Pyramide de Ponzi : Trois mises en examen dans l’enquête sur une arnaque géante entre la Côte d’Azur et les Etats-Unis

INFO « 20 MINUTES » Trois personnes qui auraient servi d’intermédiaires pour l’achat de maisons à Détroit, ont été mises en examen pour « escroquerie en bande organisée ». Jusqu’à 50 millions d’euros auraient été détournés. Les victimes sont appelées à se manifester

Fabien Binacchi
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Le Cannois Guillaume Flachon-Fouga a créé une association et appelle les victimes à se manifester en vue d'un éventuel procès qui leur permettrait d'obtenir réparation
Le Cannois Guillaume Flachon-Fouga a créé une association et appelle les victimes à se manifester en vue d'un éventuel procès qui leur permettrait d'obtenir réparation — ANP / 20 Minutes
  • Alors qu’ils pensaient investir dans les milliers de maisons laissées à l’abandon après la crise des subprimes à Détroit (Etats-Unis), plusieurs centaines de Français, essentiellement localisés sur la Côte d’Azur, auraient en fait alimenté à leur insu une vaste arnaque basée sur le principe de la pyramide de Ponzi.
  • Le courtier qui proposait les (faux) biens à la vente, un Français expatrié aux Etats-Unis, fait l’objet d’un mandat d’arrêt international et trois responsables de l’entreprise azuréenne Antom patrimoine, qui aurait servi d’intermédiaire, ont été mises en examen pour « escroquerie en bande organisée » notamment.
  • Le président de la société en question a même été placé en détention provisoire, a appris 20 Minutes de sources concordantes.

Plusieurs centaines de Français, essentiellement localisés sur la Côte d’Azur, auraient été floués dans cette affaire. Alors qu’ils pensaient investir dans les milliers de maisons laissées à l’abandon après la crise des subprimes à Détroit (Etats-Unis), ces particuliers auraient en fait alimenté à leur insu une vaste arnaque. Basée sur le principe de la pyramide de Ponzi : une victime croit acheter un bien et elle reçoit des loyers qui sont en fait financés par le recrutement d’un deuxième acquéreur. Au total, entre 40 et 50 millions d’euros auraient pu ainsi être détournés avant l’effondrement du système, fin 2019. Saisi alors par plusieurs plaignants, le parquet de Grasse, qui ouvrait une enquête préliminaire pour « escroquerie » et « abus de confiance », s’est finalement dessaisi. Depuis un an et demi, ce sont les fins limiers de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille qui sont à la manœuvre. Et les choses ont pu s’accélérer ces derniers mois.

Les parties prenantes, qui se renvoient la balle, sont dans le viseur de la justice. Le courtier qui proposait les (faux) biens à la vente, un Français expatrié aux Etats-Unis et depuis introuvable, fait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Et trois autres personnes, les responsables de l’entreprise azuréenne Antom patrimoine, qui aurait servi d’intermédiaire en proposant ces investissements, ont été mises en examen pour « escroquerie en bande organisée » notamment. Le président de la société en question a même été placé en détention provisoire, a appris 20 Minutes de sources concordantes. Contacté, son avocat Me Christophe Rosa n’a pas souhaité faire de commentaires. « Il y a une enquête pénale en cours. Il n’y aura donc aucune réaction pour le moment », a-t-il simplement déclaré.

« Certains disent qu’on ne reverra jamais notre argent »

La nouvelle est en tout cas très bien accueillie par les plaignants, plus de trois ans après le lancement de la première enquête. « Les victimes de cette escroquerie internationale vivent l’évolution considérable de cette procédure avec un immense soulagement, la plupart d’entre elles ayant perdu le fruit de toute une vie de travail », a réagi Me Xavier Nogueras, qui représente plusieurs de ces particuliers lésés. Et l’avocat d’indiquer à 20 Minutes : « Nous espérons que l’enquête parviendra à établir les responsabilités pénales des nombreuses personnes qui ont contribué à la ruine de nos clients. »

Car seuls un procès et des condamnations pourraient leur permettre de récupérer les sommes investies. Ou au moins une partie, via le Service d’aide au recouvrement des victimes d’infractions (Sarvi) du Fonds de garantie des victimes. « Avec ma compagne, nous avions placé 60.000 euros chacun. Dans l’espoir de pouvoir nous constituer un apport pour l’achat d’une maison. Aujourd’hui, notre projet n’est plus possible », confie Guillaume Flachon-Fouga, 43 ans, qui a fondé l’Association de victimes (ADV) Détroit immobilier (advdetroitimmo@outlook.fr) et les appelle d’ailleurs à se manifester.

« Il est important qu’elles se rapprochent de nous, appuie-t-il. Actuellement, il n’y a qu’une soixantaine de plaintes alors qu’il y aurait jusqu’à 400 personnes concernées. Certains disent qu’on ne reverra jamais notre argent. Qu’il faut laisser tomber. Moi, j’y crois et c’est ensemble qu’on sera plus fort. »

L’investissement avait l’air sans risque

Ce Cannois et sa conjointe auraient été parmi les derniers à être « recrutés » dans cette mécanique infernale, juste avant que la société azuréenne, alors soupçonnée de malversations, ne se mette en liquidation judiciaire. « Je l’ai connue grâce à un ami qui avait déjà fait des placements via d’autres opérations qu’elle proposait. En novembre ou peut-être en décembre 2019, j’ai participé à une réunion qu’Antom Patrimoine organisait en grande pompe dans un Resort de Sophia-Antipolis. Tout avait l’air carré », raconte-t-il.

Sur place, l’investissement a l’air alléchant. Sans risque. « On nous proposait d’acheter des maisons qui seraient réhabilitées puis mises en location. Ça passait par la création d’une société américaine, une LLC [Limited liability company], détaille Guillaume Flachon-Fouga. Et, surtout, on nous incitait fortement à payer grâce à un crédit vendeur. » Qui permet, après un paiement initial, d’échelonner les versements. Et qui devait servir à alimenter le système, en réglant les loyers promis aux précédents acquéreurs.



« Il s’agit d’une véritable pyramide de Ponzi avec des volets procéduraux, techniques et complexes. Mais les magistrats français qui ont pris la mesure de l’ampleur de la situation, travaillent d’arrache-pied pour rendre justice », se réjouit Me Xavier Nogueras. L’enquête se poursuit.