Dans le Pas-de-Calais, les fans de tuning en panne de rassemblements

Passion Après un accident mortel survenu lors d’un « run », le préfet du Pas-de-Calais multiplie depuis deux ans les arrêtés interdisant aux fans de tuning de vivre leur passion sur la voie publique

Mikaël Libert
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Illustration d'un rassemblement de passionnés de tuning.
Illustration d'un rassemblement de passionnés de tuning. — Alexandr Romanchenk/NEWSCOM/SIPA
  • Il y a deux ans, un accident lors d’un « run » sauvage dans le Pas-de-Calais avait causé la mort d’un jeune homme de 19 ans.
  • Depuis, le préfet de département multiplie les arrêtés pour interdire les rassemblements de tuning dans plusieurs endroits du territoire.
  • Si les autorités affirment qu’il est possible d’organiser des événements dans les règles, dans les faits, cela semble compliqué.

Cela fait désormais plus de deux ans que la préfecture du Pas-de-Calais prend régulièrement des arrêtés visant à interdire les rassemblements de tuning sur la voie publique. La décision de bannir cette pratique de certains secteurs du département est totalement assumée par le représentant de l’Etat, lequel dénonce la multiplication des rassemblements sauvages dont un s’est terminé en drame. Victimes collatérales, les fans de tuning, et non de « runs », peinent à trouver des lieux pour les accueillir.

Le premier arrêté « visant à interdire tout rassemblement de personnes et de véhicules dont l’objectif est de réaliser des démonstrations de tuning et runing » a été pris en juin 2021 par le préfet du Pas-de-Calais. Pour autant, la reconduction systématique de cette interdiction est un peu plus récente et liée à un drame. Le jour anniversaire des vingt ans des attaques du 11-Septembre, un « run » sauvage avait été organisé dans la zone industrielle dite des « Portes du Nord », à Libercourt, non loin de Lens. Une course en ligne droite, illégale, au cours de laquelle un des participants avait perdu le contrôle de sa Mégan RS et percuté la foule de spectateurs. Le choc avait fait six blessés graves, et l’un d’eux, un jeune homme de 19 ans, n’avait pas survécu.

Haro sur ceux « qui font les cons sur les rassos »

Depuis, les autorités font en sorte « d’éviter que cette situation se reproduise » en interdisant tout simplement les rassemblements dans les deux arrondissements les plus problématiques : Lens et Béthune. En revanche, le représentant de l’Etat affirme ne viser que les événements non déclarés et, donc, illégaux. Annoncés sur les réseaux sociaux, mais pas autorisés pour autant, plusieurs « rassos » ont d’ailleurs été avortés par les forces de l’ordre. « Il convient de souligner que les sous-préfets de Béthune et Lens sont à la disposition des organisateurs pour pouvoir organiser des événements permettant de garantir la sécurité des spectateurs », affirme la préfecture à 20 Minutes. Et de donner l’exemple d’une « exposition de voitures » réalisée par des étudiants.

Dans les faits, les choses ne semblent pas être aussi simples. Ce n’est pas facile d’entrer en contact avec des personnes de ce milieu, surtout lorsque l’on est journaliste. Il existe une véritable méfiance, fondée ou non, notamment en raison de l’amalgame qui est souvent fait entre fans de tuning et adeptes des « runs ». C’est justement la hantise de David, un passionné de belles bagnoles habitant à Bruay-la-Buissière : « Nous, on organise des événements dans les règles et on demande aux participants de ne pas faire de ''runs'' ou de ''burns'' », assure-t-il. Pour lui, ce sont ceux « qui font les cons sur les rassos » qui donnent une mauvaise image de la discipline. « On devait faire un rassemblement Halloween à Bruay, en octobre 2021, mais il a été annulé », déplore David.

« Je connais des gens qui renoncent et mettent en vente leur voiture »

Si le préfet a bien précisé que les maires pouvaient autoriser la privatisation de la voirie pour organiser « des courses de vitesse respectant la légalité », les élus semblent néanmoins refroidis. A Calonne-Ricouart, près de Lens, la ville assure n’avoir accueilli aucun événement tuning depuis deux ans « en raison de l’arrêté préfectoral », mais aussi parce qu'elle n'avait pas été sollicitée. David le confirme, « c’est compliqué d’organiser un rassemblement dans le Pas-de-Calais ». Et autant dans le Nord manifestement. « Il y a beaucoup moins d’événements qu’avant, à ma connaissance, au moins une quarantaine ont été annulés », affirme Viannick, de Roubaix. Une passion compliquée à partager, à tel point que certains jettent l’éponge : « Il y a des hauts et des bas et je connais des gens qui renoncent et mettent en vente leur voiture », glisse-t-il.

Alors comment composer entre interdiction et passion ? Si certains s’affranchissent des règles, ce n’est pas forcément une bonne idée. « Parfois on improvise, on est bien obligés, reconnaît Viannick. Mais la police débarque pour nous faire arrêter à cause des gars qui font des ''runs'' ». « Tout ce qu’on veut, c’est que la préfecture nous donne un endroit pour faire nos rassemblements entre passionnés de voitures », demande David. C’est mal barré, d’autant que la préfecture a reconduit pour juillet et août, son fameux arrêté d’interdiction.