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REPORTAGE« Je prie pour des survivants… » Un dimanche de Pâques en enfer

Immeubles effondrés à Marseille : « Je prie pour qu’ils retrouvent des survivants »… Un dimanche de Pâques en enfer

REPORTAGECe devait être l’un de ces agréables week-ends de début de printemps, mais la dramatique explosion qui a soufflé l’immeuble du numéro 17 de la rue de Tivoli et détruit partiellement les deux immeubles voisins a plongé Marseille dans l’effroi
Huit personnes pour sûr, et peut-être une neuvième, sont portées disparues sous les décombres, a annoncé la procureure de la République dimanche soir
Huit personnes pour sûr, et peut-être une neuvième, sont portées disparues sous les décombres, a annoncé la procureure de la République dimanche soir - Alexandre Vella / 20 Minutes
Alexandre Vella

Alexandre Vella

L'essentiel

  • Un immeuble d’habitation s’est effondré dans le centre-ville de Marseille après une explosion survenue dimanche peu après minuit. Six personnes sont portées disparues sous les décombres, selon le dernier bilan du parquet communiqué ce matin.
  • L’origine de l’explosion est encore indéterminée même si la fuite de gaz soit suspectée. L’immeuble ne connaissait pas de problème d’insalubrité.
  • Récit de ce dimanche de Pâques en enfer.

«L’espoir doit nous tenir », a écrit Benoît Payan près de vingt-quatre heures après l’effondrement d’un immeuble d’habitation à Marseille. Un espoir auquel doivent sans doute s’accrocher ces deux jeunes hommes qui, une dizaine d’heures plus tôt congédiaient d’un geste de main la presse à l’affût du « bon » témoignage. Aucune parole ne leur a été nécessaire pour faire comprendre leur situation. Têtes basses et regards concernés, ils sortaient de la porte cochère derrière laquelle a été déployée la cellule de crise et d’accueil des familles de victimes.

Nous sommes en début d’après-midi en ce maudit dimanche de Pâques et dans ce bâtiment de la direction générale des ressources humaines de la ville de Marseille se concrétisait le drame dont l’ampleur, pressentie dès les premiers instants qui ont suivi l’explosion de 00h46 soufflant le 17 de la rue Tivoli. Avant que deux corps soient extraits des décombres peu après minuit ce lundi, huit personnes pour sûr, et peut-être une neuvième, étaient portées disparues sous les gravats de ces habitations qui ne souffraient pas d’insalubrité, a annoncé la procureure de la République dimanche soir, peu après 18 heures.

Deux cents personnes délogées

C’est ici, au 110 du bulevard de la Libération, en plein centre-ville et à deux pas de la rue Tivoli qu’avaient été invités à se signaler les proches sans nouvelle d’habitants du 17 de la rue de Tivoli et de ses deux immeubles mitoyens, le 19 et le 15 - tous deux fortement endommagés sur l’instant, le numéro 15 finissant par s’effondrer à 7h30. Cela afin de permettre aux autorités de faire le décompte des personnes qui manquaient à l’appel. Avec des dénouements parfois heureux. Adriana, une Marseillaise d’une quarantaine d’années, était venue s’enquérir d’un ami résident du numéro 19, injoignable depuis ce matin. « Il va bien, a-t-elle exprimé, soulagée. Il n’avait pas eu le temps d’emporter son téléphone en quittant son appartement. »



Visiblement, tous n’ont pas eu cette chance d’être rassuré. A l’image de cette dame âgée qui est sortie du bâtiment en pleurs, choquée, soutenue par deux policiers municipaux qui l’aidaient à marcher jusqu’au véhicule qui l’emmène. A un kilomètre de là, au gymnase Vallier, l’un des deux « réquisitionnés » par la mairie pour accueillir et orienter les délogés de cette nuit en enfer, le Samu a mis en place une cellule de soutien psychologique, à l’abri des regards des journalistes. Au fil de la journée, ce sont 200 personnes, évacués de 33 immeubles du périmètre de sécurité instauré, qui y ont été prises en charge. Trois quarts d’entre eux ont trouvé à se loger chez des amis ou de la famille, et 50 ont été orientés vers des hôtels de la ville, le temps que les secours s’assurent de la bonne tenue des immeubles voisins de l’explosion et qui auraient pu connaître des dommages structurels. Le temps aussi que les vitres qui ont volé en éclat sous l’effet du souffle de l’explosion soient remplacées.

