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Ovni : Un enquêteur du Geipan vous explique ce que vous pouvez voir dans le ciel

premier contactLe Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés mène une centaine d’enquêtes chaque année en France
Dessin d'observation d'un phénomène de vision entoptique, signalé au Geipan.
Dessin d'observation d'un phénomène de vision entoptique, signalé au Geipan.  - Geipan/ Anne de Giry / Geipan/ Anne de Giry
Emilie Jehanno

Emilie Jehanno

L'essentiel

  • Pour la journée mondiale des Ovnis, ce 2 juillet, 20 Minutes vous emmène dans les étoiles.
  • Ou pas. Gilles Munsch, enquêteur au Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (Geipan), nous explique les principaux phénomènes observés. Et les raisons sont bien souvent terriennes.

Une lueur dans le ciel, un objet volant étrange ? Sur les réseaux sociaux, une vidéo peut vite faire le tour et être associée à des extraterrestres, comme “cet objet volant” vu au-dessus d’une ville du Mexique, le 25 juin. Il existe en France un service très sérieux qui se charge d’enquêter sur ces phénomènes aérospatiaux non identifiés (PAN). Pour la journée mondiale des ovnis, le 2 juillet, 20 Minutes vous raconte comment travaillent les enquêteurs du Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (Geipan). Et vous dévoile les principales explications de ces phénomènes étranges.

Passionné d’astronomie, Gilles Munsch est tombé dans la marmite de l’ufologie il y a quarante-cinq ans. Aujourd’hui, à 68 ans, l’ingénieur de formation, enseignant à la retraite, est enquêteur bénévole pour le Geipan depuis 2007. Ce service du Centre national d’études spatiales (Cnes), mis en lumière dans la série Ovni(s) en 2021, fonctionne avec quatre temps plein et une équipe d’une vingtaine d’enquêteurs bénévoles. Entre 600 et 700 sollicitations sont reçues chaque année. Pour une centaine, une enquête est ouverte.

Dossiers classés « D »

C’est alors qu’entre en scène Gilles Munsch ou un autre enquêteur, missionné par le Geipan. Ils peuvent aller aux quatre coins de la France pour essayer de trouver une explication à un phénomène observé. Une première enquête avec une analyse à distance est menée, à partir de sources disponibles en ligne.

Il s’agit de procéder avec méthodologie, en se basant sur les connaissances scientifiques actuelles et les phénomènes aérospatiaux connus. Les enquêteurs peuvent s’appuyer sur un collège d’experts et des interlocuteurs externes comme la gendarmerie nationale, l’armée de l’air, l’aviation civile, la Marine, Météo-France ou la communauté scientifique (CNRS, CEA, etc.). Au final, environ 3,5 % des dossiers ne trouvent pas d’éclaircissement et sont classés « D », cas encore ouvert après enquête.

« Ne pas reconnaître la Lune »

Une des principales sources d’explication, ce sont tout simplement les phénomènes astronomiques. « Ça peut paraître surprenant, mais les gens peuvent, en toute bonne foi, ne pas reconnaître la Lune, souligne Gilles Munsch, notamment quand ils sont dans un véhicule et qu’ils roulent », par exemple. Cela se produit aussi avec Vénus ou d’autres astres, planètes, étoiles, météores, comètes.

Comment les enquêteurs savent-ils qu’un témoin a vu Vénus ? « Pour l’astronomie, c’est presque le plus facile, explique Gilles Munsch, qui se souvient d’une époque où les calculs étaient effectués à la main. Maintenant, on a des logiciels d’astronomie qui nous permettent d’avoir des cartes du ciel, de trouver en quelques minutes la position des astres, n’importe quelle planète, étoile ou objet céleste. »


Et même des satellites, car beaucoup peuvent, en effet, créer des méprises, notamment les Starlink d’Elon Musk. Ces informations sont enregistrées par les agences spatiales, les radars. « Si le témoignage est suffisamment précis, avec une heure, des directions d’observation, la localisation du témoin, on ne met pas très longtemps à trouver la solution », assure l’enquêteur bénévole.

