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REPORTAGELa marche blanche pour Nahel partagée entre colère et dignité

Nahel tué à Nanterre : Entre dignité et colère, la marche blanche réclame justice

REPORTAGELa marche blanche en hommage au jeune homme tué par un policier pour « refus d’obtempérer » ce mardi a fini en heurts avec les forces de l’ordre
Des milliers de personnes ont participé à la marche blanche en hommage à Nahel, à Nanterre (Hauts-de-Seine) le 29 juin 2023.
Des milliers de personnes ont participé à la marche blanche en hommage à Nahel, à Nanterre (Hauts-de-Seine) le 29 juin 2023. - R.Le Dourneuf/20 Minutes / 20 Minutes
Romarik Le Dourneuf

Romarik Le Dourneuf

L'essentiel

  • Une marche en hommage au jeune Nahel, 17 ans, tué par un agent de police ce mardi 27 juin, pour un « refus d’obtempérer », s’est déroulée à Nanterre, ce jeudi.
  • Le mot d’ordre de celle-ci était de respecter et accompagner Mounia, la mère de l’adolescent, et surtout d’éviter les heurts et affrontements avec les forces de l’ordre.
  • Les manifestants demandent que la justice soit faite après la mort de Nahel, mais aussi une réforme de la police et la démission du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

Le changement de lieu, annoncé à la dernière minute, n’a pas entravé les bonnes volontés. Initialement prévue devant la préfecture des Hauts-de-Seine, à Nanterre, la marche blanche en hommage à Nahel, tué par un agent de police ce mardi, s’est élancée finalement depuis l’avenue Pablo-Picasso, dans le quartier où vivait le jeune homme de 17 ans. Le mot était visiblement passé et trente minutes avant le rassemblement, une véritable procession traversait déjà le parc André-Malraux, en silence, à la manière d’un cortège funèbre, pour se rendre au lieu de rendez-vous.

Cette ambiance solennelle colle au mot d’ordre des organisateurs sur place : « Ne l’oubliez pas, on est là pour rendre hommage à Nahel et pour soutenir sa mère. Ce n’est pas une manifestation. On reste dignes », lance une des protagonistes de la marche. Les heurts qui ont eu lieu dans le quartier les deux nuits précédentes sont dans toutes les têtes.



« On n’est pas des sauvages, ils n’attendent que ça »

Pourtant, à peine les applaudissements d’agréments lancés, un homme s’en prend aux médiateurs de la ville, présents pour aider à la bonne marche du mouvement. « On ne vous voit jamais, et c’est maintenant que vous débarquez. » Il est vite rabroué par ses cibles et par des organisateurs qui lui expliquent que ce n’est pas le moment pour ce genre de revendications.

Les bases sont posées et la très grande majorité des participants semble y adhérer. Les amis, proches ou amis d’amis de la famille sont sollicités pour porter le t-shirt blanc « Justice pour Nahel - 27/06/2023 ». La consigne passe, il faut calmer les ardeurs de ceux qui voudraient enflammer l’événement. Ils sont très peu, mais quelques-uns lancent des slogans plus vindicatifs. Ils sont rappelés à l’ordre dans la seconde. « Ce n’est pas le moment de faire n’importe quoi. On doit montrer qu’on n’est pas des sauvages, ils n’attendent que ça », justifie un membre du service d’ordre.

Colère froide

À l’arrivée de Mounia, la mère de Nahel, les regards se font tendres, quelques applaudissements surgissent. Elle est très vite amenée sur le camion qui servira de proue au cortège pour éviter d’être en contact avec les journalistes. Ces derniers, venus en nombre, sont regardés d’un mauvais œil. « Vous voulez juste la faire pleurer », explique Ayda, en regardant les caméras et les micros qui se pressent.

