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étudeLa ségrégation socio-économique au travail s’accentue depuis trente ans

La ségrégation socio-économique au travail s’accentue depuis trente ans

étudeUne étude, présentée mercredi à Sciences Po, met en évidence « une élite salariale de plus en plus concentrée et séparée des salariés de la moitié inférieure de la hiérarchie salariale ».
Ce phénomène «d'accroissement de l'entre-soi des salariés les mieux payés est particulièrement prononcé en France mais se rencontre  dans l'ensemble des pays étudiés», selon l'étude
Ce phénomène «d'accroissement de l'entre-soi des salariés les mieux payés est particulièrement prononcé en France mais se rencontre dans l'ensemble des pays étudiés», selon l'étude - Life-Of-Pix / Pixabay / Newsgene
20 Minutes avec AFP

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La ségrégation socio-économique au travail s’est accentuée depuis trente ans, du fait de la désindustrialisation et des restructurations, selon une étude menée en France et dans 11 autres économies avancées, qui s’inquiète des conséquences sur la cohésion sociale. Cette étude, qui sera présentée mercredi à Paris à Sciences Po lors d’un colloque « que sait-on du travail ? », met en évidence « une élite salariale de plus en plus concentrée et séparée des salariés de la moitié inférieure de la hiérarchie salariale ».

« En 1993, les membres du dixième supérieur des salaires en France travaillaient dans des établissements où 27 % de leurs collègues faisaient aussi partie du même groupe salarial (…) En 2019, ce taux atteint 36,5 % », écrit Olivier Godechot, directeur de recherche au CNRS et coordonnateur de cette étude. Inversement, alors qu’en 1993 en France, « les membres du top 10 % comptaient parmi leurs collègues d’établissement 26 % de salariés de la moitié inférieure nationale », ce taux a diminué à 16,5 % en 2019.

Un phénomène constaté « dans l’ensemble des pays étudiés »

Ce phénomène « d’accroissement de l’entre-soi des salariés les mieux payés est particulièrement prononcé en France mais se rencontre dans l’ensemble des pays étudiés » (Pays-Bas, Allemagne, Espagne, Suède, Danemark, Norvège, Corée du Sud, Japon, République tchèque, Hongrie et Canada). Olivier Godechot l’explique « par trois grands facteurs fortement intriqués : la désindustrialisation, le processus de restructuration des entreprises et la digitalisation ».

« Les établissements industriels pouvaient réunir des niveaux très différents de la hiérarchie salariale, que ce soit des ouvriers, des employés, des ingénieurs, des cadres. Le fort déclin de l’emploi industriel et son remplacement par les services, plus polarisés entre services à haute valeur ajoutée comme la finance et services à faible valeur ajoutée comme la restauration, contribuent donc au processus de ségrégation », souligne-t-il.

La « cohésion sociale » possiblement affectée

« La désindustrialisation n’est pas seulement un phénomène de déclin numérique de l’emploi industriel, mais aussi une transformation profonde de son organisation, avec l’automatisation de nombreuses tâches et fonctions et le recours accru à l’externalisation, la sous-traitance ou la délocalisation », ajoute-t-il.

Par ces restructurations, « les entreprises se débarrassent prioritairement des salariés du bas de la hiérarchie qui continuent à travailler de manière invisible pour le haut depuis des établissements différents et par l’entremise complexe de chaînes d’entreprises sous-traitantes et de prestataires externalisés ». « Au vu de l’importance du travail comme sphère de socialisation, on peut craindre que cette tendance à la ségrégation n’affecte la cohésion sociale », conclut Olivier Godechot, selon qui « la méconnaissance des salariés du bas de la hiérarchie risque d’être redoublée »

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