Cartes radars de l’armée de l’air

De nombreux phénomènes sont aussi aéronautiques, ce sont des engins qui volent, comme les avions civils ou militaires qui manœuvrent à basse altitude, des ULM, des montgolfières, des ballons à gaz, des ballons fantaisie, etc. « Ils se baladent dans l’air de façon plus ou moins contrôlée, plus ou moins officielle et ne sont pas forcément répertoriés », pointe Gilles Munsch. Là, les enquêteurs peuvent consulter Fly Radar pour essayer de retrouver la trajectoire d’un avion civil ou font appel à l’armée de l’air pour avoir accès aux cartes radars.

Et enfin, il y a des méprises avec des véhicules ou objets terrestres qui émettent une lumière puissante la nuit. Au rang des coupables : moissonneuses-batteuses dans un champ, voitures, camions, grues, projecteurs de boîtes de nuit, etc. « On essaie de voir tout ce que l’activité humaine a pu engendrer comme activité autour du témoin, » détaille-t-il. Cette activité peut être inhabituelle, mais les conditions météo peuvent jouer un rôle aussi dans ce qui a été observé. Les outils Géoportail ou Google Maps permettent de repérer ce qu’il y a dans l’environnement du témoin (industries, terrains sportifs ou d’aviation, champs d’exercice).

Un nouveau phénomène

En 2022, le Geipan a ajouté un nouveau phénomène à sa liste : la vision entoptique. Dans de rares cas, ce que le témoin perçoit comme faisant partie de la scène observée est en réalité des éléments internes de son œil, qui se superpose à la scène réelle. C’est Gilles Munsch qui a éludé ce mystère.

En août 2022, une artiste de la région parisienne signale un étrange phénomène au Geipan : à travers les jumelles qu'elle a hérité de son père, elle observe régulièrement des lumières bizarres dans le ciel. Elle en a rempli des carnets de dessin. Mais l’enquêteur en charge de son dossier ne parvient pas à trouver d’explication. C’est au cours d’une réunion avec ses collègues que Gilles Munsch rapproche ce cas d’un autre qu’il avait identifié en 1995, avant de rejoindre le Geipan.

« Le cerveau observe bien quelque chose de réel »

Deux enquêteurs sont retournés chez l’artiste un soir pour regarder avec elle ce qu’elle voyait. Ce qui a permis de confirmer l’hypothèse de Gilles Munsch de la vision entoptique. Le phénomène a été étudié à la fin du XIXᵉ siècle par des chercheurs en physiologie de l’œil, mais il reste peu connu.


Autre dessin d'observation d'un phénomène de vision entoptique.
Autre dessin d'observation d'un phénomène de vision entoptique. - Geipan/Anne de Giry

« Ce n’est pas une illusion d’optique, souligne Gilles Munsch. Le cerveau observe bien quelque chose de réel, mais qui se trouve dans les yeux. » Comment ça se produit ? Tous les cas en ufologie jusqu’à présent s’expliquent par des jumelles ou une lunette astronomique mal réglée. « L’instrument étant défocalisé, au lieu d’avoir des rayons qui arrivent parallèles à la direction d’observation, ces rayons lumineux vont partir dans toutes les directions et vont éclairer l’œil de façon divergente, détaille-t-il. C’est là que le phénomène se produit, on va pouvoir observer des ombres de différents éléments qui se trouvent dans l’œil », comme des défauts de la rétine, du cristallin, des corps flottants dans le vitré, etc.

Sur l’image observée, un faisceau d’ombre va apparaître que le cerveau n’est pas capable d’éliminer parce qu’il est surpris. Et ce faisceau va se superposer à la scène observée. C’est pour résoudre ces mystères scientifiques que Gilles Munsch se passionne pour l’ufologie, « sans idéologie ou idée préconçue sur ce que peut être un cas ». Fera-t-il un jour une rencontre du troisième type ? « Je n’ai jamais vu d’extraterrestres et je pense, je suis même certain, que je quitterai ce monde sans en avoir vu », s’amuse-t-il.

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