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Jeu intelligent« On préfère le bridge aux maths »… Pourquoi le bridge a la cote à l’école

« On préfère le bridge aux maths »… Pourquoi le bridge a la cote à l’école

Jeu intelligentDepuis 2012, l’Éducation nationale reconnaît le bridge comme un outil d’apprentissage. De quoi changer quelques heures de cours à certains élèves, souvent conquis…
Quatre collégiennes jouent au bridge, sous l’œil de leur professeur de maths (à droite) et de Charles Torossian (à gauche).
Quatre collégiennes jouent au bridge, sous l’œil de leur professeur de maths (à droite) et de Charles Torossian (à gauche). - T. Gagnepain / 20 Minutes / 20 Minutes
Thibaut Gagnepain

Thibaut Gagnepain

L'essentiel

  • Le bridge à l’école, c’est possible. Depuis 2012, l’Education nationale autorise ses enseignants à faire découvrir ce jeu aux élèves. Le ministère considère que ce jeu « constitue un complément légitime et pertinent aux activités éducatives proposées par l’école ».
  • A côté de Strasbourg, un professeur de maths s’est lancé. « J’ai tenté le pari, car je trouvais génial l’idée de voir les élèves collaborer. En plus, ils doivent s’écouter, respecter des règles, communiquer, être attentifs à ce qu’il se passe… C’est un pas de côté où ils travaillent des compétences de manière ludique. Ça les sort de la routine et ils adorent ça ! », explique-t-il.
  • Et qu’en disent les élèves ? Quels sont les réels apports du bridge dans l’enseignement ?

Près de 90 élèves de classes de 3e et 5e qui jouent aux cartes dans la même pièce et dans un silence presque parfait… La scène a de quoi faire rêver de nombreux enseignants. Elle est bien réelle et a duré pendant près de trois heures, jeudi matin, à Strasbourg.

En marge de l’Open européen transnational de bridge, une petite centaine d’enfants issus du collège Rouget-de-L’Isle de Schiltigheim avait été invitée à un tournoi de mini-bridge. Ils ne partaient pas de zéro avant d’arriver au Parc des Expositions de la capitale alsacienne : tous avaient déjà découvert cette discipline… en classe.

Depuis 2012 et la signature d’une convention-cadre entre l’Education nationale et la Fédération française de Bridge (FFB), c’est possible. Le ministère considère que ce jeu « constitue un complément légitime et pertinent aux activités éducatives proposées par l’école » et laisse donc à ses enseignants la possibilité de le faire découvrir.

Idrich Akhoun fait partie de ceux-ci. Ce professeur de maths au sein de l’établissement schilickois s’est lancé un peu par hasard « en début d’année ». « Je n’y jouais pas du tout, mais je suis allé sur Eduscol, où on trouve des ressources pour nous aider, et le bridge était proposé. J’ai tenté le pari car je trouvais génial l’idée de voir les élèves collaborer. En plus, ils doivent s’écouter, respecter des règles, communiquer, être attentifs à ce qu’il se passe… C’est un pas de côté où ils travaillent des compétences de manière ludique. Ça les sort de la routine et ils adorent ça ! »

« Ça fait réfléchir »

Vraiment ? Pas tous. « Non je n’aime pas, je ne vois pas pourquoi on fait ça », peste Aférie. En face d’elle, sa binôme Mathilde est plus mesurée. « Je préfère le rami, mais ça change des maths. » Un point sur lequel leurs adversaires, Charlotte et Violette, sont d’accord. « C’est sympa d’être en duo et de jouer », dit la première. « On utilise des stratégies, ça fait réfléchir », ajoute la deuxième.

A la table d’à-côté, deux garçons se réjouissent, eux, de rater des heures de cours plus traditionnelles. « On préfère le bridge aux maths, c’est sûr », rigolent-ils, sans forcément cerner les intérêts de cette nouvelle pratique. Ils sont pourtant multiples, à en croire Michel Gouy, ancien inspecteur de mathématiques désormais reconverti comme formateur d’enseignants auprès de la FFB.

« C’est un jeu qui permet vraiment d’appliquer et de mettre en œuvre tout ce qu’on apprend », résume-t-il. « Au bridge, on compte, on analyse, on anticipe, on fait attention à son partenaire… Il y a énormément d’informations à intégrer. La règle est simple mais avec des possibilités de jeu immenses. Au niveau des sports de l’esprit, c’est de loin le jeu le plus complet. C’est un outil pédagogique reconnu dans le plan mathématique. »

Le recteur de l'Académie de Strasbourg, Oliver Faron, à une table de bridge avec des élèves.
Le recteur de l'Académie de Strasbourg, Oliver Faron, à une table de bridge avec des élèves. - T. Gagnepain / 20 Minutes

Charles Torossian ne dira pas le contraire. En 2017, il avait piloté avec Cédric Villani la mission la mission sur l’enseignement des mathématiques, avant de remettre leur rapport au ministre d’alors, Jean-Michel Blanquer. « Oui, le bridge était cité, mais il n’y avait pas que ça. Il faisait partie du chapitre sur les jeux », sourit le directeur de l’Institut des hautes études de l’éducation et de la formation (IH2EF). « Après, on retrouve toutes les compétences sociocomportementales recherchées ici : concentration, attention, consolidation… Là, ça fait trois heures que les élèves résolvent des problèmes sur leur table dans le calme. C’est juste exceptionnel à cet âge-là ! »

« Un enjeu de trouver d’autres voies pour apprendre »

A en croire les animateurs de la FFB, tous les groupes initiés se comportent de la même manière. De quoi encourager d’autres enseignants à se lancer dans l’aventure ? « J’ai essayé d’en parler à mes collègues, mais ça ne les branche pas », indique Idrich Akhoun. « Cet enseignant porte un projet et d’autres se sont engagés ailleurs. Il est important que cela se fasse sur la base d’un engagement et que les énergies puissent s’exprimer », complète son recteur d’Académie, Oliver Faron.

Ce qui ne l’empêche pas, lui aussi, de voir de nombreux atouts au bridge. « Il a deux vertus principales. La première car ça met l’accent sur un jeu-sport qui permet d’apprendre et d’acquérir des compétences mathématiques. Et la deuxième car il vient renforcer le bien-être de nos jeunes. C’est une dimension importante pour nous aujourd’hui, tout comme c’est un enjeu de trouver d’autres voies pour apprendre. »

En France actuellement, environ 10.000 élèves seraient déjà initiés au bridge selon les estimations de la FFB. Un total qui ne cesse d’augmenter.

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