20 Minutes : Actualités et infos en direct
gras durPourquoi Booba « entretient le buzz » et « brouille les pistes »

Emeutes après la mort de Nahel : Pourquoi Booba « entretient le buzz » et « brouille les pistes »

gras durEn affirmant que la justice est laxiste et que l’Etat est « trop mou », le plus grand nom du rap français s’est attiré la sympathie de l’extrême-droite. Un glissement pas si surprenant, au vu de ses déclarations passées en interview
Plutôt discret dans la presse, Booba était hyperactif, avant la suspension de différents comptes sur Instagram.
Plutôt discret dans la presse, Booba était hyperactif, avant la suspension de différents comptes sur Instagram.  - Sadaka Edmond / SIPA
O.O

O.O

L'essentiel

  • Dans une interview accordée à Ebra Presse, Booba a jugé l’Etat français « beaucoup trop mou et faible » après les émeutes consécutives à la mort de Nahel.
  • Le rappeur originaire de Boulogne-Billancourt a fustigé une justice laxiste. Une déclaration dans la lignée de celles qu’il tient depuis des années à la presse, lors de ses rares interviews.
  • Les dernières sorties médiatiques du rappeur semblent le faire glisser vers le camp d’une droite musclée. A dessein ? Pour 20 Minutes, Benjamine Weill, autrice du livre A qui profite le sale, sexisme, racisme, capitalisme dans le rap français, analyse le discours du rappeur/entrepreneur/lanceur d’alerte.

Les amateurs de grosses cylindrées aiment la vitesse, pas les sorties de route. A la fenêtre de l’un de ses bolides, à Miami, sa ville de résidence, Booba voit défiler à toute vitesse l’actualité française. Sans doute grisé par les sensations, le « Duc de Boulogne » se dédouble depuis plusieurs années. Il use compulsivement des réseaux sociaux, abreuvant sa large communauté de commentaires, de blagues et de clashs. Dans les médias plus traditionnels en revanche, B20 se montre moins bavard, sans doute échaudé par le mauvais procès tendu au rap français et les clichés sur sa personne rabâchés à longueur d’interview.

Sa relative discrétion dans la presse se fracasse à chacune de ses prises de paroles « politiques », comme une Lamborghini qui finirait toute secouée après avoir pris « quelques dos d’âne ». La dernière sortie du rappeur, lors d’une interview accordée au groupe Ebra, ferait (presque) rougir certains porte-parole de syndicats policiers. Interrogé sur l’affaire Nahel, le « ratpi » enchaîne les phrases chocs. Parmi elles : « les peines de prison sont trop légères et surtout rarement appliquées, les policiers sont discrédités. »

Des prises de position saluées par un porte-parole du RN

Parti s’installer outre-Atlantique depuis plus d’une décennie, le rappeur juge également l’Etat français « beaucoup trop mou », regrettant que les « jeunes n’aient pas peur de la police ». Une prise de parole notamment saluée par Julien Odoul, porte-parole du RN, surnommant pour l’occasion le rappeur « duc de Beauvau ». Selon Benjamine Weill, autrice du livre A qui profite le sale, sexisme, racisme, capitalisme dans le rap français, l’une des étapes de cette mutation pourrait se situer dans le hall 1 de l’aéroport d’Orly, il y a un tout petit plus de cinq ans. « Après la bagarre contre Kaaris et son équipe, Booba a accentué sa stratégie de ''clown'' sur les réseaux sociaux. Il a compris la logique de l’influence dès le départ, bien avant son combat contre les ''influvoleurs'' ».

Passages chez Cyril Hanouna (avant sa brouille), selfie avec Jean Messiha, etc. On savait Booba friand d’un libéralisme décomplexé, on l’observe doucement glisser vers une droite plus musclée. « C’est difficile d’être flic, jugeait le millionnaire dans les colonnes du journal Le Monde dès 2018 en évoquant les Etats-Unis. T’es là, face à des mecs armés jusqu’aux dents et qui savent que, s’ils se font prendre, ils ne ressortent plus ! Alors, je cautionne pas, hein, mais les flics doivent être terrorisés, et il faut parfois se mettre à la place des gens… »

Des positions antisystème difficilement lisibles

Et, même si l’intéressé s’en défend, ses propos tenus en interview peuvent poser les bases d’un propos politique. « Il a toujours dit qu’il n’avait jamais voté, c’est un positionnement politique, qui peut s’assumer d’ailleurs, précise Benjamine Weill. Il surfe sur une vague antisystème (complot LGBTQI, Covid-19, positions pro-russe) avec un discours péremptoire, sans véritable fond. Cela lui permet aussi de contenter son public, qui est très diversifié. »

Des avis tranchés, des propos polémiques… et des rétropédalages fréquents. Son propos est récupéré par l’extrême droite ? « Ils sortent une phrase de leur contexte pour la tourner à leur avantage », commente le quadragénaire sur X (ex-Twitter). Interrogé par le journal Le Parisien l’an dernier sur le Covid-19, Booba répond « n’avoir aucune confiance dans le vaccin (…). Il faut vingt doses et tu tombes quand même malade ». Avant d’avouer à demi-mot s'être fait vacciner une question plus tard.

Détenteur de la green card aux Etats-Unis, le rappeur ne se risque pas à commenter l’actualité américaine. Il réserve son analyse à la France où il conserve l’essentiel de ses activités professionnelles. Avec en tête un credo : En bien, en mal, l’important est qu’on parle de lui. « Toutes ces déclarations, c’est aussi pour entretenir le buzz. Dire et se dédire lui permet aussi de ménager tout le monde et de brouiller le message, avance Benjamine Weill. Ce sont des sorties médiatiques qui coïncident avec son agenda.»

En évoquant la bagarre à Orly, Booba a avoué avoir pris l’incarcération qui s’en est suivie comme « une promo incroyable » qu'il n'aurait « jamais pu » se « payer ». Le rappeur a récemment rappelé qu’un documentaire devrait prochainement retracer son parcours. Ourika, une série qu’il a cocréée et qui sera diffusée sur Amazon Prime, est en cours de tournage. Au vu de l’émoi suscité par ses dernières déclarations, on parierait que la promotion de ses deux projets ne devrait pas lui coûter une fortune.

Sujets liés