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INTERVIEW« L’accidentologie concerne tout le monde » rappellent les secours en montagne

Mont-Blanc : « L’accidentologie concerne tout le monde », rappellent les secours en montagne

INTERVIEWEn deux mois, le peloton de gendarmerie de haute montagne de Haute-Savoie est intervenu près de 400 fois et a constaté seize décès, c’est six de plus qu’à la même période l’an dernier
Le peloton de gendarmerie de haute montagne de Haute-Savoie est intervenu près de 400 fois depuis le mois de juin pour des accidents. (Illustration)
Le peloton de gendarmerie de haute montagne de Haute-Savoie est intervenu près de 400 fois depuis le mois de juin pour des accidents. (Illustration) - J. Pachoud /AFP / AFP
Elise Martin

Elise Martin

L'essentiel

  • Récemment, de nombreux décès d’alpinistes ont été constatés dans le massif du Mont-Blanc avec notamment, six morts en quatre jours côté Suisse.
  • Y a-t-il plus de décès cette année ? Pourquoi ? Quels sont les comportements à adopter pour éviter les accidents ? 20 Minutes a posé ces questions au capitaine Guy Le Nevé, adjoint au commandant du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Haute-Savoie.
  • Il rappelle l’importance de se préparer et de se renseigner avant d’entamer une course même si parfois « l’accidentologie concerne tout le monde ». « Les drames en alpinisme sont liés à des dévissages [le fait de chuter d’une paroi rocheuse] mais ne sont pas dus à des erreurs, à des fautes ou des imprudences manifestes », explique-t-il.

Le massif du Mont-Blanc attire près de 20.000 alpinistes par an. Si le plus haut sommet d’Europe occidentale (4.808 m d’altitude) représente une ascension emblématique, qui peut paraître « accessible », elle n’est pas sans risque. Ces dernières semaines, plusieurs accidents mortels ont eu lieu, notamment côté Suisse, où la police régionale a constaté six décès en quatre jours. Y a-t-il plus de décès cette année ? Pourquoi ? Quels sont les comportements à adopter pour éviter les accidents ? Pour répondre à ces questions, 20 Minutes a interrogé au capitaine Guy Le Nevé, adjoint au commandant du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Haute-Savoie.

Depuis le début de l’été, quel est le constat du PGHM de Haute-Savoie en matière d'accidents ?

Durant les mois de juin et de juillet, nous sommes intervenus près de 400 fois dans l’ensemble du département de la Haute-Savoie, qui couvre Chamonix et Annecy. C’était la même tendance l’année dernière. Dans le détail, nous avons 10 % d’interventions supplémentaires en alpinisme et 30 % en moins en parapente. Là où on constate une évolution, c’est dans le nombre de décès. Seize personnes ont été tuées lors d’activités liées à la montagne [alpinisme, randonnée pédestre, parapente, escalade] contre dix l’an passé à la même période.

Comment peut-on interpréter ces données ?

C’est toujours difficile de tirer des conclusions. Cette année, les conditions en montagne n’ont pas été trop mauvaises pour grimper contrairement à l’année dernière. Et il n’y a pas eu, comme à d’autres endroits dans le massif, de morts liées à des chutes de pierres. Sur le territoire, les drames en alpinisme sont liés à des dévissages [le fait de chuter d’une paroi rocheuse] mais ne sont pas dus à des erreurs, à des fautes ou des imprudences manifestes. Certains professionnels font même partie des victimes. Ce qui prouve malheureusement que la montagne, ce n’est pas une sortie anodine et que l’accidentologie concerne tout le monde.

Quels sont les comportements à adopter pour éviter de se mettre en danger ?

L’alpinisme est une activité où on s’expose, où on est engagé dans un milieu hostile et pour laquelle il est difficile de maîtriser l’ensemble des paramètres puisque certains sont liés à la montagne, en plus de l’équipement et de notre forme physique. Avant de s’aventurer dans une course, il faut aller chercher des informations sur les conditions d’accès, de météo, sur les horaires. En plus d’aller sur Internet, il ne faut pas hésiter à contacter le bureau des guides, l’office de haute montagne ou les refuges, qui donneront les actualités en direct de la montagne. Ensuite, il faut se préparer avant de se lancer. Il est nécessaire d’avoir une bonne condition physique, d’avoir le matériel adéquat, en bon état, ainsi qu’un téléphone chargé avec les numéros enregistrés en cas de nécessité [comme le 112]. Il est vivement déconseillé de partir seul. Il ne faut, d’ailleurs, pas hésiter à demander à des professionnels de vous accompagner.

Avez-vous constaté une évolution concernant les activités liées à la montagne ces dernières années ?

Je suis dans les secours en montagne depuis trente ans et d’après moi, le dernier gros indicateur d’évolution a été le Covid-19. Nous ne sommes pas les seuls à le constater. Les unités de secours du massif central, des Vosges et du Jura, qui avaient une activité plutôt calme avant 2020, découvre également une explosion des sollicitations depuis la crise sanitaire liée à un pic d’intérêt. Une nouvelle population, en recherche de nature et de plein air, s’est tournée vers la montagne et des activités comme la randonnée pédestre mais n’a pas forcément les codes et habitudes des ''montagnards''. Avec les nouveaux outils d’informations, de nombreuses personnes ont envie de venir découvrir le territoire, parfois en allant un peu vite. Mais en montagne, ce n’est jamais une bonne idée de brûler les étapes. Donc, ce sont des gens qui peuvent être rapidement surpris par l’environnement et l’ensemble des difficultés qu’il génère. Ce sont notamment ces populations qu’il faut prévenir pour éviter les mises en danger inutiles.

D’une manière générale, plus il y a d’alpinistes, plus il y a de risques d’accidents. On a beau faire tous les messages de prévention, avec la densité de population qui vient en montagne, c’est imparable, même si ce n’est pas toujours une fatalité. La montagne est un formidable terrain de jeux mais ce n’est pas un stade de foot, elle a ses dangers. Il faut donc mettre toutes les chances de son côté pour profiter au mieux de ce milieu formidable.

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