20 Minutes : Actualités et infos en direct
Violences urbainesA Nantes, les dégâts nocturnes ravivent le douloureux souvenir de 2018

Mort de Nahel : « C’est une cocotte-minute ici… » A Nantes, les dégâts nocturnes ravivent le souvenir de 2018

Violences urbainesA Nantes, les habitants ont découvert avec désolation les bâtiments et commerces incendiés dans la nuit de jeudi à vendredi. Des violences qui rappellent les émeutes qui avaient suivi la mort d’Aboubacar Fofana à Nantes en 2018
Une habitante désolée devant la mairie annexe du quartier Nantes-Nord, vendredi 30 juin 2023.
Une habitante désolée devant la mairie annexe du quartier Nantes-Nord, vendredi 30 juin 2023. - J.Urbach / 20 Minutes / 20 Minutes
Frédéric Brenon et Julie Urbach

Frédéric Brenon et Julie Urbach

L'essentiel

  • Dans la nuit de jeudi à vendredi, une mairie annexe, une agence postale, deux magasins, des voitures et un busway électrique ont été incendiés à Nantes. Des commerces ont aussi été pillés.
  • Ces violences ont eu lieu dans les quartiers populaires de la ville. Elles font suite à la colère exprimée un peu partout en France après la mort de Nahel à Nanterre.

«Je n’en reviens pas de voir ça. On est loin de Paris ici. Détruire un bus ne ramènera pas la vie à ce jeune. Tout le quartier a besoin des transports en commun. » Devant l’imposante carcasse d’un busway calcinée, au sud de Nantes, Nadia se dit « surprise » par l’ampleur des dégâts causés dans la ville dans la nuit de jeudi à vendredi. Relativement calmes les jours précédents, les quartiers populaires nantais se sont en effet embrasés dans le contexte de tensions nationales liées à la mort de Nahel à Nanterre. Le bilan est lourd : plusieurs véhicules et commerces détruits, de même qu’une mairie-annexe, une agence postale et un immeuble de services endommagé.

Le busway électrique ravagé par les flammes, quartier Clos-Toreau, au sud de Nantes.
Le busway électrique ravagé par les flammes, quartier Clos-Toreau, au sud de Nantes. - F. Brenon/20 Minutes

Des scènes qui ravivent le souvenir des violences urbaines de 2005 mais, surtout, celles qui avaient secoué Nantes pendant cinq jours en juillet 2018 à la suite de la mort du jeune Aboubacar Fofana, tué par un tir de police au volant d’un véhicule. « Ça recommence on dirait. Je sens que les prochaines nuits vont être difficiles », s’inquiète Selma. « La dernière fois [2018], ce ne sont que les quartiers comme le nôtre qui ont été touchés, il n’y a rien eu dans les quartiers riches. C’est lamentable. Après, ça prend des années pour reconstruire. »

« Au moins le quartier semblait se renouveler »

A l’est de Nantes, quartier Bottière, la désolation était peut-être encore plus forte. Les riverains ont découvert avec effarement ce qu’il reste du magasin Centrakor, dont le bâtiment tout neuf de 1.500 m2 avait été inauguré il y a à peine plus d’un an. Plusieurs dizaines de pompiers étaient encore à l’œuvre pour s’assurer que le feu, qui s’est déclenché vers 2h30 cette nuit, ne reprenne pas. Mais il n’y a plus rien à sauver : la boutique de décoration de ce quartier prioritaire, qui fait l’objet d’un projet de rénovation globale à 83 millions d’euros mené par la métropole, est totalement partie en fumée. « C’est désolant. Ce magasin était beau, au moins le quartier semblait un peu bouger, se renouveler, estime Fouad, un habitant. Franchement, c’est incompréhensible. » A 9 heures, l’une des neuf employées du magasin, qui n’était pas au courant de lincendie, est arrivée pour prendre son poste et n’a pu retenir ses larmes.


L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Dans le quartier Nantes-Nord, plusieurs carcasses de voiture étaient en cours d’évacuation, et l’odeur était encore bien présente ce vendredi matin. Le bâtiment et le toit de la mairie annexe ont été calcinés, portes et fenêtre semblent avoir été attaquées. « Je suis en colère pour plusieurs choses : la première, c’est que derrière les voitures qui ont été brûlées, cette mairie qui est inaccessible, il y a des gens qui travaillent et qui n’ont rien demandé. Mais en même temps, c’est une cocotte-minute ici, s’emporte une mère de deux grands enfants. Personne ne s’occupe de ces jeunes, ils traînent, il n’y a pas de travail. Que voulez-vous qu’ils fassent ? Moi je pense à déménager d’ici, il y en a marre que rien ne change. »

« Les jeunes, ils s’expriment par la violence »

Parmi les personnes venues constater les dégâts, un débat s’installe. « Pas besoin d’avoir une boule de cristal pour savoir qu’après la mort de ce jeune, il y allait avoir ce genre de réactions, pense Louisa. Nous, on peut aller faire des marches, mais les plus jeunes, qui n’ont pas connu 2005, ils s’expriment par la violence, et ça va recommencer, ce n’est pas fini, moi je vous le dis. La mairie, elle est un peu présente, mais l’Etat, il est où ? »

La maire de Nantes, Johanna Rolland, a dénoncé ce vendredi les violences et appelé à un retour au clame. « Je sais la colère, je sais le sentiment d’injustice qui s’exprime. Mais les violences ne résoudront rien. Elles nuisent d’abord aux habitants. Ce sont des équipements dont ils ont tant besoin qui ont été dégradés. Je pense d’abord à eux, aux habitants des quartiers populaires qui sont les premières victimes de cette situation. »

Neuf personnes ont été interpellées, dont huit mineurs, pour des faits de participation à un attroupement avec arme et dégradation par incendie, annonce le procureur de la République de Nantes. Le plus jeune des interpellés est âgé de 13 ans.

Sujets liés