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MobilisationMarseille peine à créer « le rapport de force » face aux règlements de compte

Face aux règlements de compte, Marseille se mobilise mais sans créer « le rapport de force pour changer les choses »

MobilisationTribunes et marches de protestation contre les règlements de comptes se multiplient à Marseille depuis plusieurs mois, tranchant avec la certaine apathie qui a entouré ces assassinats ces dernières années
Des policiers sur la scène d'un assassinat lié au trafic de stupéfiants à Marseille en 2023
Des policiers sur la scène d'un assassinat lié au trafic de stupéfiants à Marseille en 2023 - Frederic MUNSCH / SIPA
Mathilde Ceilles

Mathilde Ceilles

L'essentiel

  • Ce mardi, une nouvelle tribune a été publiée dans Mediapart, cosignée par une quinzaine de collectifs et 213 hommes politiques, contre les règlements de comptes liés au trafic de stupéfiants à Marseille.
  • Cette tribune s’inscrit à la veille d’une nouvelle marche contre ce fléau, dans un contexte où les prises de parole symboliques se multiplient.
  • Un phénomène nouveau dans une ville où les fusillades mortelles étaient jusqu’ici accueillies dans un silence plutôt apathique.

La quatrième en quelques jours, depuis la triple fusillade survenue en une nuit en avril dernier qui a fait quatre morts, dont deux adolescents, à Marseille. Ce week-end, le collectif des familles organise dans le centre-ville une marche, pour dire sa colère contre les assassinats liés au trafic de stupéfiants dans la deuxième ville de France. Une marche similaire a rassemblé le week-end dernier une centaine de personnes. Au même moment, une tribune était publiée dans La Marseillaise. Ce mardi, une autre tribune contre est parue, cette fois dans Mediapart, signée par une quinzaine de collectifs et 213 hommes politiques, comme le maire de Marseille Benoît Payan, mais aussi Fabien Roussel, Olivier Faure ou encore Sandrine Rousseau.

Depuis peu, dans une ville gangrenée par les guerres de territoire sur fond de trafic de stupéfiants, il semble se passer quelque chose de nouveau. L’impression que le silence, pour ne pas dire la chape de plomb, qui entourait ces assassinats, n’est plus de mise. Là où, hier, les règlements de comptes étaient comptabilisés par les médias sans susciter de grandes réactions localement, notamment parmi les premiers concernés, proches des victimes et autres habitants des cités visées, les prises de paroles et les actions symboliques se multiplient depuis cette fameuse fusillade.

« Ça devient atroce »

« Il se produit effectivement quelque chose à Marseille, confirme Amine Kesaci, président de l’association Conscience qui a organisé la marche du week-end dernier. Il y a un certain ras-le-bol. Avant, personne n’osait parler. Il y avait une certaine peur des représailles. La drogue était aussi une question taboue dans les cités, on ne va pas se cacher. Mais la violence a pris une telle envergure à Marseille. Maintenant, ça peut tirer en pleine journée, n’importe où, n’importe quand. Récemment, une maman a été assassinée sous les yeux de sa fille ! Ça devient atroce ! »

« A la douleur insurmontable de leur perte s’entremêle une colère furieuse, celle de voir inlassablement se répéter ces tueries dans l’apathie de tous, peut-on lire dans la tribune publiée par Mediapart ce mardi. L’année 2023 ayant atteint un degré de violence folle et aveugle. » « Aujourd’hui, des mamans qui ont perdu leurs enfants se mobilisent, note Hassen Hammou, fondateur du collectif Trop jeune pour mourir, pionnier en la matière. On a aussi des députés qui viennent de ces quartiers, et des jeunes responsables associatifs, une nouvelle génération qui refusent leur destin. Aujourd’hui, il y a le feu, donc tout le monde se réveille. Les jeunes tirent n’importe où. C’est très compliqué. Les méthodes ont changé, les gens veulent partir des quartiers. Ils n’ont plus confiance en la sécurité là-bas. »

« Il faut du concret »

Des initiatives symboliques qui présentent toutefois de véritables limites, pour ces deux responsables associatifs très engagés sur le terrain de la lutte contre les règlements de comptes. Déjà, parce que le nombre de participants à ces actions demeure limité, pour ne pas dire minoritaires, à l’échelle de la deuxième ville de France. « Non, cette mobilisation ne peut pas changer les choses tant qu’on n’a pas créé le rapport de force pour, regrette Amine Kesaci. Quand on aura 200.000 personnes dans les rues lors des manifestations, on pourra créer ce rapport de force, avoir une mobilisation qui peut réussir à convaincre de faire changer les choses. »

« Des marches, on a dû en faire des centaines, soupire Hassen Hammou. Des tribunes aussi. A un moment donné, il faut du concret, et passer à l’étape supérieure. Il faut maintenant une véritable politique. » Le responsable associatif porte depuis plusieurs semaines le projet d’une commission d’enquête parlementaire sur le sujet.

Ce lundi, au micro de France Bleu Provence, le député LFI des quartiers Nord Sébastien Delogu a annoncé son intention de demander cette enquête parlementaire. Depuis le début de l’année, 23 personnes sont décédées dans des fusillades liées au trafic de drogue à Marseille.

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