Plus encore, la jeune femme témoigne du ressentiment des participants envers la presse : « Vous jouez le jeu de la police. Le petit, il a fait quelques bêtises, comme beaucoup d’autres. Il n’a pas de casier judiciaire, mais vous précisez quand même qu’il est connu de la police, comme si c’était un criminel. » Marchant à ses côtés, Sabri ajoute : « Ici, tout le monde est connu de la police. Ils interpellent à tour de bras, même quand il ne se passe rien. Mais en disant ça, vous le faites passer pour [Pablo] Escobar. »


Les participants à la marche pour Nahel demandent justice après la mort du jeune homme pour "refus d'obtempérer", à Nanterre le 29 juin 2023.
Les participants à la marche pour Nahel demandent justice après la mort du jeune homme pour "refus d'obtempérer", à Nanterre le 29 juin 2023. - R.Le Dourneuf/20 Minutes

Sabri, à l’image de la procession, reste digne, respectueux de l’instant, mais il peine à dissimuler une colère froide. Une colère qui ne demande qu’à se réchauffer et à jaillir selon Baky. Maillot du Real Madrid sur le dos, il lève le poing et crie avec la foule le slogan : « Pas de justice, pas de paix. » Cet habitant de La Garenne-Colombes ne connaissait pas Nahel, mais il connaît bien le problème : « Ce qui lui est arrivé, ça peut arriver à n’importe qui. Là encore, il y a une vidéo. Mais c’est un truc qui se passe tout le temps. Ça ne se finit pas forcément par une mort. Mais les policiers mentent sans arrêt. Ils te mettent en garde à vue, ils te mettent des amendes. Même sans raison et c’est ta voix contre la leur. je vais avoir un enfant, je ne veux pas qu’il se retrouve orphelin comme ça. Ou que ça lui arrive à lui. »

Éviter la confrontation avec les forces de l’ordre

Au moment où Baky prononce ces paroles, une dizaine de jeunes se mettent à courir en amont de la marche avec des sacs-poubelle dans les mains. Plusieurs scooters les suivent. L’inquiétude des participants est vite apaisée en voyant ces mêmes jeunes déployer une banderole sur le terre-plein de la place des droits de l’Homme, à quelques dizaines de mètres de la préfecture.

En arrivant sur la place, l’esprit de certains marcheurs s’échauffe. Une des voies est bloquée par des cars de police devant lesquels le cortège va devoir passer. Certains jeunes courent vers eux, provoqués par leur présence. Deux bouteilles d’eau volent en direction des policiers. Mais sans attendre des adultes se ruent pour former une chaîne humaine devant les forces de l’ordre et éviter la confrontation. « Les petits foutent déjà le feu la nuit, on n’a pas besoin de ça », justifie l’un des hommes qui fait barrage.

Alors qu’ils repoussent les participants vers le droit chemin de la marche, un homme équipé d’un passe-montagne et d’une casquette réussit à passer le barrage et tente de lancer les hostilités, provoquant la furie de certains membres du service d’ordre qui le démasquent et le vilipendent : « Tu veux juste foutre la merde ? Tu veux nous décrédibiliser ! T’es pas d’ici, qu’est-ce que tu fais là ? » Certains participants parlent d’un néonazi venu enflammer le moment. Évacué manu militari par le service d’ordre, on ne saura pas qui il était.

La police de proximité regrettée

« Ça doit être un des Zemmour », déplore Sarah qui a en tête la déclaration de l’ancien candidat à la présidentielle qui a parlé « d’enclaves étrangères » pour qualifier les quartiers comme celui de Pablo-Picasso à Nanterre. « Ces gamins sont déjà mis à l’écart. Parce qu’ils sont d’origine étrangère, parce qu’ils vivent ici, parce qu’ils vivent le racisme et le chômage. Ils ont besoin d’être inclus, pas qu’on les traite comme ça. »

La cinquantaine, cette habitante a connu la police de proximité : « C’est ça qu’il nous faut. Des gens qui connaissent le quartier, les gens… Qui font tampon avec le reste de la République pour faire le lien. Mais pour ça, il faut une démission de Darmanin et une grande réforme de la police. » Selon Sarah, les policiers aujourd’hui en faction dans le quartier sont « hostiles » et viennent « comme ils iraient à la chasse ».

La marche finit en confrontation avec la police

De quoi faire naître une tension qu’un drame comme celui qui est arrivé à Nahel transforme en fracture. Arrivé devant la préfecture, le cortège entame chants et revendications. Quelques secondes seulement après, des grenades lacrymogènes sont lancées depuis l’autre côté des grilles de la préfecture par les forces de l’ordre. Les prémices une nouvelle soirée agitée dans les Hauts-de-Seine et ailleurs ?

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