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EDUCATIONY aura-t-il un enseignant devant chaque classe à la rentrée ?

Rentrée scolaire 2023 : Y aura-t-il un enseignant devant chaque classe ?

EDUCATIONLes résultats des concours de recrutement sont tombés. La situation devrait être un peu moins tendue dans les établissements
Des élèves parisiens en juin 2023.
Des élèves parisiens en juin 2023. - Bertrand Guay / AFP
Delphine Bancaud

Delphine Bancaud

L'essentiel

  • L’an dernier, la crise des recrutements faisait rage dans l’Education nationale. Elle n’est pas endiguée, même s’il manque moins de profs à l’appel à l’issue des résultats des concours externes.
  • Dans le premier degré, 4 académies sont encore déficitaires. Et dans le second, plusieurs disciplines peinent toujours à susciter des vocations.
  • Ce qui va inciter le ministère de l’Education à poursuivre ses efforts pour améliorer l’attractivité du métier.

Va-t-on revivre le même stress que l’an dernier ? C’est la question que se posent les enseignants, les chefs d’établissements et les parents d'élèves. Car la rentrée 2022 avait été tendue en raison d’une aggravation de la crise des recrutements dans l’Education nationale, avec des taux de réussite aux concours historiquement bas. Une situation qui avait nécessité l’embauche de 4.500 nouveaux enseignants contractuels en express.

Pour l’heure, c’est avec plus d’optimisme que la Rue de Grenelle aborde la rentrée prochaine. « On la prépare dans un esprit de sérénité », a déclaré mercredi Boris Melmoux-Eude, directeur des ressources humaines du ministère de l'Éducation nationale, en s’appuyant sur les résultats définitifs des concours externes enseignants. Ils témoignent d’une petite amélioration de la situation par rapport à l’an dernier, notamment parce qu’il y a eu plus d’inscrits aux concours (+10 % aux concours externes de professeurs des écoles et +7 % aux concours externes du second degré, les CAPES).

Pas assez de professeurs des écoles recrutés dans 4 académies

Dans le premier degré, sur 30 académies, 26 auront tous leurs professeurs des écoles à la rentrée. Dans celles-ci, 84 % des postes proposés aux concours ont été pourvus (contre 78,2% l'an dernier). Et pour ceux qui ne l’étaient pas, on a fait appel aux 1.581 candidats inscrits sur liste complémentaire*. Le point noir demeure les 4 académies qui enregistrent un déficit de professeurs des écoles, car les concours n’ont pas fait le plein : il s’agit de la Guyane, de Créteil, de Versailles et, dans une moindre mesure, de Mayotte.

Le ministère a pourtant misé sur plusieurs leviers : outre le concours externe classique, il a organisé un concours supplémentaire pour Créteil et Versailles, puis un nouveau concours interne exceptionnel destiné aux contractuels (dont les résultats seront connus le 7 juillet) et le fameux troisième concours, destiné aux professionnels du privé et du monde associatif qui se reconvertissent. Mais cela n'a pas suffi. Pour ces académies, la Rue de Grenelle fera donc appel cette année encore à des contractuels, sans pouvoir nous en préciser le nombre pour l’instant, en l’attente des derniers résultats de concours.

Une situation contrastée dans le second degré

Pour le second degré, la situation s’améliore un peu par rapport à l’an dernier : 1.160 postes ne seront pas pourvus, contre 1.529 à la rentrée 2022. « On ne peut pas dire qu’il y ait une désaffection générale des concours du second degré », commente Boris Melmoux-Eude. Certaines disciplines comme l’histoire-géo, la philosophie, les sciences et vie de la terre, les arts plastiques et numérique et les sciences informatiques font un carton plein en pourvoyant tous leurs postes, quand d’autres disciplines peinent à recruter (les maths, l’allemand, les lettres classiques, l’anglais, la physique-chimie, l’éducation musicale, les lettres modernes et l’espagnol). Une situation qui suscite l’inquiétude de Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire : « Le nombre de postes non pourvus montre que la crise d’attractivité est structurelle et ne concerne pas juste l’année 2022, comme le disait le ministère l’an dernier. Cela montre aussi que les grands discours du ministre et les petits chiffres de la "revalorisation" n’ont pas imprimé dans l’opinion publique », estime-t-elle.

Là encore, les académies auront recours aux contractuels pour assurer certains cours en collège et en lycée, sans que l’on sache précisément combien. Pour être sûr d’en avoir assez, le ministère a décidé de prolonger pendant l’été les contrats de ceux qui ont travaillé cette année, afin de les fidéliser. Les académies se sont aussi dotées cette année de pôles de recrutement pour anticiper les embauches au maximum. Un effort pour mieux les former a également été fait, puisque le ministère prévoit 8 jours de formation en moyenne dans le premier degré et 7 dans le second degré, avant les prises de poste. Et une fois qu’ils commencent à exercer, ils bénéficient de 7 jours de formation en moyenne dans le premier degré et de 6 jours dans le second. Ils sont aussi accompagnés par un tuteur et ont droit à un suivi régulier d’un conseiller pédagogique ou d’un inspecteur. Insuffisant, disent les syndicats d’enseignants : « Au sujet de l’accompagnement, nous sommes quand même perplexes, car des collègues nous disent toujours avoir le sentiment d’être lâchés dans le grand bain avec une bouée percée », commente Sophie Vénétitay.



Améliorer les conditions de travail, un impératif

Ces données ne permettent pas encore d’affirmer mordicus qu’il y aura un enseignant devant chaque classe en septembre. Et elles montrent la nécessité, pour le ministère, de poursuivre sa politique d’attractivité, afin de susciter de nouvelles vocations. Pour cela, il a lancé en juin une campagne de communication intitulée « Un professeur, ça change la vie pour toute la vie », réalisée par Eric Tolédano et Olivier Nakache.

Il mise aussi sur le pacte, qui prévoit des hausses de rémunérations conditionnées à de nouvelles missions. Le dispositif sera lancé en septembre mais suscite déjà des levées de boucliers. « Au-delà de la question des salaires, celle des conditions de travail n’est toujours pas traitée. Il faut autre chose que des discours où le ministre nous dit qu’il nous aime ! », estime Sophie Vénétitay.

* Une liste complémentaire est composée des candidats dont la note est suffisante pour réussir le concours mais qui n’ont pas été admis, faute de places. Ces personnes peuvent donc être appelées pour pourvoir des postes dans d’autres académies que celles dans laquelle ils ont postulé.

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