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votre vie, votre avisPartir en vacances sans son partenaire, c’est grave ?

« Je profite sans personne qui traîne les pieds »… En couple, ils partent en vacances sans leur partenaire

votre vie, votre avisPlannings incompatibles, goûts opposés, envie d’un moment rien qu’à soi… Les raisons qui poussent des personnes casées à passer des vacances en solo sont multiples
« À moi la liberté ! »
« À moi la liberté ! » - Canva / Canva
Lise Abou Mansour

Lise Abou Mansour

L'essentiel

  • De plus en plus de couples décident de profiter de leurs congés séparément.
  • Plannings incompatibles, goûts opposés, envie d’un moment rien qu’à soi… Les raisons qui poussent à passer des vacances en solo sont multiples.
  • Une parenthèse qui peut être bénéfique pour le couple, à condition d’avoir une relation de confiance mutuelle, d’expliquer ses besoins mais aussi de se retrouver pleinement lors des moments à deux.

Fermez les yeux et pensez au mot « vacances ». Vous imaginez peut-être une plage de sable fin, des montagnes à perte de vue ou un coucher de soleil. Maintenant, gardez-les yeux fermés et portez votre regard à votre droite puis à votre gauche. Y a-t-il quelqu’un à vos côtés ? Votre amoureux ? Un ami ? Personne ? Si votre réponse est la dernière et que vous êtes pourtant en couple, vous n’êtes pas un cas à part. Partir avec son ou sa partenaire a longtemps relevé de l’évidence mais de plus en plus de personnes en couple décident de profiter de leurs congés en solo.

« Depuis un demi-siècle, nous vivons dans une société de plus en plus centrée sur l’individu, estime Jean-Claude Kaufmann, sociologue. Nous ne voulons pas sacrifier notre autonomie personnelle au nom du couple. Le nombre des repas pris en solo ou avec d’autres ne cesse d’augmenter, nous faisons plus fréquemment écrans séparés, chambres séparées, voire logements séparés. Il est donc tout à fait logique que les vacances soient touchées par cette tendance. »

Des plannings et envies différentes

Une tendance qui s’explique par de multiples facteurs. Des questions pratiques peuvent tout d’abord empêcher les deux membres du couple de savourer leurs vacances ensemble. Tiffany, 33 ans, a deux enfants avec son compagnon. Hormis l’été, leurs congés ne tombent jamais en même temps. « Celui qui est en vacances au même moment que les enfants part avec eux chez les grands-parents et l’autre en profite pour se reposer à la maison sans personne. »

Un planning incompatible mais aussi des envies qui divergent. Pascale a 60 ans et ne partage pas les mêmes goûts que son conjoint. « Lui est plutôt mer et plage, moi montagne et aventures. Même si nous avons les mêmes dates de congés, il nous arrive de partir chacun de notre côté. » Le conjoint de Catherine, 53 ans, n’aime pas partir en juillet et en août en raison de l’affluence de touristes. Elle part donc seule avec leur fille de 19 ans. « Maintenant qu’elle est étudiante, je la vois moins. Donc je peux profiter d’elle pendant ces moments et on passe de très bonnes vacances. »

Certains, comme Carole, vont même plus loin. À 52 ans, elle partage depuis plus de vingt-cinq ans la vie d’un homme pantouflard. Vingt-cinq ans qu’elle part donc seule. « Il est ravi de ne pas avoir à quitter le confort de la maison, pendant que je profite pleinement des découvertes de mes voyages, sans personne qui traîne les pieds. »

Expliquer son besoin

Une solution donnant-donnant… à certaines conditions. « La première est que la relation de confiance mutuelle à l’intérieur du couple soit sereine et totale », considère le sociologue Jean-Claude Kaufmann. Et pour y parvenir, rien de mieux que le dialogue. « L’important, c’est de communiquer, d’expliquer son propre besoin à partir seul, l’intérêt pour soi mais aussi pour le couple, explique Stéphanie Almon, psychothérapeute. L’idée est aussi de s’assurer que cela convient à l’autre. »

Une discussion plus ou moins facile à amorcer selon le type de relation, notamment quand elle présente un certain déséquilibre. « Il existe des formes d’attachement plus ou moins sécure, analyse la thérapeute. Quand une personne est en dépendance affective, elle peut avoir la sensation que l’autre lui échappe. Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas partir seul mais c’est moins simple. »

Générer le manque

Seconde condition pour des vacances en solo sereines : « Il faut que dans le reste de sa vie, quand on se retrouve à nouveau avec son partenaire, l’engagement soit entier, la présence forte et l’attention soutenue, nous dit Jean-Claude Kaufmann. Si après une séquence seul on devient une sorte de fantôme inexpressif dans les moments à deux, le fossé risque de se creuser de façon inexorable et les vacances en solo déclencher une cassure. »

Dans le cas d’un couple qui bat de l’aile justement, partir en solo est-il une bonne idée ? C’est le choix qu’a fait Sébastien, 51 ans. « Après des vacances aux sports d’hiver catastrophiques durant lesquelles ma compagne a été d’humeur extrêmement désagréable durant tout le séjour, j’ai décidé de partir seul cet été. Une semaine loin de tout. C’était très bien. » Pour la psychothérapeute, cette parenthèse en solo peut alors permettre de faire un point sur son couple et de revenir avec des propositions.

Car quand on répond à ces deux conditions (et que son couple se porte bien), partir loin de sa moitié peut présenter de nombreux bénéfices. David, 50 ans, voyage sans sa nouvelle compagne car leurs enfants respectifs ont des envies différentes. Si ces moments éloignés l’un de l’autre sont « frustrants », il estime que « cet éloignement peut être bénéfique car il permet de générer le manque et de mieux [se] retrouver ».

Nourrir le couple et prendre du temps pour soi

Partager ses aventures peut aussi souder le couple. Pascale, qui a énormément voyagé et n’a pas forcément envie de retourner dans un coin qu’elle connaît déjà, encourage son partenaire à les découvrir seul. « Au retour, nous échangeons nos points de vue sur le pays ou la région en question. » Selon la psychothérapeute, ce type de relation fonctionne car « ils auront chacun vécu des choses qui leur correspondent et en en discutant, cela va nourrir le couple. »

Nourrir le couple donc, mais aussi se nourrir soi-même. Catherine passe régulièrement quelques jours seule à buller en thalasso. « La première fois ça m’a fait bizarre mais maintenant j’adore. C’est devenu mon moment à moi. » Stéphanie Almon le confirme : « Prendre du temps rien que pour soi et souffler peut être très salvateur. » Car se sentir bien avec soi-même aide à se sentir bien dans son couple.

Une preuve d’amour

« Il faut s’aimer assez pour comprendre l’autre et lui proposer quelque chose qui va être bon pour elle ou lui, considère la psychothérapeute. Si c’est aussi bon pour soi évidemment. » Une vision que partage Carole. « Assez naturellement je préférerais que mon mari m’accompagne en vacances. Mais pourquoi l’obliger à un voyage qu’il n’a pas envie de faire, alors qu’il accepte de son côté de me laisser libre de partir où bon me semble ? Je lui suis finalement reconnaissante de ne pas me bloquer dans mes envies d’ailleurs. » Comme quoi, des vacances loin de l’autre peuvent être, malgré les idées reçues, une belle preuve d’amour.

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