20 Minutes : Actualités et infos en direct
Hébergement d’urgenceDes femmes victimes de violences conjugales « remises à la rue »

Haute-Garonne : Des femmes victimes de violences conjugales « remises à la rue »

Hébergement d’urgenceLa préfecture de la Haute-Garonne a mis fin à l’hébergement à l’hôtel de 33 femmes victimes de violences conjugales. Une mesure dénoncée par des associations qui craignent qu’elles « se retrouvent à la rue »
Paris le 2 octobre 2012. Illustration femme battue. Violences conjugales.
Paris le 2 octobre 2012. Illustration femme battue. Violences conjugales. - A. GELEBART / 20 MINUTES
20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

L'essentiel

  • 33 femmes victimes de violences conjugales, qui étaient hébergées par l’Etat, ont été informées par la préfecture de la Haute-Garonne de la fin leur accueil sous huit jours.
  • Les associations de soutien aux victimes craignent soient remises à la rue ou soient contraintes de retourner vivre avec un conjoint violent.
  • Selon la Fédération des acteurs de la solidarité, cette décision de la préfecture s’inscrit dans une politique générale de limitation du nombre de nuitées hôtelières pour les personnes sans domicile, qui sont coûteuses pour l’Etat.

Des femmes victimes de violences conjugales sommées de quitter leur hébergement d’urgence par la préfecture de la Haute-Garonne ? « Depuis trois semaines, 33 femmes - certaines accompagnées d’enfants - ont été informées par les services de l’État de la fin de leur hébergement à l’hôtel, sans qu’aucune solution alternative ne leur soit proposée », ont assuré la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) d’Occitanie et la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF) dans un communiqué publié mardi.

« Sous huit jours, elles doivent quitter l’hôtel qu’elles occupaient depuis plusieurs mois », explique à l’AFP Anne-Claire Hochedel, déléguée régionale de la FAS. Les associations craignent que ces femmes soient contraintes de retourner vivre avec un conjoint violent, ou qu’elles soient soumises à d’autres violences, « notamment des violences sexuelles pour obtenir la possibilité d’être hébergées », souligne Françoise Brié, directrice générale de la FNSF.

La FNSF a lancé une enquête au sein de son réseau d’associations pour savoir si des fins de mise à l’abri avaient été constatées ailleurs en France. Brié précise avoir reçu deux autres « alertes » dans l’Essonne et en Vendée, sans savoir combien de femmes sont concernées.



Un dispositif d’accueil « saturé »

De son côté, la préfecture justifie la fin des prises en charge par leur durée « excédant un an », face à un dispositif d’accueil « saturé ». « La volonté du préfet est de préserver l’inconditionnalité de l’accueil, mais celui-ci doit faire l’objet d’un accompagnement social, permettant de réévaluer les situations et de trouver une issue à l’hébergement d’urgence », soutient-elle.

« Le dispositif vise un accueil en hébergement répondant à des situations d’urgence, voire d’extrême urgence, permettant à ces femmes d’être mises à l’abri sans délai et sans condition. En revanche, le dispositif ne permet en aucun cas l’accès direct à un logement, et si des prises en charge sur une trop longue durée en hébergement dédié à l’urgence ont pu avoir cours, cette durée de prise en charge doit demeurer l’exception », précise la préfecture de la Haute-Garonne dans un communiqué.

Une centaine de personnes, essentiellement des travailleuses sociales, se sont rassemblées à la mi-journée à Toulouse pour demander la réintégration des 33 femmes dans le dispositif d’hébergement d’urgence. Beaucoup refusent de s’exprimer en leur nom, par devoir de réserve pour celles qui travaillent dans des services de l’Etat ou par peur d’un impact sur leurs subventions pour celles qui sont en association.

« Un pas en arrière énorme »

« Quand les femmes ont assez de ressource et de force pour partir (du domicile conjugal), il faut une logistique derrière pour les accueillir, sinon notre travail ne sert à rien ! », s’indigne Anabelle Lhuaire, 52 ans, qui s’occupe de l’accueil de jour dans une structure pour les victimes de violences. « C’est un pas en arrière énorme, c’est très grave, surtout quand on voit le nombre de féminicides chaque année », dénonce Coline Auroy, coordinatrice au sein de l’association Espoir, qui héberge des personnes en situation d’exclusion.

Selon la déléguée régionale de la FAS, ces décisions de la préfecture s’inscrivent dans une politique générale de limitation du nombre de nuitées hôtelières pour les personnes sans domicile, qui sont coûteuses pour l’Etat.

Dans le budget 2023, le gouvernement avait initialement prévu de supprimer 14.000 places d’hébergement d’urgence, mais y avait renoncé après les protestations de maires et d’associations. L’Etat crée en parallèle des places pour les femmes victimes de violences, avec l’objectif d’en atteindre 11.000 dans l’année. La FNSF estime qu’il en faudrait 15.000.

Sujets liés