Il sont pusieurs à venir « voir ce qu’ils pouvaient faire »

Sur ces deux sites, des Marseillais sont venus spontanément proposer leur aide. « Des couvertures, des vêtements, je suis venue voir ce dont ils pourraient avoir besoin », expliquait Paulette, qui est repartie avec un numéro de téléphone sur un post-it. Comme Paulette, ils sont plusieurs à venir « voir ce qu’ils pouvaient faire ». Un élan de solidarité citoyen que commençait à structurer dès dimanche soir l’association des parents d’élève de l’école Franklin Roosevelt, dont dépendent les habitants de la rue de Tivoli et ses alentours (contact : tivoli.ape@gmail.com).

Dans les rues adjacentes à celle de Tivoli, où des dizaines de véhicules de pompier et de police sont stationnées, a régné partout l’odeur âcre du feu couvant sous les décombres, rendant d’autant plus sensible la catastrophe en cours. Voisins, témoins, riverains et curieux se sont succédé tout au long de ce dimanche ensoleillé derrière les rubalises délimitant le large périmètre de sécurité. Le long de celui-ci, Aïda promenait son chien avant de s’arrêter à proximité du camion de poste de commandement des marins-pompiers voisin de celui de la liaison satellitaire. Aïda habite la rue Horace Bertin, une perpendiculaire de deuxième rideau à la rue de Tivoli. Cette Marseillaise rentrait peu après minuit des fêtes de Pâques passées chez son fils. « J’étais devant la télé, j’ai entendu ''boum''. J’ai cru à une bombe et j’ai pensé à tout sauf à un immeuble effondré » a-t-elle rembobiné. « Je prie pour qu’ils retrouvent des survivants », a-t-elle ajouté, observant l’impressionnant dispositif déployé et le cirque médiatique l’accompagnant.

La télé, aujourd’hui, c’est en bas qu’elle se fait

La télé, aujourd’hui, c’est en bas de chez elle qu’elle se fait. Et comme Aïda, ils ont été nombreux à décrire, « un coup de tonnerre », leur « immeuble qui tremble », « les gyrophares dans la nuit », « la poussière qui envahit tout ». Dans la lumière rasante de cette fin de journée, les journalistes, venus en nombre et pour certains descendus de Paris pour couvrir le fait d’actualité de ce triste week-end, organisent leur plateau télé face au poste de commandement des pompiers. Benoît Payan, mué en directeurs des opérations de secours en sa qualité de chef du bataillon des marins-pompiers, enchaîne les prises de paroles au rythme des directs. Il sait que se joue ici, un moment fort, si ce n’est LE moment de son mandat, conquis avec le Printemps Marseillais notamment sur les ruines des effondrements de la rue d’Aubagne.

Sur le pont dès deux heures du matin, le maire affiche des traits tirés, une mine sincèrement grave et un épuisement qu’il peine à contenir. En plus du drame en cours, il lui a fallu gérer en fin de matinée la venue en catastrophe à Marseille de Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, qui aurait bien aimé voir, en vain, cette séquence « au plus près des opérations » être filmée, selon certaines indiscrétions. La nuit tombée et tout du long de celle-ci, les opérations de secours et de déblaiement sur lesquelles sont engagés 100 marins-pompiers, tous leurs moyens techniques et leurs savoir-faire se poursuivaient à l’aide de projecteurs. C’est sous leurs lumières blanches que les secouristes ont extrait peu après minuit ce lundi deux corps des décombres.


notre dossier sur les immeubles effondrés à Marseille

Ces recherches « vont prendre plusieurs jours », expliquait dimanche soir l’amiral Lionel. Pour autant « l’espoir est là, nous sommes dans l’action et tant qu’il y aura de l’espoir les opérations de secours vont continuer », affirmait l’amiral. L’espoir de trouver des survivants. Des survivants à ce sinistre dimanche de Pâques, ce dimanche noir, ce dimanche en enfer.

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