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MAINTIEN DE L’ORDREA Marseille, « l’enjeu avec la CRS 8, c’est de montrer les muscles »

Fusillades à Marseille : « La dernière fois, ils sont restés 4 jours… » Que va changer l’arrivée de la CRS 8 ?

MAINTIEN DE L’ORDREAprès les trois fusillades ayant fait trois morts et huit blessés à Marseille, Gérald Darmanin a annoncé l’envoi de la CRS 8, une unité spécialisée dans le maintien de l’ordre
La CRS 8, spécialisée dans les violences urbaines, ici en opération à Rennes.
La CRS 8, spécialisée dans les violences urbaines, ici en opération à Rennes. - J. Picaud/Sipa / Sipa
Caroline Politi avec Mathilde Ceilles (à Marseille)

Caroline Politi avec Mathilde Ceilles (à Marseille)

L'essentiel

  • Après trois fusillades en moins de 24 heures à Marseille, Gérald Darmanin a annoncé l'envoi de la CRS 8.
  • Cette unité spécialisée dans les violences urbaines avait déjà été déployée en février dans la cité de la Paternelle, dans le 14e arrondissement de Marseille.
  • Sa mission sur place n'excède généralement pas une semaine.

Trois fusillades, trois morts, huit blessés. Dans la nuit de dimanche à lundi, la guerre à laquelle se livrent les trafiquants de drogue marseillais – notamment autour du contrôle de la Cité de la Paternelle, dans le 14e arrondissement – a connu un épisode particulièrement sanglant. Si pour l’heure, aucun élément n’a permis d’établir de lien précis entre ces affaires, la procureure de la République de Marseille, Dominique Laurens, a évoqué une logique « de vendetta ». « Nous sommes dans une dynamique très inquiétante » et « nous pensons qu’elle va se poursuivre dans les mois à venir », a insisté la magistrate, rappelant que ce bilan, aussi lourd soit-il, était à l’image du début d’année : dans ce département, 14 personnes ont perdu la vie et 43 autres ont été blessées au cours de règlements de compte en à peine plus de trois mois.

Pour tenter de ramener le calme dans la cité phocéenne, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé lundi soir le déploiement, à Marseille, de la CRS 8, une unité spécialisée dans les violences urbaines. « Elle est basée à Bièvres (Essonne), mais à partir du moment où son déploiement est décidé, le départ est donné dans le quart d’heure, explique Johann Cavallero, délégué national CRS du syndicat Alliance. C’est vraiment une unité qui a été pensée pour faire face à l’urgence, en cas d’émeutes par exemple. » Ce renfort d’une centaine d’hommes - soit la moitié de la brigade - était donc opérationnel dès ce mardi matin. Et si son ordre de mission n’a pas été précisé, elle a vocation à faire des patrouilles dans les zones sensibles, à renforcer les contrôles d’identité ou les opérations de sécurisation, notamment dans les parties communes, à la recherche de drogue ou d’armes.

« Montrer les muscles »

« Leur présence permet d’augmenter le quadrillage territorial sur un lieu précis sans pour autant retirer la présence policière ailleurs, assure Eddy Sid, délégué SGP-Police à Marseille. Dans une situation de crise, c’est un véritable plus. » En février, déjà, après une série de règlements de compte, trois sections – soit près d’une centaine d’hommes – avaient été déployées à Marseille, toujours dans la cité de la Paternelle. Objectif : occuper le terrain pour gêner le trafic de drogue et renforcer les contrôles. « L’enjeu, avec la CRS 8, c’est de montrer les muscles », résume Rudy Manna, le secrétaire départemental d’Alliance, rappelant que ces spécialistes du maintien de l’ordre suivent un entraînement spécifique sur les problématiques des violences urbaines. Leur équipement et leurs véhicules sont également plus légers que ceux des autres compagnies, afin d’être très mobiles.

Mais cette aide est ponctuelle : une semaine tout au plus. « La dernière fois, ils sont restés quatre jours. C’est compliqué de changer la donne en quatre jours », poursuit le syndicaliste d’Alliance. Lui ne peut s’empêcher de voir dans cette annonce du ministre de l’Intérieur une « forme de buzz ». La préfecture de police de Marseille prévoit d'ailleurs des opérations de communication afin de médiatiser le rôle de la CRS 88. Mais cette nouvelle intervention, à peine un mois après la précédente, sera-t-elle efficace ? Certes, l’unité a, par exemple, eu des résultats probants en Corse, où elle a été envoyée après l’agression d’Yvan Colonna ; mais aussi à Colmar, où elle est intervenue cet été après le meurtre d’un jeune Afghan et les violences qui s’en sont suivies ; ou encore récemment à Rennes, lors de heurts en marge de la réforme des retraites. Mais qu’en sera-t-il à Marseille ? La guerre de territoire sur fond de trafic de drogue n’y a, en effet, rien de conjoncturel.

300 policiers supplémentaires depuis deux ans

« La CRS 8, c’est la réponse dans l’urgence, pour éviter que la situation ne s’envenime. Mais pour lutter efficacement contre le trafic de drogue, il faut que ce renfort d’effectif soit pérenne, la réponse doit être structurelle », insiste Eddy Sid. Dans une série de tweets, le ministre de l’Intérieur a rappelé que ces deux dernières années, 300 policiers et trois unités de CRS (240 agents) supplémentaires ont été déployés dans la cité phocéenne. Il a également annoncé l’arrivée prochaine de onze officiers de police judiciaire supplémentaire d’ici septembre pour renforcer la brigade de recherche et d’intervention (BRI) et créer un groupe supplémentaire à la brigade criminelle. « Insuffisant », répondent unanimement les deux syndicalistes locaux. « Il y a environ 130 points stups à Marseille, on ne peut pas mettre des flics H-24 sur chacun d’eux, insiste Rudy Manna. Les policiers ne peuvent pas tout, il faut une approche de ces quartiers dans la globalité, avec l’Éducation nationale, les associations… »

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