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PatrimoineDémontée pendant vingt ans, une maison alsacienne de 1728 reconstruite

Alsace : Démontée pendant vingt ans, une maison alsacienne de 1728 reconstruite

PatrimoinePlutôt que de rénover de l’existant, un couple a acheté l’ossature d’une maison traditionnelle alsacienne datant du XVIIIe siècle. Elle est actuellement remontée dans le Bas-Rhin
Marilyne Guidetti dans sa maison à colombages tout juste remontée.
Marilyne Guidetti dans sa maison à colombages tout juste remontée. - T. Gagnepain / 20 Minutes / 20 Minutes
Thibaut Gagnepain

Thibaut Gagnepain

L'essentiel

  • Demontée au début des années 2000, une maison alsacienne typique datant de 1728 est en train d’être remontée dans le Bas-Rhin.
  • Avant son acquisition par un jeune couple de la région, la structure avait séjourné dans une grange pendant vingt ans.
  • « On avait besoin d’un nouveau projet après avoir retapé notre maison dans un village à côté et on recherchait de l’authentique », explique la nouvelle propriétaire.

«Un tas de bois de chauffage. » Quand Marilyne Guidetti a vu pour la première fois l’ossature de sa future maison, elle a dû faire preuve d’imagination. Les poutres étaient alors stockées dans une grange de Matzenheim (Bas-Rhin) depuis une vingtaine d’années. Depuis que cette maison alsacienne traditionnelle avait été achetée en 2001 par un couple résidant à Illkirch-Graffenstaden, à côté de Strasbourg.

« Des personnes venaient de construire juste à côté à Leutenheim et elle allait être détruite. Alors on l’a achetée et on a payé la démolition », retrace Denise Fender. « A l’origine, on voulait la reconstruire pour une de nos deux filles mais ça n’a pas pu se faire », complète son mari Roland, lui aussi très ému que le projet dont il rêvait voit enfin le jour. « Vous ne pouvez pas imaginer… »

Le plan de la maison réalisé par Roland Fender avant le démontage en 2001. Il a été très utile pour la reconstruction.
Le plan de la maison réalisé par Roland Fender avant le démontage en 2001. Il a été très utile pour la reconstruction. - M. Guidetti

Comme la première fois, l’Association pour la sauvegarde de la maison alsacienne (Asma) a joué un rôle primordial en mettant en relation les parties. « On avait besoin d’un nouveau projet après avoir retapé notre maison dans un village à côté et on recherchait de l’authentique. On avait visité d’autres biens mais ça ne collait pas », reprend la nouvelle propriétaire, 38 ans. « Là, on s’est dit qu’on pourrait l’agencer comme on voudrait. »

Restait à se lancer. Ce n’est pas l’acquisition de la structure qui a été un frein, contre « 6.000 euros sans la charpente ». Mais il fallait aussi trouver le terrain, finalement déniché à Valff, et surtout les artisans capables de mener la délicate opération. Comme deux décennies plus tôt pour la démolition, c’est donc la société Brenner Tradition, spécialisée dans les maisons à colombages qui a été sélectionnée.

Du traditionnel mais pas que

« Ils ont fait de la magie », apprécie Marilyne Guidetti en regardant son bien désormais remonté depuis début août. « Ils ont mis moins de trois jours après avoir déjà remplacé en atelier certaines poutres trop abîmées. » La structure est posée sur une dalle « coulée par (son) mari avec un copain », surmontée d’une charpente neuve et de tuiles alsaciennes dites “Biberschwanz”. Près de 6.000 « chinées » par le couple.

« Certaines sont plus vieilles que la maison », dont la date de 1728 est justement écrite sur un pilier, sourit la nouvelle propriétaire. Avec son compagnon, ils se sont mis dans l’idée de respecter au maximum ce bâtiment historique. Ils le meubleront ainsi avec des « meubles anciens et de la déco alsacienne ». Le tout en utilisant, aussi, des techniques plus récentes. Comme en garnissant le mur non pas de torchis mais de briques recouvertes de chaux-chanvre.

La maison vue de l'extérieur. Toutes les tuiles alsaciennes dites “Biberschwanz” ont été chinées par le couple.
La maison vue de l'extérieur. Toutes les tuiles alsaciennes dites “Biberschwanz” ont été chinées par le couple. - T. Gagnepain / 20 Minutes

« Peut-être que ça va en gêner certains mais on va aussi isoler par l’intérieur car on veut une maison avec des bonnes performances énergétiques. On respecte l’ancien mais on veut vivre avec notre temps », place Marilyne Guidetti, qui cherche aussi avec son concubin à faire entrer davantage de lumière. Peut-être via un velux…

« Ça ne me surprend pas, la maison alsacienne traditionnelle est très sombre », réagit Bernard Duhen. Le désormais ex-président de l’Asma n’en veut absolument pas au couple de ne pas reconstruire à l’identique la structure. Au contraire. « La terre n’est pas la meilleure formule en matière d'isolation. L’enduit chaux-chanvre va permettre d’avoir un confort hiver comme été… C’est vraiment un beau projet, surtout quand ce sont des jeunes qui se lancent. Le goût pour le bâti ancien revient chez ces générations. »

L’inauguration « au maximum en 2028 »

Ça tombe bien car, à l’en croire, d’autres structures pourraient chercher preneurs ces dernières années. « C’est sûr qu’on préfère quand la maison reste au même endroit mais la démonter et le reconstruire ailleurs est un moindre mal. Ça s’est aussi fait ailleurs dernièrement. »

A Valff, il faudra encore quelques années pour que ce qui deviendra un gîte soit achevé. « On va maintenant beaucoup faire par nous-mêmes donc ça va prendre du temps. On table sur 2026, allez au maximum 2028 pour les 300 ans de la maison qu’on voudrait fêter », sourit Marilyne Guidetti. Denise et Roland Fender y seront certainement conviés. « On est déjà allé la voir trois fois avec nos filles », content les retraités. « Ça fait énormément plaisir de voir ça… »


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