre du Budget et qu’il soit devenu au fil des années, un incontournable de la macronie fait aussi partie des éléments qui pèsent du bon côté de la balance : « C’est un bon socle pour obtenir des arbitrages favorables de Bercy. Et le fait qu’Emmanuel Macron ait placé une personnalité de poids Rue de Grenelle semble montrer son intérêt pour la question scolaire », estime Catherine Nave-Bekhti.

Et des défis, le ministre en aura à relever, dans ce ministère jugé à la fois technique et difficile. Lors de la passation de pouvoirs avec Pap Ndiaye le 20 juillet, Gabriel Attal a dévoilé sa feuille de route avec « trois priorités »  : « Le respect de l’autorité et les savoirs fondamentaux au cœur de l’école », le non-remplacement des professeurs absents et le bien-être des élèves, qui passe par la lutte contre le harcèlement scolaire. Ce dimanche, le ministre a déjà annoncé sur TF1 la tenue en juin (et non en mars) des épreuves de spécialités du bac et l'interdiction des abayas. Sur ce dernier point, il devrait détailler sa méthode.

Les enseignants veulent remettre le « pacte » sur la table

De leur côté, les enseignants ont déjà listé les sujets qu’ils comptaient mettre rapidement sur la table. Et sans surprise, ce ne sont pas tout à fait les mêmes. Tous comptent d’abord revenir sur le « pacte » , qui prévoit une hausse de rémunération pour les enseignants, soumise à de nouvelles missions. « C’est le retour du "travailler plus pour gagner plus", qui est en outre amplificateur d’inégalités salariales entre hommes et femmes », souligne Blandine Turki, cosecrétaire générale de la FSU-Snuipp. La plupart des syndicats souhaitent la suppression de ce pacte, ce qui n’a guère de chance d’arriver, le gouvernement ayant bien décidé de le lancer à cette rentrée. A défaut, les syndicats souhaitent que le dispositif soit modifié : « Par exemple, en faisant en sorte que le pacte prenne en compte des missions déjà effectuées par les enseignants et non rémunérées », suggère Catherine Nave-Bekhti.

Autre dossier prioritaire pour les enseignants : une meilleure inclusion des élèves handicapés. « Il faut améliorer les conditions de travail des AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap), mieux former les enseignants, créer davantage de places en IME (instituts médico-éducatifs)… », estime Elisabeth Allain-Moreno.

La question de la mixité scolaire, à nouveau dans les discussions

De nombreuses études sur l’éducation, dont Pisa, ayant souligné l’augmentation des inégalités scolaires et sociales, les enseignants souhaiteraient aussi que Gabriel Attal prenne de nouvelles mesures en faveur de la mixité. Mi-mai, l’Education nationale a signé un protocole d’accord sur le sujet avec l’enseignement catholique, par lequel le privé sous contrat s’engage à augmenter la part de ses élèves boursiers. Mais sans obligation. « Il faut suivre ces objectifs fixés et ne pas hésiter à moduler les dotations aux établissements en fonction de leurs efforts de mixité sociale », suggère Catherine Nave-Bekhti.

Les syndicats souhaitent aussi que Gabriel Attal prenne d’autres mesures pour endiguer la crise du recrutement à l’Education nationale : « L’attractivité du métier passe par le salaire, mais aussi par une amélioration des conditions de travail. Il faudrait réduire la taille des classes, embaucher des Rased (enseignants spécialisés dans la prise en charge des difficultés scolaires), améliorer le système de mutation, revoir le bâti scolaire… », énumère Guislaine David. Des dossiers qui titilleront l’art du dialogue social de Gabriel Attal.

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