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Mémoire d’éléphantAveugle, il mémorise les cartes pour continuer à jouer au bridge

Aveugle, il mémorise les cartes pour continuer à jouer au bridge

Mémoire d’éléphantPassionné de bridge depuis une dizaine d’années, Jérôme Claessens, un Belge de 36 ans, a perdu la vue à cause d’une maladie dégénérative. Pas de quoi le priver de sa passion
Aveugle, il mémorise les cartes pour continuer à jouer au bridge
Thibaut Gagnepain

Thibaut Gagnepain

L'essentiel

  • Jérôme Claessens, 36 ans et natif de Bruxelles n’est pas un joueur de bridge comme les autres. Lui est aveugle et doit s’adapter pour continuer à vivre sa passion.
  • Il utilise des cartes en braille et ses adversaires doivent lui dire ce qu’ils jouent.
  • Pas simple car il doit retenir de nombreuses cartes ! « Le bridge, c’est fantastique, clame-t-il. Ça ne s’arrête jamais et on progresse tout le temps. »

«Il y a Levoy et celui qui ne le voie pas ! » Derrière ses lunettes noires, Jérôme Claessens ne manque pas d’humour. Victime d’une maladie dégénérative de la rétine qui l’a peu à peu rendu aveugle, le natif de Bruxelles (Belgique) aurait pu choisir de s’apitoyer sur son sort. Ce n’est pas son genre. A 36 ans, il préfère sourire de son handicap. D’autant que celui-ci ne le prive pas de sa grande passion, le bridge.

« J’ai découvert ce jeu avec mon père il y a une dizaine d’années », rembobine-t-il. « J’ai tout de suite bien aimé et je voulais aller plus loin, donc je n’ai pas lâché. » Peu importe qu’il ne voie plus les cartes. « Je les devinais en tout petit au début, donc j’ai pu jouer avec un jeu normal. Mais très vite, je suis passé aux gros caractères mais ça embêtait tout le monde car on ne voyait plus les symboles. » Au point que l’intéressé à même « été exclu d’un tournoi ».

Depuis, il apporte donc ses cartes en braille, sans que cela ne gêne personne. « A la limite, on ne voit quasiment pas la différence. Certains joueurs me disent juste parfois qu’elles sont sales ! », rigole Jérôme Claessens, qui doit en revanche faire travailler sa mémoire pour continuer à jouer.

Travail de mémoire

Car même si les autres joueurs ont l’obligation d’annoncer à voix haute les cartes abattues sur le plateau, ils ne se répètent pas ensuite. Quand eux peuvent les voir, lui doit donc les retenir. Ainsi que « le mort », soit tout le jeu de son partenaire quand c’est lui qui a remporté les enchères… « C’est épuisant », avoue le bridgeur, là non plus sans se plaindre. Ce monde lui plaît trop, lui qui vogue de tournoi en tournoi, surtout en France et en Belgique.

A chaque fois, une table légèrement à l’écart des autres lui est assignée, de façon à ce que le bruit inhabituel des annonces ne trouble pas les joueurs. Souvent, Jérôme Claessens se déplace aussi avec son jeune chien, « Esprit ». Pas ces deux dernières semaines à Strasbourg, à l’Open européen transnational. Où le Belge s’est hissé très loin, par paires, non par équipes.

« Le bridge, c’est fantastique, clame-t-il. Ça ne s’arrête jamais et on progresse tout le temps. » Peu importe son handicap.

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